Deux cheffes d'entreprise ont créé un jeu qui consiste à trouver quelle publicité a été jugée obscène par Facebook. Elles veulent ainsi mettre en avant le sexisme qui sous-tend certaines décisions.

Facebook censure-t-il davantage les publicités sur le corps ou la sexualité lorsqu’elles concernent des femmes ou personnes LGBT ? Deux startups spécialisées dans les sextoys en sont persuadées. Elles ont lancé un site qui permet à chacun de le constater, a repéré TechCrunch ce mercredi 31 juillet.

Le site en question s’appelle « Approved, Not Approved ». Il contient une série de publicités. L’internaute doit déterminer lesquelles ont été approuvées et lesquelles ont été rejetées — pour faire le test, cliquez ici. Toutes ne concernent pas Facebook : il y a aussi quelques publicités Instagram (qui appartient à Facebook) ou des affiches publicitaires destinées à des panneaux d’affichage classiques.

Cette publicité Facebook a-t-elle été acceptée ? // Source : Approved, Not Approved

« Approved, Not Approved » montre que les publicités sur le corps ou la sexualité des femmes et personnes LGBT sont plus souvent censurées… à moins qu’elles hypersexualisent leurs sujets. Une image sur laquelle on voit deux femmes en sous-vêtements et pose lascive sous l’angle du male gaze (on appelle ainsi des images qui correspondent à une perspective d’homme hétérosexuel) est acceptée sur un panneau. Une publicité pour des sous-vêtements où l’on voit des poils dépasser de la culotte d’une femme est en revanche censurée sur Facebook, car elle est considérée comme trop obscène.

Toujours sur Facebook, une publicité avec un « Action ou vérité » sur le sexe passe, alors qu’une publicité pour des coussins qui fait une référence nettement moins explicite au plaisir sexuel féminin est censurée. Des images non sexuelles ont également été rejetées parce qu’elles étaient accompagnées d’un texte, dans lequel on conseillait des femmes sur leur plaisir.

Le plaisir sexuel ne doit pas faire l’objet de publicités

Les deux startups qui ont créé ce site, Unbound et Dame Products, sont régulièrement confrontées à ce sexisme, qui ne concerne pas que Facebook. Elles ont organisé une manifestation devant le siège du réseau social à New York, pour protester à ce sujet.

« Les publicités renforcent un status quo sur ce que nous considérons comme socialement désirable et validé », a expliqué Alexandra Fine, la CEO de Dame Products, à TechCrunch. Elle précise qu’il est interdit sur Facebook de promouvoir l’utilisation de sextoys (masculins ou féminins) ou d’autres objets pour adultes, hormis des modes de contraception. Les publicités pour la contraception ne doivent contenir aucune notion de plaisir sexuel et ne peuvent être proposées qu’aux utilisateurs majeurs.

Ils encouragent des rapports sexuels nuls

« Ils ne verront jamais le plaisir sexuel comme un sujet nécessaire, regrette Alexandra Fine. Ils encouragent des rapports sexuels nuls (…) le sexe sain devrait être du sexe avec du plaisir. »

Un porte-parole de Facebook a expliqué que les politiques d’utilisation de la plateforme seraient bientôt précisées et plus claires. Il s’est dit ouvert à la discussion, sans toutefois émettre l’idée que les publicités pour sextoys ou le plaisir féminin pourront être acceptées un jour.

Facebook a déjà été pointé du doigt pour sa modération à deux vitesses. Le site (comme d’autres réseaux sociaux) ne considère pas par exemple qu’un téton d’homme est sexuel, alors qu’un téton de femme est censuré. Un procès a également eu lieu en France après la censure du tableau L’origine du monde, qui représente un sexe féminin.

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