Paris, Lyon, Marseille, Nantes... les grandes villes françaises fournissent à leur habitants des masques gratuitement. Mais malgré ces initiatives, se procurer ces protections reste long, et ils se sont pas toujours de bonne qualité, voire peu efficaces.

Presque trois semaines d’attente avant de pouvoir récupérer son masque gratuit. À Paris, la plateforme mise en ligne le 11 mai par la mairie pour collecter un masque affiche déjà complet.

Depuis quelques jours, la capitale promet « un masque en tissu réutilisable gratuit pour chacun ». L’initiative est louable, surtout lorsque l’on sait que ceux-ci sont obligatoire dans les transports en commun en Île-de-France, sous peine de recevoir une amende de 135 euros. Le principe : chaque Parisien peut s’inscrire sur le site de la mairie, puis se voit attribuer un créneau horaire pour retirer le masque dans une pharmacie partenaire.

Nous avons tenté de prendre rendez-vous le 14 mai : les premiers créneaux libres, même pour les personnes « prioritaires » (c’est-à-dire les plus à risques face à la Covid-19), sont affichés au 2 juin. Contactée pour savoir si de nouveaux créneaux allaient être rajoutés ou si le nombre de pharmacies partenaires allait être augmenté, la mairie de Paris n’a pas encore répondu à nos questions.

Les masques, entre attente et rupture de stock

Certains habitants de Paris, pourtant inscrits sur la plateforme, n’ont pas non plus pu récupérer leur masque. Une des journalistes de la rédaction de Numerama, qui s’est enregistrée lundi matin, dès l’ouverture du site, avait reçu son bon de retrait pour le lendemain après-midi, le mardi 12 mai. Quelques heures avant son rendez-vous, elle a cependant reçu un mail de la part de la mairie indiquant que de « nombreuses pharmacies seront livrées l’après-midi » et qu’afin de s’assurer de la disponibilité des masques, il était conseillé de s’y rendre en « fin de journée ». Le mail renvoie vers une carte des pharmacies qui seront livrées. Mais le soir venu, c’est la déception : le pharmacien lui indique qu’il n’en a  déjà plus. Cet établissement n’est pas le seul à avoir connu une rupture de stock en début de semaine : de nombreuses histoires similaires ont fait leur apparition sur les réseaux sociaux, où les Parisiennes et Parisiens expriment leurs frustrations.

Dans un article du 13 mai, le journal Le Parisien relevait des « couacs » dans la livraison des masques. Jean-François Martins, l’adjoint à la mairie de Paris en charge des sports et de l’organisation de la distribution des masques, parlait notamment dans le journal d’un « bug dans la chaîne logistique, avec une livraison de masques d’un grossiste […], arrivée tard » le mardi soir, expliquant une partie des ruptures de stock. Jeudi 14 mai, certaines pharmacies du 13e arrondissement de la capitale n’avaient cependant toujours pas été livrées.

La situation est d’autant plus crispante que les masques sont dorénavant obligatoires dans les transports en commun parisiens. De plus, il est impossible de connaître à l’avance la liste des pharmacies partenaires : en effet, l’ordre des pharmaciens interdit le catalogage des officines. Jean-François Martin expliquait sur twitter qu’« afficher une liste de pharmacies plutôt que d’autres peut relever de la promotion pour les officines », une pratique proscrite. Les adresses des pharmacies partenaires ne sont donc envoyées par mail aux inscrits que quelques heures avant leur rendez-vous, et ne sont plus disponibles une fois le créneau fini.

Des masques qui ne protègent pas ?

La qualité des masques est elle aussi sèchement critiquée. Selon certains témoignages d’internautes, les coutures partiraient après un seul lavage. Ils ne supporteraient également pas d’être repassés, alors même que la notice d’utilisation des masques recommande de les passer au fer, à 110 degrés.

Il n’y a pas que dans la capitale que la qualité des masques est critiquée. À Lyon, où la mairie a également mis en place un service gratuit, les habitants qui ont reçu leur masque cette semaine ont exprimé leur colère contre les « serpillères » distribuées.

Si les masques baillent sur les photos prises par les internautes, une fois lavés et repassés, comme l’indique la notice d’utilisation, certains peuvent mieux épouser la forme des visages. Mais comme l’a montré une habitante de Valence, certains masques sont quand même beaucoup trop grands, et donc inefficaces.

Comme nous en parlions la semaine dernière dans une enquête en deux volets, les témoignages concernant des masques inadaptés se multiplient. C’est notamment le cas à Nantes, où les 600 000 masques dispensés par la métropole ne sont pas adaptés aux visages de tous les habitants. Or, un masque trop grand est un masque qui ne protège pas efficacement. S’il baille, ou n’est pas assez plaqué au visage, il ne filtre pas correctement l’air et laisse ainsi passer les gouttelettes. Le fait de devoir constamment réajuster un masque trop grand présente également un risque sanitaire important, car il ne faut surtout pas toucher son visage.

Les images fournies par Morgane, notre témoin, à Numerama. Le masque fourni par la ville de Nantes baille sur les côtés.

Pourtant, ces masques respectent bien les recommandations de l’Afnor et les normes européennes. Le fait que les organismes officiels distribuent des masques trop grands révèle un problème beaucoup plus large : les normes sanitaires ne sont pas adaptées aux femmes. En effet, les équipements médicaux se basent sur des tailles « standards », calculées en prenant pour modèle les tailles de visages masculins caucasiens. Les femmes et toutes les personnes déviant de ce modèle, ne correspondent de fait pas aux « standards » internationaux, et ne sont pas aussi bien protégées par ces masques.

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