Les actes de violences conjugales ont malheureusement augmenté pendant le premier confinement. Voici les numéros à appeler et les actions à prendre si vous en êtes victime.

C’est un constat amer : lors du premier confinement, les signalements d’actes de violences conjugales ont drastiquement augmenté. La mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences (la MIPROF) fait état d’un « bond de 400 % » des appels reçus entre le 9 mars et le 20 avril. Les tchats de la plateforme « Arrêtons les violences » ont été multipliés par 17 pour les faits de violences intrafamiliales par rapport à 2019, et le nombre de SMS au 114 a été multiplié par trois. Des chiffres terribles qui confirment que le premier confinement dû au coronavirus a été une période particulièrement dure à vivre pour les victimes, et que «  la crise sanitaire constitue un terreau favorable aux violences conjugales », comme le résume le rapport de la Miprof.

« Beaucoup de femmes ont découvert qu’elles étaient victimes de violences physiques, sexuelles et psychologiques pendant le confinement. Les associations ont reçu beaucoup d’appels de femmes qui ne nous avaient jamais contactées avant  », explique Marie-Pierre Badré, la présidente du centre Hubertine Auclert, l’organisation francilienne pour l’égalité femmes-hommes. Les lignes d’écoute des associations partenaires du centre ont enregistré pendant le confinement deux fois plus d’appels que l’année dernière, et plus de 5 000 femmes ont été accompagnées par des associations d’Île-de-France pendant cette période.

Ce nouveau confinement, qui doit pour l’instant durer jusqu’au 1er décembre, n’est pas de la même nature que celui de mars dernier, note cependant Marie-Pierre. Plus de services sont autorisés à ouvrir, et si le recours au télétravail reste préféré, certains employés peuvent continuer à aller dans les locaux de l’entreprise. Cette nouvelle période de confinement reste néanmoins une épreuve à affronter pour beaucoup de femmes, et les violences ne sont pas susceptibles de s’arrêter.

Si vous, ou une personne que vous connaissez, est victime de violences conjugales, voici les numéros à appeler et les ressources nécessaires pour vous mettre en sécurité pendant le confinement.

Parler

En cas de violences, qu’elles soient psychologiques, sexuelles ou physiques, le premier réflexe à avoir est de prévenir de sa situation.

Les numéros de téléphone

Le numéro national 3919, gratuit et anonyme, est une ligne d’écoute gérée par la Fédération nationale Solidarité Femmes. Depuis le début du confinement, la ligne est ouverte du lundi au vendredi de 9 h à 22 h, et les samedis, dimanches et jours fériés de 9h à 19h. Elle propose des services d’écoute et d’information, et pourra vous donner les adresses et numéros d’associations locales si vous avez besoin de partir de chez vous.
Ce n’est pas un numéro d’urgence : si vous êtes en danger immédiat, appelez les services de police au 17 ou au 112.

Le 3919, numéro contre les violences conjugales // Source : Gouvernement

Vous pouvez également appeler le 116 006, le numéro de la fédération France Victimes, qui pourra vous accompagner. Ce service est gratuit, et est ouvert toute la semaine, y compris le dimanche, de 9 h à 19 h.

Si vous ne pouvez pas passer un appel, vous pouvez contacter les services d’urgence en envoyant un SMS au 114. Le service, à la base destiné aux personnes sourdes ou malentendantes, est depuis le 31 mars ouvert aux victimes de violences conjugales et est disponible 24 h sur 24. L’envoi de SMS au 114 est gratuit. Vous serez mis ou mise en relation avec des opérateurs qui pourront envoyer les services de police. Vous pouvez retrouver le mode d’emploi du service ici.

Vous pouvez également rentrer en contact avec des agents de police par Internet afin de signaler des violences conjugales depuis le site du service public.

