Depuis le début de la guerre, les appels aux dons pour l’Ukraine sont partout sur Facebook. Que ce soit pour sauver des enfants ukrainiens, ou encore pour soutenir les forces armées du pays, les publications sponsorisées pullulent sur les fils d’actualité. Pourtant, beaucoup d’entre elles mènent à des arnaques ou à des sites louches.

« Sauvez la vie des enfants ukrainiens ! », implore la publication. Un dessin représentant deux enfants tristes sur un fond aux couleurs du drapeau jaune et bleu vient compléter le message, qui se termine par un ordre simple et direct : « Donnez ». Ce post vient de la page Facebook « Peace Here », où il est sponsorisé depuis le 6 mars — c’est-à-dire qu’il apparait sur les fils d’actualité des utilisateurs qui n’ont pas liké la page, le tout contre rémunération. Seulement, le lien indiqué dans la publication de Peace Here ne mène pas vers une association caritative, mais vers une page web beaucoup plus louche.

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La publicité de Peace Here mène vers une page particulièrement louche // Source : Capture d’écran Numerama

Ce n’est pas le seul appel aux dons pour l’Ukraine que nous avons vu passer sur Facebook. Depuis le début de la guerre, de très nombreuses pubs de ce genre se sont retrouvées dans les fils d’actualité des utilisateurs du réseau social. Entre deux publications de proches, il n’est pas rare de voir des photos de bâtiments en feu, du drapeau de l’Ukraine ou d’enfants en pleurs suivis d’appels aux dons pour les victimes de la guerre.

Selon les données de Meta, la maison-mère du réseau social, plus de 2 900 publicités contenant le terme « Ukraine » ont été diffusées en France sur Facebook (et dans une moindre mesure, sur Instagram) depuis le mois de février 2022. Il s’agit d’une explosion impressionnante : en 2020, seulement une (oui, une) publicité contenant le nom du pays a été enregistrée, tout comme en 2021.

Numerama a passé au crible de nombreux posts sponsorisés publiés depuis le mois de février 2022, en France, contenant les termes « Ukraine » ou « ukrainiens ». Si certaines de ces publicités mènent bien vers des ONG présentes sur place, Numerama a relevé qu’un grand nombre d’entre elles conduisaient vers des sites peu fiables, sans informations facilement vérifiables, et qui semblent exploiter la guerre dans le pays pour leur propre gain. Et d’autres mènent purement et simplement vers des escroqueries.

Les faux sites de vente

« Chers clients, je m’appelle Oksana, et malheureusement, je ne peux plus ouvrir ma boutique à cause de la guerre et des attaques de la Russie », peut-on lire sur la publicité. Oksana se présente comme la propriétaire d’une verrerie, située en Ukraine, et cruellement touchée par le conflit. À travers cette publicité, elle demande à d’éventuels internautes de l’aider financièrement en achetant plusieurs suspensions aux couleurs du drapeau ukrainien. La campagne de pub, lancée le 5 mars, comporte pas moins de 28 messages différents, chacun menant vers son site, Newlybuy, où on peut trouver les fameux objets.

Sauf qu’Oksana n’existe pas. Numerama a pu retrouver plusieurs publicités vendant exactement les mêmes produits, reprenant le même texte de présentation mot pour mot, sur différents sites. Les pages Facebook à l’origine des publicités indiquent clairement qu’elles sont gérées depuis des pays asiatiques, ou encore qu’elles vendaient, peu de temps avant le début de la guerre, des produits ménagers ou des vêtements pour homme.

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Newlybuy n’est pas vraiment tenu par Oksana, mais pas plusieurs personnes en Asie // Source : Capture d’écran Numerama

Il n’y a pas qu’Oksana qui vend supposément des objets en soutien à l’Ukraine. De nombreuses autres publicités repérées par Numerama utilisent la même technique pour attirer de potentiels clients sur leurs sites, qui semblent tous frauduleux. Les posts sponsorisés sur Facebook expliquent reverser une partie des profits à des associations, et mettent en avant toutes sortes de produits aux couleurs de l’Ukraine, que ce soit des gerbes de fleurs, des bracelets ou encore des drapeaux. D’autres expliquent également être des petits artisans ukrainiens, ayant cruellement besoin d’un soutien financier.

