C’est là une question posée dans plusieurs études en psychologie publiées depuis 2020. La dernière en date, en janvier 2022, en arrive à la conclusion que, oui, les masques chirurgicaux ont un effet psychologique valorisant sur l’attirance pendant cette pandémie.

Les masques de protection individuelle sont entrés dans notre quotidien. Dans chaque lieu public en intérieur, nous en portons. Leur efficacité globale n’est plus à prouver et, avec l’aération, ils représentent l’un de nos meilleurs outils contre la propagation d’un coronavirus SARS-CoV-2 qui est aérosol. Mais il est clair que le masque a un impact sur nos relations sociales, et sur la lecture des émotions.

Si l’on ne peut plus discerner un sourire se dessinant sur des lèvres, il nous faut alors regarder le haut du visage, et les yeux, pour voir le sourire. Cela signifie aussi que nous rencontrons parfois de nouvelles personnes sans voir immédiatement leur visage entier.

Un autre phénomène entre alors en jeu : il semblerait, d’après un certain nombre de recherches, que nous trouvions les gens particulièrement beaux, ou en tout cas attirants, lorsqu’ils portent un masque. Une étude en psychologie, publiée le 10 janvier 2022 dans Cognitive Research, se penche sur cet étonnant constat.

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Les masques sont entrés dans le quotidien pendant la pandémie. // Source : Pexels

Les masques chirurgicaux, indices positifs ?

Une précédente étude publiée fin 2020 en arrivait déjà à ce constat. Elle avait construit un premier groupe, où des participants devaient mesurer l’attractivité d’autres personnes. Puis ces dernières étaient classées par niveau d’attirance en fonction des résultats. Elles étaient ensuite montrées à d’autres participants, mais en portant cette fois un masque. « Les personnes jugées moyennement ou peu attirantes au départ étaient jugées plus attirantes lorsqu’elles portaient un masque, qui cachait le bas de leur visage », concluait cette étude.

C’est là le point de départ de la nouvelle étude, publiée en janvier 2022, qui estime à partir des précédents travaux de ce type que « pendant la pandémie de COVID-19, on a constaté que les masques médicaux augmentaient l’attractivité ». Pour continuer à enquêter sur cet effet, ces chercheurs ont présenté, à des participantes (genrées au féminin) une de visages d’hommes (genrés au masculin) « peu ou très attirants » (en fonction de comment ils avaient été classés auparavant). Ils étaient masqués par un masque médical, un masque en tissu, un simple livre ou bien non masqués. Les participantes devaient classer les visages sur une échelle de 1 à 10 « en fonction de leur attrait ».

« Nous pouvons trouver le port de masques médicaux rassurant et nous sentir plus positifs envers ceux qui les portent »

Michael Lewis dans The Guardian

Les auteurs ont constaté que les visages étaient considérés comme les plus attirants lorsqu’ils étaient couverts par les masques. Au total, ce sont ceux qui portaient un masque chirurgical qui ont obtenu les résultats les plus élevés sur l’échelle. « Il est possible que l’avantage supplémentaire des masques médicaux provienne de leur association avec des professionnels de la santé » et les métiers qui prennent soin des autres, suggèrent les auteurs.

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Tableau des résultats de cette étude sur l’attirance provoquée par les masques chirurgicaux, en tissu, avec visage couvert par un livre, ou sans rien. // Source : Oliver Hies & Michael B. Lewis

Dans le journal britannique The Guardian, l’un des auteurs apporte l’idée que cela peut signifier une évolution dans notre psychologie : « La maladie et les signes de maladie peuvent jouer un rôle important dans la sélection du partenaire. Auparavant, tout signe de maladie était un obstacle majeur. Aujourd’hui, nous pouvons observer un changement dans notre psychologie, de sorte que les masques faciaux ne servent plus d’indice de contamination. » Or, selon lui, ils servent au contraire d’indice positif en ce moment : « À un moment où nous nous sentons vulnérables, nous pouvons trouver le port de masques médicaux rassurant et nous sentir plus positifs envers ceux qui les portent. »

Quelques pincettes sur ces résultats

Ces travaux ne sont pas sans défauts. L’attirance est une notion quelque peu vague et qui repose souvent sur un certain nombre de construits sociaux (bien qu’il demeure intéressant de savoir, justement, comme les aprioris évoluent). En pratique, il paraît un peu capillotracté de classer objectivement l’attirance sur une échelle de 1 à 10. Ensuite, le nombre de participantes à l’étude était de 43, ce qui reste un échantillon faible. Par ailleurs, comme les auteurs le précisent eux-mêmes, ce n’est peut-être qu’un effet spécifique de la pandémie — en période pré-pandémie le corpus de recherche suggérait plutôt un effet inverse des masques.

Qui plus est, cette étude est genrée dans un sens particulier — elle ne s’intéresse qu’au regard d’un genre sur un autre (bien qu’une autre étude soit en préparation pour étudier l’inverse, mais il demeurera un biais hétéronormé significatif). Enfin, ces recherches n’ont pas inclus d’élément comparatif visant à chercher des changements similaires ou non dans des régions où le port du masque est plus habituel avant la pandémie de covid.