Dans un avis rendu public, le Conseil scientifique qui oriente la politique d’Emmanuel Macron sur Covid-19 a proposé 3 critères conditionnant toute sortie de confinement.

Si le dernier renouvellement du confinement par le gouvernement porte la sortie au 15 avril 2020, il ne fait aucun doute qu’il sera à nouveau renouvelé. Pour l’instant, il n’existe pas de date officielle de déconfinement et elle est soumise à différentes hypothèses. Dans l’immédiat, une durée totale de 6 à 8 semaines est le plus envisagée, donc jusqu’à début mai au moins. Un rapport privé de Boston Consulting Group, daté du 26 mars, indique quant à lui une sortie potentielle en juin voire en juillet. Tout dépendra finalement de l’évolution de l’épidémie en France.

Il faudra que certaines conditions soient remplies. Dans un avis rendu le 2 avril 2020, le Conseil scientifique a émis trois critères qui, selon ses membres, doivent déterminer la sortie ou non du confinement. Cet avis est évidemment purement consultatif, mais les positions du Conseil scientifique orientent les décisions du gouvernement et du chef de l’État. Voici le détail de ces trois conditions.

La disponibilité du gel hydroalcoolique et des masques fait partie des conditions posées par le Conseil scientifique sous forme de recommandation. // Source : Pixabay

La désaturation des services hospitaliers

Le confinement a été décidé à la mi-mars, au moment où une saturation des établissements de santé devenait inévitable face à l’accroissement du nombre de cas en France, et donc du nombre de personnes en état grave. Ces aggravations entraînent le transfert des patients en salles de réanimation, alors même que ces services hospitaliers manquent de matériel et de personnel. Parmi les objectifs primordiaux du confinement, il y avait, de fait, celui de soulager les services de réanimation.

Et c’est le premier critère mentionné par le Conseil scientifique. La décision d’un déconfinement « pourra être prise sur la base d’indicateurs épidémiologiques indiquant notamment que la saturation des services hospitaliers, et des services de réanimation en particulier, est jugulée ». Il faudra, selon les membres du conseil, que les capacités du système médical soient pleinement restaurées à un fonctionnement normal. Or, comme l’a précisé le ministre de la Santé Olivier Véran le mardi 7 avril, la France n’a pas encore atteint son pic épidémique. Toujours mardi, lors de son point presse quotidien, le directeur de la Direction générale de la Santé Jérôme Salomon a précisé qu’à ce jour le pays compte 30 000 personnes hospitalisées et 7 131 cas graves en service de réanimation.

Un nombre total de cas largement réduit

Le second critère mentionné par le Conseil scientifique est le plus évident : il faut attendre que le confinement ait mené à une réduction du nombre de cas en France. Mais le document précise que cette réduction « devra être suffisamment importante pour que la détection des nouveaux cas de façon systématique redevienne possible ». Il faudra ainsi être en mesure de détecter les personnes infectées au plus tôt, afin de déployer immédiatement une prise en charge et des mesures de contrôle des cas eux-mêmes et leur entourage. Le Conseil scientifique fait ici référence à la capacité logistique de prévenir toute nouvelle vague épidémique.

Au mardi 7 avril, les données fournies par Santé publique France indiquent 78 000 nouveaux cas en France, un chiffre encore en augmentation régulière. Pour que le critère du Conseil scientifique soit rempli, cette courbe doit non seulement s’aplanir, mais aussi se réduire.

Des mesures devront être maintenues

Les membres du Conseil scientifique proposent une troisième condition dans laquelle ils listent une série de mesures post-confinement dont le gouvernement devrait s’assurer qu’elles soient opérationnelles dès le déconfinement.

Parmi ces mesures, interviennent le gel hydroalcoolique et les masques. Pour le Conseil scientifique, ces deux éléments devront, dans l’optique d’un déconfinement, être largement disponibles, d’abord pour les personnels soignants et les personnes exposées, mais aussi «  pour l’ensemble de la population, comme en Asie ». Dans cette même optique, les scientifiques précisent que certaines mesures particulières de distanciation sociale devront être soigneusement choisies, afin de les maintenir, avant de décider toute sortie de confinement.

Du gel hydroalcoolique et des masques pour toute la population

Le Conseil scientifique recommande également un « système de surveillance épidémiologique opérationnel » dans la détection des nouveaux cas, notamment dans les lieux les plus propices à une vague épidémique. Ce critère mériterait des précisions, mais il peut par exemple faire référence à la mise en place d’un système de tracking, d’autant que le conseil évoque ensuite «  de nouveaux outils numériques permettant de renforcer l’efficacité du contrôle sanitaire de l’épidémie ». Toujours dans cette logique de précaution, le document aborde la nécessité d’un dépistage rapide disponible au moment du déconfinement, et dont les résultats seraient reliés en temps réel au système de surveillance précédemment cité. Il faudra alors que les personnes à risque, du fait de leur situation personnelle, professionnelle, ou du fait de leur habitat, bénéficient d’une prise en charge adaptée.

À ces conditions, peuvent s’ajouter « éventuellement » des traitements ayant prouvé un minimum leur efficacité contre le nouveau coronavirus. Le Conseil scientifique explique qu’il ne sera pas possible de s’en remettre purement et simplement à une immunité collective, laquelle restera «  très vraisemblablement inférieure à 15 % » d’ici là.

Priorité au confinement

Le Conseil scientifique ne s’est pas exprimé, dans ce document, au sujet de l’éventuelle forme progressive de la sortie du confinement. Mais cette stratégie apparaît de plus en plus comme inévitable. L’Ordre des médecins l’a d’ailleurs récemment recommandée comme étant la «  seule stratégie envisageable ».

Avec l’envie d’un retour à la normale, le déconfinement est aujourd’hui au cœur des préoccupations des Français et des Françaises. Résultat : depuis quelques jours, il émerge la crainte d’un relâchement dans les comportements. Le Conseil scientifique a donc précisé un point qu’il décrit comme essentiel : « La réflexion sur la sortie du confinement, les stratégies post-confinement sont nécessaires. La priorité demeure cependant la poursuite d’un confinement renforcé dans la durée. » Lorsque le prolongement au-delà du 15 avril sera annoncé, de nouvelles précisions seront peut-être apportées par le gouvernement ou le chef de l’État.

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