Les difficultés pour s’approvisionner en essence ont donné des idées aux escrocs. De nombreuses arnaques sont diffusées sur les réseaux sociaux — et même mises en avant dans des publicités Facebook.

La pénurie d’essence qui frappe la France en cette mi-octobre 2022 a aussi des conséquences inattendues sur Internet : de nouvelles arnaques ont fait leur apparition. 20 Minutes a ainsi repéré un faux marché de cartes prépayées pour de l’essence sur Twitter, et BFM TV a remarqué des publications frauduleuses sur Facebook.

Numerama a trouvé d’autres publicités sponsorisées sur Facebook, promouvant des arnaques liées à la pénurie de carburant. Les publicités sponsorisées sont diffusées à des personnes qui ne sont pas abonnées aux pages qui les lancent. Par conséquent, elles peuvent avoir une large audience même en ayant seulement 1 ou 2 followers. Surtout, cela veut dire que Facebook touche de l’argent sur ces publicités — et que le réseau social engrange des profits grâce à des arnaqueurs.

Les arnaques tirant profit de la pénurie d'essence sur Facebook // Source : Montage Numerama
Les arnaques tirant profit de la pénurie d’essence sur Facebook. // Source : Montage Numerama

De fausses promotions pour des cartes TotalEnergie

Numerama a pu repérer les publications sponsorisées grâce à la bibliothèque publicitaire du réseau social. Nous avons pu en trouver 5, utilisant à chaque fois les mêmes mécanismes. Une autre utilisait une technique différente, sur laquelle nous reviendrons plus tard.

Les 5 publicités étaient similaires sur de nombreux points : elles n’ont pas été lancées par les mêmes pages Facebook, mais elles utilisent toutes les mêmes photos et leur diffusion a commencé au même moment, entre le 12 et le 13 octobre. Elles utilisent aussi des textes quasi identiques, expliquant que « Total Energies offre à tous les résidents français la possibilité d’obtenir une carte de carburant de 200 libres pour seulement 1,95 euro ».

Pour remporter cette fameuse carte, rien de plus simple : il suffit de répondre « à quelques questions pour participer ». Toutes les publicités que nous avons vues amenaient vers le même site, usurpant l’identité de TotalEnergies, dans le même but : voler vos identifiants bancaires.

Des exemples de publicités frauduleuses // Source : Capture d'écran Numerama
Des exemples de publicités frauduleuses. // Source : Capture d’écran Numerama

Numerama a cliqué sur le lien se trouvant dans les publicités, et nous avons été redirigés vers un faux site TotalEnergie. Une fois dessus, ce dernier nous a expliqué que nous avions été sélectionnés « au hasard » pour participer à une « enquête ». « Cela ne vous prendra qu’une minute », nous indique le site, « et vous pourrez recevoir un prix: [des] Cartes carburant Total Energies! ».

À ce moment-là, nous sommes invités à répondre à un rapide sondage de 3 questions. Il s’agit bien évidemment d’un questionnaire bidon, et peu importe les réponses, nous pouvons passer à l’étape d’après. Il s’agit d’une sorte de mini-jeu auquel nous devons participer et que, là aussi, nous gagnons à chaque fois.

Le site nous informe à ce moment-là que nous n’avons que deux minutes pour réclamer notre carte d’essence, et qu’il nous faut à tout prix rentrer notre numéro de carte bancaire. C’est la dernière partie de l’arnaque. Les escrocs mettent le plus de pression possible sur les victimes, avec notamment un compte à rebours.

Bien évidemment, il ne faut surtout pas renseigner ses données bancaires : il n’y a pas de carte essence TotalEnergies à gagner, et les escrocs ne se serviraient du numéro de votre carte que pour subtiliser votre argent.

Le site vous demande de rentrer vos coordonnées bancaires : il ne faut surtout pas le faire // Source : Capture d'écran Numerama
Le site vous demande de rentrer vos coordonnées bancaires : il ne faut surtout pas le faire. // Source : Capture d’écran Numerama

Ce questionnaire est construit exactement comme une autre tentative d’escroquerie dont Numerama a déjà parlé. Les mécanismes et les buts étaient les mêmes. Seuls l’apparence des sites et le début de l’arnaque étaient différents. Les arnaqueurs tentaient d’attirer de potentielles victimes en envoyant sur Instagram des messages contenant des liens vers des sites pornographiques — et une fois dessus, les victimes étaient incitées à rentrer leur numéro de carte bancaire.