L’applications App’elles

L’application App’elles, téléchargeable gratuitement sur l’App Store d’Apple et sur le Play Store d’Android, propose énormément de ressources pour les victimes de violences conjugales. Vous pouvez renseigner dans l’application vos « contacts de confiance », que vous pourrez par la suite prévenir en cliquant sur un bouton d’alerte. Ce bouton vous permettra également de contacter les services d’urgence. L’application vous géolocalise, ce qui permet à vos contacts de venir directement vous retrouver, sans que vous ayez besoin de parler ou de leur écrire. Autre fonctionnalité : App’elles recense les lignes d’aide et d’écoute spécialisées, mais également les centres d’accueil dans votre région, dans toute la France.

Les alertes en pharmacie

Si vous ne pouvez pas appeler ou envoyer de SMS, vous pouvez alerter votre pharmacien. Le partenariat avec l’ordre des pharmaciens, instauré lors du premier confinement, est toujours en cours. Vous pouvez aller dans n’importe quelle pharmacie, et demander à ce que les services de police soient prévenus. Si jamais vous ne pouvez pas parler librement, le mot code « masque 19 » peut être utilisé afin d’alerter discrètement les pharmaciens, qui demanderont ensuite une intervention immédiate de la police ou de la gendarmerie.

Les centres commerciaux

En plus du partenariat avec l’ordre des pharmaciens, des points d’accompagnement ont été mis en place dans certains centres commerciaux ou supermarchés lors du premier confinement de mars. Cette initiative a été renouvelée, et devrait être étendue à de nouveaux supermarchés. Nous mettrons la liste à jour à chaque ajout. Ces points d’accueil sont gérés par des associations, qui y assurent des permanences.

Vous pouvez retrouver la liste des associations, leurs heures de présence et l’endroit où elles se situent dans le tableau ci-dessous. Elle nous a été communiquée par les institutions officielles.

Ville Site Jours et horaires de présence Associations partenaires
Monistrol sur Loire (43) Intermarché Vendredi de 9h à 15h15 en semaine paire, et de 13h à 18h en semaine impaire CIDFF + Justice et partage
Riorge (42) Carrefour Market Lundi de 10h à 15h SOS VC 42
Unieux (42) Carrefour Market Mardi de 14h à 17h SOS VC 42
Sorbieux (42) Carrefour Market Mercredi de 9h à 12h SOS VC 42
Lorette (42) Carrefour Market Mercredi de 14h à 16h30 SOS VC 42
Montbrison (42) Carrefour Market Jeudi de 14h à 18h SOS VC 42
Sorbiers (42) Carrefour Market Vendredi de 9h à 12h SOS VC 42
Veauche (42) Carrefour Market Vendredi de 13h30 à 16h30 SOS VC 42
Ménétrol (63) Centre Commercial Riom Sud Sur Rdv les lundis, mercredis et jeudis de 9h à 12h30.
Sans Rdv les lundis, mercredis et jeudis de 13h30 à 17h et les vendredis de 9h à 12h30 et de 13h30 à 17h
CIDFF
Lorient (56) Carrefour K2 Keryado Mardi, mercredi et jeudi de 14h à 18h CIDFF
Villeneuve d’Ascq (59) Centre Commercial V2 Du mardi au samedi de 10h à 19h CIDFF
Lieusaint (77) Le Carré Sénart Mercredi de 11h à 17h Association LEA
Sartrouville (78) Centre Commercial Carrefour Une fois par semaine Alternative
Epinay sur Seine (93) Centre Commercial Aushopping l’Ilo-Epinay Du lundi au vendredi de 10h à 17h CIDFF
Sevran (93) Centre Commercial Beau Sevrean Du lundi au vendredi de 10h à 17h CIDFF
Ivry sur Seine (94) Centre Commercial Quai d’Ivry Mardi de 12h à 17h CIDFF
Roques sur Garonne (31) E. Leclerc De 14h à 17h les 05 et 18 novembre, 04 et 21
décembre.
France Victimes 31 + Gendarmerie
Perpignan (66) Auchan Porte d’Espagne Lundi, mercredi, vendredi et samedi de 8h30 à 13h30 Apex
Puget sur Argens (83) Carrefour Puget sur Argens Du lundi au vendredi de 12h à 17h AAVIV

Partir

En cas de danger imminent, et si vous n’avez pas le temps de prévenir les lignes d’écoute, la première chose à faire et de vous mettre à l’abri. En confinement, cela peut signifier partir de chez vous. Si vous quittez votre domicile pour échapper à un danger, vous n’avez pas besoin d’attestation de déplacement dérogatoire. Vous pourrez ainsi aller à la gendarmerie ou au commissariat de police le plus proche, ou chez des proches, sans avoir de temps à perdre.

