Le secrétaire d'État chargé de la ruralité suggère qu'il faudrait peut-être faire passer certains villages en zones blanches directement en 5G, plutôt que d'attendre la 4G.

Des villages en France pourraient-ils voir arriver la 5G avant la 4G sur leur territoire ? C’est la perspective un peu étonnante esquissée par Joël Giraud, le nouveau secrétaire d’État chargé de la ruralité, le 6 octobre au micro de RMC. Questionné sur la façon dont la fracture peut être résorbée entre Paris et la province, l’intéressé a évoqué l’idée de « sauter » une génération de la téléphonie mobile.

« La ruralité a besoin que l’on continue à développer la 4G », a certes admis Joël Giraud. «  Mais certaines entreprises en milieu rural ont besoin de grosse capacité et n’ont rien du tout », a-t-il fait observer, y compris d’ailleurs dans les liaisons fixes comme l’ADSL ou la fibre optique. «  Alors autant passer directement à la 5G », a-t-il plaidé, alors que l’ultra haut débit mobile doit prochainement faire ses débuts en France.

Joël Giraud
Joël Giraud, le 6 octobre 2020. // Source : RMC

Un plan New Deal Mobile en deux temps

Actuellement, les opérateurs de téléphonie mobile sont engagés dans un plan baptisé New Deal Mobile, conclu en 2018 avec l’État. Selon ce plan, les opérateurs doivent généraliser la 4G en 2020. Selon un point fait le 20 juillet par la Fédération française des télécoms, 89 % des sites des opérateurs ont été convertis en 4G. Cela veut dire que plus de 75 000 sites mobiles sur les 84 500 existants sont en 4G.

Cependant, ces statistiques ne recouvrent en fait que le réseau existant des opérateurs. Or, il existe toujours des zones rurales sans connectivité — qu’on nomme zones blanches. Pour ces territoires, l’échéance est plus lointaine, à la fin 2022. Mais la Fédération française des télécoms précisait en juillet que 75 % de ces zones blanches devraient être quand même couvertes d’ici la fin de l’année.

Selon les derniers relevés des opérateurs, en date du 31 décembre 2019, la couverture 4G de la population est de 99 % pour tous les opérateurs, sauf Free, qui se situe à 97 %. Pour ce qui est de la couverture du territoire, c’est plus hétérogène : Bouygues et SFR sont à 87 %, puisqu’ils mutualisent leurs réseaux, Orange à 91 % et Free Mobile à 84 %. En 3G, ces statistiques sont toutes meilleures.

Dans le cadre de recensements successifs, il y a un peu plus de 3 500 communes qui ont été identifiées comme zones blanches. Selon le régulateur des télécoms, leur couverture nécessite en tout plus de 2 500 sites mobiles.

La 5G arrive bientôt en France

D’où l’hypothèse formulée par Joël Giraud d’envisager l’arrivée de la 5G dans ces zones blanches, même avant la 4G, puisque celle-ci arriverait au plus tard d’ici deux ans. Or, de son côté, la 5G fera ses débuts soit à la fin de l’année 2020, soit au tout début de l’année suivante. En effet, les enchères pour attribuer les fréquences sont terminées et il ne reste que des étapes anecdotiques à franchir.

Il s’avère que dans le cadre du déploiement de la 5G, les opérateurs sont tenus de suivre un rythme précis : ils devront installer au moins 3 000 sites 5G en 2022, 8 000 sites en 2024 et 10 500 sites en 2025. Surtout, il est exigé que 25 % des deux derniers jalons (soit 2 000 et 2 625) concernent les communes des zones peu denses et des territoires d’industrie, hors grandes agglomérations.

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Roissard, sous la brume. // Source : Les SIM’s

Le régulateur rappelait en novembre 2019 que ce partage est conçu « pour s’assurer que les zones non urbaines bénéficient aussi de ces déploiements », et non qu’ils ne profitent qu’aux grands centres urbains, très peuplés. Ce mécanisme fait suite à une demande du gouvernement motivée par des enjeux d’aménagement du territoire, afin de ne pas reproduire le schéma des générations précédentes.

L’idée de Joël Giraud sera-t-elle suivie d’effet ? Si oui, l’installation de sites 5G ne suffira pas à tout résoudre : il faudra aussi que les entreprises locales et les habitants s’équipent en conséquence, car l’usage de services 5G se fait via une bande de fréquences spéciale, la 3,5 gigahertz (GHz). Cela veut dire, notamment, de changer de smartphone. À moins que le déploiement de la 4G ne se fasse dans le même mouvement.

Quant aux liaisons fixes, il existe aussi un plan pour les faire contribuer à la résorption de la fracture numérique. C’est le plan France Très Haut Débit (THD). Lancé en 2013, il a pour but de couvrir la totalité du territoire en très haut débit (avec un débit garanti d’au moins 30 Mbit/s) d’ici la fin 2022. Et à l’occasion du plan France Relance — un plan de plus –, il a été annoncé une rallonge de 240 millions d’euros.

Dans la présentation de France Relance, début septembre, le gouvernement a réaffirmé son souhait d’aboutir à un déploiement intégralement en fibre optique jusqu’à l’abonné, sur l’ensemble du territoire. Mais pour y parvenir complètement, l’échéance ne sera pas 2022, mais fin 2025. Entretemps, des alternatives seront mobilisées. Comme la 4G et, manifestement, la 5G.

Crédit photo de la une : Gwenadugo

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