Les autorités ukrainiennes disent avoir démantelé une ferme à trolls dispersée dans trois villes à travers le pays. Les opérateurs seraient liés au renseignement russe.

La cyberpolice ukrainienne a déclaré le 2 août avoir mis hors service une ferme à trolls, forte d’un million de comptes selon ses estimations. Ils étaient utilisés pour diffuser de la désinformation sur les réseaux sociaux, d’après ses observations, ce qui a justifié une pareille intervention. Concrètement, il s’agissait d’un réseau de malfaiteurs dispersés dans trois villes en Ukraine qui utilisaient 5 000 cartes SIM et plus de 200 serveurs proxy dont les adresses IP avaient été usurpées pour créer des faux profils sur plusieurs plateformes.

L’enquête relie les organisateurs de cette ferme à trolls à « un expert politique russe », proche « d’un ancien dirigeant de notre État » — comprenez Viktor Ianoukovytch, le président ukrainien démis de ses fonctions après la révolution Maïdan en 2014. Les publications sur les réseaux sociaux suivent la propagande du Kremlin, analyse la police ukrainienne, qui accuse les opérateurs d’être sous la tutelle du renseignement russe.

« L’objectif de cette ferme était de discréditer les informations publiées par l’État ukrainien, de déstabiliser la situation sociale et politique du pays et de créer des conflits internes » poursuivent les autorités dans un communiqué. Les forces de l’ordre ukrainiennes ont partagé les images de la saisie de milliers de cartes SIM en activité dans les locaux des opérateurs.

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Des cartes SIM activées pour créer de faux comptes. // Source : SSU
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Des clés USB Wi-Fi, probablement pour se servir d’une adresse IP. // Source : SSU

Un vaste réseau d’espions

On sait que la Russie dirige une ferme à trolls quasi officiellement depuis 2013 avec l’agence pour la recherche Internet (Internet Research Agency), une organisation basée à Saint-Pétersbourg et qui a pour unique objectif la propagation de la propagande du régime. Le Kremlin va plus loin puisqu’il déploie des espions en Ukraine — et dans d’autres pays — pour s’informer, mais aussi pour déstabiliser le pays de l’intérieur. Ainsi, plusieurs sources anonymes issues du renseignement ont confirmé aux médias que la Russie s’est efforcée de placer des agents, bien avant l’invasion, pour préparer son attaque.

Parallèlement, des fermes à trolls ont été ouvertes sur le sol ukrainien par des émissaires russes pour relayer la propagande depuis l’Ukraine. En février 2022, Meta a démantelé plusieurs groupes de faux comptes Facebook promouvant de fausses informations depuis la Russie et l’Ukraine. Un mois plus tard, la cyberpolice ukrainienne saisit un autre ferme à trolls, cette fois à l’origine de 100 000 faux profils. La majorité des cyberattaques ainsi que des opérations visant à déstabiliser l’État ukrainien ont échoué. Néanmoins, on ne peut nier l’efficacité des trolls à influencer les populations, y compris au sein des puissances occidentales, afin de créer la division depuis les réseaux sociaux.