Le partenariat avec Uber

Si vous n’avez pas de moyen de vous déplacer, vous pouvez commander gratuitement une course avec le service de VTC Uber. Pour cela, il vous faudra contacter le 3919, et dire aux opérateurs que vous souhaitez partir de chez vous. L’opérateur vous donnera un code, qui vous permettra d’avoir accès à une course gratuite. Il vous faudra rentrer le code dans l’application, après avoir sélectionné le lieu de prise en charge et le lieu d’arrivée, avant la confirmation du paiement. Il vous faudra installer l’application Uber sur votre téléphone. Si vous ne possédez pas de smartphone, vous pouvez demander à un proche de commander la course pour vous, en rentrant les adresses que vous souhaitez et le code que vous aurez reçu.

Il n’y a pas de critère ou de condition à remplir pour bénéficier de ce service. Les chauffeurs ne sont pas prévenus du fait qu’il s’agit d’une course gratuite dans le cadre du partenariat avec le 3919. Ce service est disponible dans les 24 villes et métropoles françaises où Uber est actif. Cela inclut les villes et les agglomérations d’Aix, Avignon, Bordeaux, Caen, Cannes, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Montpellier, Nancy, Nantes, Nice, Orléans, Paris, Reims, Rennes, Rouen, Saint-Étienne, Strasbourg, Toulon, Toulouse, et Tours. Ailleurs, ce service n’est malheureusement pas disponible.

Les associations à contacter

Si vous devez partir de chez vous, la ligne 3919 peut vous indiquer à quel endroit vous rendre pour être pris ou prise en charge et conseillée. Si vous avez besoin d’hébergement, vous pouvez également demander des précisions sur les centres d’accueil et les permanences des associations.

Vous pouvez également contacter le Samu social, au 115, qui propose des solutions d’hébergement gratuites. Le dispositif d’hébergement peut néanmoins être saturé.

Si vous habitez en région parisienne, vous pouvez également consulter la carte disponible sur le site du centre Hubertine Auclert. Elle recense les organismes d’accueil, mais aussi les centres médicalisés, et les lieux de prise en charge des enfants exposés aux violences conjugales. De même, vous pourrez trouver la liste des lieux prodiguant des conseils sur l’IVG, ou sur les IST. Il est important de ne pas appeler directement le centre Hubertine Auclert, mais bien les associations recensées.

Cette carte n’est pour l’instant disponible sur pour la région Île-de-France, mais vous pourrez obtenir des informations similaires au 3919. Vous pouvez également retrouver ces informations et la cartes des associations et centres d’accueil sur l’application App’elles, dont nous parlons un peu plus haut dans cet article.

Les nuits d’hôtel

Lors du confinement de mars, le gouvernement avait annoncé qu’il prendrait en charge 2 000 nuitées d’hôtel afin de mettre à l’abri les victimes de violences conjugales et ainsi arrêter la cohabitation avec l’auteur des violences. Cette mesure est à nouveau reconduite.

Porter plainte

Les premiers pas

« Il ne faut pas trop se poser de questions », explique Me Anouchka Assouline, avocate spécialisée dans la défense des victimes de violences conjugales. « Même si on a toujours une bonne raison de rester, ou si on a peur de perdre sa maison, il faut se dire qu’il y a de l’accompagnement. Il ne faut pas s’isoler, et avoir le réflexe de garder les SMS ou les mails d’insultes, et toutes les preuves  ». Si vous ne voulez pas porter plainte tout de suite, il ne faut pas hésiter à déposer des mains courantes : « C’est un élément important, parce que ça montre que le problème n’est pas nouveau  », ce qui permettra d’alimenter le dossier une fois la plainte déposée, explique Me Assouline.

