Si aucun lien de causalité entre les ondes et les souffrances des personnes se disant hypersensibles n'a pu être trouvé, il n'en demeure pas moins que celles-ci sont parfois dans un état de grande souffrance. Le gouvernement doit bientôt proposer des pistes d'action.

Comment la société peut-elle prendre en charge convenablement les personnes se déclarant être hypersensibles aux ondes, alors même que le lien entre les souffrances dont elles font état et les champs électromagnétiques n’a jusqu’à présent pas été démontré ? C’est tout l’enjeu d’un rapport que doit « prochainement » remettre le gouvernement au Parlement.

Dans une réponse adressée à une députée le 11 décembre 2018, le ministère des Affaires sociales et de la Santé déclare qu’il tiendra compte des recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) pour préciser les actions à envisager pour des individus décrivant parfois des symptômes lourdement handicapants, au point de devoir vivre loin de tout.

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Une antenne-relais pour les télécoms. // Source : Miguel Á. Padriñán

Aucun lien de causalité connu

La difficulté de ce dossier est qu’il n’existe pas de démonstration crédible sur un lien de causalité entre l’exposition aux ondes et les effets physiques ou psychiques dont il est question. Il ne s’agit pas de dire que ces afflictions sont des affabulations, mais de dire que leur origine n’est pas établie. C’est ce que déclare l’ANSES, qui a publié le 26 mars 2018 un rapport et un avis sur ce phénomène.

Parmi les hypothèses de recherche analysées par l’agence pour interpréter les symptômes des personnes, aucune n’a pu être retenue comme probante. « Au final, aucune preuve expérimentale solide ne permet actuellement d’établir un lien de causalité entre l’exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes décrits par ces personnes  », lit-on dans le rapport. Le gouvernement, qui a consulté ce rapport, fait ainsi observer qu’aucune hypothèse de recherche analysée pour interpréter ces symptômes ne s’est avérée probante.

Des personnes en « errance médicale »

Pour atteindre cette conclusion, l’ANSES a consulté « l’ensemble de la littérature scientifique disponible » et a conduit « un grand nombre d’auditions  » : des professionnels de la médecine (généralistes comme hospitaliers), mais aussi des scientifiques, des associations et des individus se disant électrosensibles. Pour autant, malgré ces constats (ou cette absence de constats), l’ANSES ne referme pas ce dossier.

L’Agence recommande en effet de poursuivre les travaux de recherche — en effet, l’absence de lien de causalité détecté jusqu’à présent ne veut pas forcément dire qu’il n’y en a pas ; il peut ne pas avoir été trouvé — et de proposer un accompagnement adéquat pour celles et ceux qui subissent ce phénomène. Une nécessité pour des personnes qui, selon les mots de l’ANSES, se trouvent dans une « errance médicale ».

Les électrosensibles sont mal pris en charge. // Source : Pxhere/CC0

En 2005, l’Organisation mondiale de la santé décrivait ce mal comme une « intolérance environnementale idiopathique », avec des symptômes « qui restent non expliqués sur le plan médical et dont les effets sont préjudiciables pour la santé des personnes ». La réalité de ce handicap a même fait l’objet d’une reconnaissance judiciaire en France, avec un verdict remarqué en 2015.

Le tribunal n’a toutefois pas tranché la question de la maladie. La justice a simplement reconnu l’existence d’un handicap, sans expliquer son origine. Il est possible que ce mal soit de nature psychosomatique, où le simple fait de savoir que l’on se trouve dans un champ électromagnétique provoque chez les personnes concernées une réaction du corps anormale.

Crédit photo de la une : Bert Kaufmann

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