De la vente de carburant par message

Enfin, Numerama a repéré un dernier type de publication frauduleuse sponsorisée : des fausses pages de vente de carburant. Une page de ce genre, remarquée par Numerama, propose ainsi d’acheter du gazole « d’excellente qualité » au prix exorbitant de 3 euros le litre. Une offre qui ne serait absolument pas intéressante en temps normal, mais qui pourrait tout de même attirer de potentiels acheteurs en temps de pénurie — surtout que la page promet une livraison gratuite et rapide.

Cette publication sponsorisée sur Facebook vous propose d'acheter de l'essence, mais il s'agit d'une arnaque // Source : Capture d'écran Numerama
Cette publication sponsorisée sur Facebook vous propose d’acheter de l’essence, mais il s’agit d’une arnaque. // Source : Capture d’écran Numerama

Numerama est rentré en contact avec les propriétaires de la page, afin d’en apprendre plus sur leur système d’arnaque. Une personne nous a répondu, en nous expliquant que la commande minimale était de 5 litres — et que le paiement devait se faire en bitcoin. Lorsque nous lui avons demandé comment elle avait pu avoir accès à de l’essence, elle n’a plus jamais répondu à nos questions.

Le bitcoin est l’une des crypto-monnaies les plus utilisées par les hackers et les cybercriminels pour leurs demandes de rançons ou leurs méfaits. Les transactions faites avec la monnaie numérique sont toutes traçables. Cependant, il reste très facile pour les pirates de brouiller les pistes afin de ne pas être retrouvé, par exemple, en utilisant des protocoles mixeur.

Toutes les transactions en bitcoin ne relèvent pas d’une arnaque, bien évidemment. Mais, lorsqu’il s’agit d’une sombre page Facebook qui propose de vendre du gazole et qui n’accepte que des payements en bitcoin, il est quasiment sûr que ce soit bien une entourloupe. Si vous tombez sur ce genre d’offre, il vaut mieux éviter de contacter la page et la signaler directement à Facebook.

Les arnaques sponsorisées sont courantes

Ce n’est pas la première fois que Numerama repère des arnaques sponsorisées sur Facebook et sur les réseaux sociaux. Sur Instagram, des publicités diffusées dans les reels promouvaient des arnaques bancaires, ou encore d’acheter illégalement des permis de conduire.

Sur Facebook, les arnaques sponsorisées sont fréquemment liées à l’actualité, comme c’est le cas maintenant avec la pénurie d’essence. Ce fut le cas en début d’année 2022 avec le début de la guerre en Ukraine. Lors des premiers jours du conflit, de nombreuses publicités prétendant récolter des dons ou vendre des produits en soutien aux Ukrainiens sont apparues sur Facebook. En réalité, ces publicités étaient créées par des escrocs, qui récupéraient tout l’argent.

Sur Facebook, des pages partagent des publicités pour des arnaques // Source : Numerama
Sur Facebook, des pages partagent des publicités pour des arnaques. // Source : Numerama

Dans tous les cas, la présence de ces arnaques illustre bien un problème récurrent des grandes plateformes : de nombreux escrocs arrivent très souvent à faire sponsoriser leurs entourloupes, afin qu’elles atteignent le plus de potentielles victimes possibles. Google Shopping est aussi touché par ce phénomène : des escrocs se sont servi des services publicitaires du moteur de recherche pour mettre en avant de faux sites de vente de vélos électriques ou de canapés.

Des efforts sont faits par les plateformes pour contrer ce genre de problèmes — Google vient ainsi de redéfinir les règles pour ses annonceurs de services financiers, afin de diminuer le nombre d’arnaques. Il convient cependant de rappeler que cela n’est pas parce que des sites ou des offres promotionnelles vous sont suggérées sur les réseaux sociaux ou arrivent en premier sur Google Shopping qu’ils sont forcément légitimes.