La majorité de ces publicités viennent en fait de site de dropshipping, qui ne sont pas basés en Ukraine et qui n’ont la plupart du temps rien à voir avec le pays. Si ces publicités ne sont pas forcément qualifiables d’arnaques (peut-être recevrez-vous bel et bien le bracelet jaune et bleu en soutien à l’Ukraine que vous avez commandé), on peut se permettre de sérieusement douter que les vendeurs reverseront les sommes qu’ils ont promises à des associations.

Les appels aux dons douteux

En dehors des faux sites de vente, les publicités les plus courantes concernent les appels aux dons — parmi lesquels on trouve des sites plus que douteux. C’était notamment le cas de la page Peace Here, l’une des premières que Numerama a pu voir, et qui appelait à donner pour « sauver des enfants ukrainiens ». Le lien contenu dans la publicité menait vers un site au nom évocateur (« save lives Ukraine »), mais d’autres éléments semaient le doute. Ainsi, sur la page, impossible de trouver une quelconque information sur l’endroit où les dons seraient envoyés, ou à quelles associations ils iraient. Rien n’indiquait qui avait créé la page, et la seule chose mise en avant sur le site était un gros bouton « donnez ».

Une recherche Who Is du site sur lequel nous avons été redirigé n’apporte pas plus d’informations, de même qu’une inspection plus poussée de la page Facebook Peace Here, qui compte 3 likes, qui a été créée le 4 mars 2022, et dont la seule publication est le post sponsorisé en question. À défaut d’avoir plus d’informations, il vaut mieux s’abstenir de donner à de telles pages. D’autant plus que Peace Here n’est pas le seul compte créé dans le but de faire de la publicité pour de fausses (ou de très louches) cagnottes.

We Stand for Ukraine est l’une de ces très nombreuses pages Facebook. Avec un portrait du président Volodymyr Zelenski en photo de profil et un drapeau ukrainien fièrement affiché sur toutes les publications Facebook, We Stand for Ukraine appelle régulièrement à faire des dons en bitcoin ou en Ethereum. Sauf que les adresses cryptos que la page partage ne sont pas celles d’organisations internationales ou d’associations d’aide aux victimes, mais semblent être les siennes.

Les captures d’écrans que la page publie sur Facebook, où l’on peut voir de grosses sommes d’argent être transférées, ne sont pas tirées de son compte : l’adresse crypto ne correspond pas à celle qu’il donne, et l’outil d’analyse Blockchain permet de voir que le compte de We Stand with Ukraine n’a pas reçu les sommes qu’il indique dans ses posts. Enfin, dernier indice qui prouve qu’il s’agit bien d’une arnaque : le nom de la page a été changé le 2 mars 2022, quelques jours après le début de la guerre. Avant cette date, la page s’appelait « The Great Illuminati family ».

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We Stand with Ukraine, une page frauduleuse anciennement dédiée aux .. Illiminati // Source : Capture d’écran Numerama

Prudence reste de mise

Peace Here, Newlybuy et We Stand with Ukraine ne sont pas les seuls exemples. Dans tous les cas, ces pages malveillantes cherchent toujours à jouer sur l’empathie des internautes pour leur soutirer de l’argent. Que ce soit en se faisant passer pour des Ukrainiens ou Ukrainiennes, en publiant des photos des destructions et de buildings en feu, ou bien en mettant en avant des enfants en pleurs, toutes les techniques sont utilisées pour attirer l’attention de potentiels donateurs.

S’il est important de noter que des pages d’apparence peu professionnelles peuvent relayer des cagnottes parfaitement légitimes, il l’est tout autant de se savoir que des sites à l’apparence soignée peuvent tout à fait mener vers des arnaques. Il est donc important de rester attentifs lorsque vous voyez des publicités pour l’Ukraine sur Facebook.

Contacté par Numerama, Facebook ne nous avait pas encore répondu au moment de la publication de cet article. Lors de sa rédaction, vous avons vu à plusieurs reprises que certaines publicités avaient été supprimées par le réseau social, qui indiquait qu’elles ne respectaient pas les conditions d’utilisations de la plateforme.

Reste que Numerama a, néanmoins, pu trouver de nombreux exemples de posts sponsorisés frauduleux — et qu’il en existe certainement un grand nombre qui nous ont échappé.