Il faut se rendre dans un commissariat de police ou en gendarmerie afin de déposer une main courante. Dans certaines villes, vous pourrez également le faire en mairie. Vous pouvez retrouver tous les détails sur la procédure sur le site du service public.

Contacter un ou une avocate spécialisée

« Si on ne se sent pas tout de suite d’appeler un avocat, il est important de prendre contact avec des associations », explique Me Assouline. Mais dès que la décision est prise de faire une action en justice, il est très important de faire appel à un ou une avocate spécialisée. « La préparation psychologique des clients et l’écoute sont très importantes », justifie Me Assouline, et «  pour obtenir une ordonnance de protection, il faut savoir le faire au bon endroit et au bon moment  ».

Malheureusement, il n’existe pas encore de liste consultable par le grand public sur Internet recensant les avocats et avocates spécialisées dans les droits des victimes de violences conjugales. « Certaines listes sont affichées dans les tribunaux, mais cela implique de se déplacer », regrette Me Assouline. Si vous pouvez vous déplacer, une permanence est organisée tous les lundis au tribunal judiciaire de Bobigny, en région parisienne, de 9 h 30 à 12 h.

Porter plainte

Si vous êtes décidé ou décidée à porter plainte, vous pouvez le faire de plusieurs façons.

Vous pouvez vous déplacer dans le commissariat ou la gendarmerie de votre choix pour porter plainte, vous n’êtes pas obligée d’aller dans celui le plus proche de votre domicile. Les officiers et agents de police sont obligés de prendre une plainte, comme spécifié sur le site du Service public, et ce même « si les faits ne relèvent pas de leur zone géographique de compétence ». S’ils refusent malgré tout d’enregistrer votre plainte, vous pouvez saisir en ligne l’IGPN et la direction de la gendarmerie pour des « faits contraires à la déontologie ».

Palais de justice tribunal
Palais de justice tribunal // Source : Paucal

Si vous déposez plainte en vous rendant dans un commissariat ou dans une gendarmerie, « il faut demander une réquisition pour aller voir un médecin des unités médico-judiciaires », insiste Me Assouline. Le médecin pourra ainsi examiner vos blessures, qui pourront être prises en compte lors de l’enquête et du procès. C’est une visite gratuite. Si vous ne voulez pas, vous pouvez également demander à votre médecin traitant de vous examiner et de consigner les hématomes ou blessures.

Vous pouvez également porter plainte sans avoir à vous déplacer. Vous pouvez le faire par courrier, directement adressé au procureur. La procédure est expliquée sur le site du Service public, et vous y trouverez également un modèle de la lettre à envoyer.

Se protéger

Les ordonnances de protection

Une bonne nouvelle cependant : la justice va continuer à être exercée pendant ce confinement. «  Les ordonnances d’éloignement ou les autres dispositifs de protection des victimes pourront rapidement être appliqués », annonce Me Assouline. Les dossiers de violences conjugales continueront à être traités rapidement, et les ordonnances de protection à être délivrées.

Si vous êtes en danger, vous pouvez demander au juge aux affaires familiales une ordonnance de protection, même si vous n’avez pas encore porté plainte. Une fois délivrée, une ordonnance de protection peut interdire à l’auteur de violence de vous contacter et de vous approcher, de se rendre à vous domicile ou sur votre lieu de travail. La procédure pour en demander une est détaillée sur le site du Service public. Lors du premier confinement, une centaine d’ordonnances de protection ont été prononcées.

Le téléphone grand danger

Dans les cas de violences conjugales les plus graves, vous pouvez également demander un téléphone grand danger. Ce sont des téléphones qui vous permettront de rentrer immédiatement en contact avec une plateforme spécialisée et de prévenir les forces de l’ordre. Vous pouvez faire la demande d’un tel téléphone auprès du parquet ou bien auprès de policiers ou de gendarmes. Vous pouvez trouver plus de détails sur le site du Service Public. 129 téléphones ont été distribués pendant le précédent confinement.

Mise à jour du 3 novembre 2020 : L’article a été mis à jour afin d’apporter des précisions sur les associations que vous pouvez joindre et sur les démarches pour porter plainte. 

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