Trois chercheurs américains se sont penchés sur l'impact écologique des trottinettes électriques en libre service. Elles ne seraient pas toujours aussi bonnes pour l'environnement qu'on ne le croit.

Les trottinettes électriques, ce n’est pas seulement amusant, c’est aussi écologique… du moins c’est ce que les promoteurs de ces services avancent. Des chercheurs de l’université de Caroline du Nord ont publié une étude le 2 août à ce sujet. Repérée par Usbek et Rica, elle nous apprend que prendre les transports en commun serait parfois moins polluant.

L’étude est signée par deux chercheurs et une chercheuse : Joseph Hollingsworth, Brenna Copeland et Jeremiah X Johnson. Ils expliquent que le coût écologique d’une trottinette électrique en libre-service serait de 202 grammes de CO2 émis par passager et par mile (environ 1,6 kilomètre). C’est plus que pour un trajet en bus qui est évalué à 82 g de CO2.

Des matériaux et le mode de chargement en cause

Ce mode de transport ne rejette pourtant aucun gaz à effet de serre lors de son utilisation. Mais alors, pourquoi est-il si polluant ?

Ceci est une publicité pour des trottinettes en libre-service. // Source : Twitter/@usainbolt

La première explication est liée au chargement. Ce n’est en fait pas tant la recharge en soi qui pollue que la manière dont elle est effectuée. Les personnes qui s’en occupent, appelés juicers, utilisent des véhicules motorisés (voitures, camionnettes) pour les transporter vers leurs stations de charge. Ils rechargent parfois des appareils qui pourraient tenir encore une journée — 4,6 % de la flotte de 800 trottinettes étudiée dans la ville de Raleigh avaient la batterie pleine. En Caroline du Nord, leur utilisation quotidienne ne suffit pas à compenser ces dépenses énergétiques.

Au total, le chargement représente 43 % du coût écologique de la trottinette. Le matériel nécessaire à la fabrication de l’objet et son assemblage représentent eux 50 %. Pour calculer ce chiffre, les chercheurs ont démonté une Xiaomi M365, qui est un modèle utilisé par certains acteurs du marché comme Bird et Lyft. Son cadre est réalisé avec un alliage d’aluminium, dont le poids a été mesuré au gramme près. Elle est également composée d’acier, d’une batterie au lithium de plus d’un kilo et d’un moteur électrique, du même poids. Certains de ces matériaux sont peu écologiques à extraire ou produire. Les trottinettes sont produites en Chine avant d’être envoyées dans différentes régions du monde. À 17,5 kilos par machine, le transport vers la Caroline du Nord (ou l’Europe) s’avère particulièrement polluant.

Les trottinettes devraient durer au moins deux ans

Plusieurs solutions sont proposées par les chercheurs pour réduire cet impact. En arrêtant d’utiliser des véhicules à essence pour collecter les trottinettes et en se limitant au chargement de celles qui sont réellement à court de batterie, ils obtiennent un résultat déjà plus satisfaisant, de 164 g de CO2 par passager et par mile. En laissant chaque trottinette en circulation pendant au moins deux ans, le chiffre descend à 141 g.

Malheureusement, rien n’est gagné sur ce dernier point. Les fabricants de trottinettes estiment qu’une trottinette beaucoup utilisée durerait 18 mois. Ils proposent d’ailleurs une garantie lors de l’achat de seulement 12 mois.

Beaucoup de trottinettes en libre-service n’atteignent pas un an. Elles sont régulièrement maltraitées par leurs utilisateurs qui s’amusent à les laisser n’importe où ou à les détruire, comme en témoigne le compte Instagram dédié Bird Graveyard (le cimetière de Bird).

Selon une enquête de Quartz publiée en mars,  leur durée de vie moyenne serait de… 28,8 jours.

La bonne nouvelle, c’est que prendre une trottinette, c’est toujours bien mieux que de se déplacer en voiture. On estime ainsi que prendre une voiture seul équivaut à 414 g de CO2 par mile.

Par ailleurs, les estimations faites par ces chercheurs sont importantes, car ce type de travaux sont rares, mais elles n’ont pas une valeur universelle. Elles peuvent varier selon les modèles de trottinette et les endroits. Certains paramètres pris en compte sont spécifiques à la ville de Raleigh, en Caroline du Nord : c’est le cas pour le nombre de kilomètres parcourus en moyenne par trottinette ou le nombre de trottinettes envoyées en chargement alors que leur batterie était pleine. Pour vous donner un ordre idée, Raleigh compte un peu plus de 400 000 habitants, contre environ 2 millions à Paris ou 500 000 à Lyon.

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