Un signe que l’invasion russe ne se déroule pas comme prévu, des représentants de Moscou se sont rendus en Iran pour acheter des drones, selon le renseignement américain. Téhéran se spécialise depuis longtemps dans les appareils volants téléguidés et dispose de nombreux modèles mortels à proposer à la Russie.

Des drones iraniens vont faire partie de l’arsenal russe. L’information a été révélée par le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, le 11 juillet dernier lors d’une conférence de presse à la maison blanche. Il n’est pas clair encore quels modèles seront envoyés par Téhéran, mais les États-Unis ont récupéré les images satellites d’officiels russes en visite dans des hangars à drones en Iran. De plus, l’administration américaine a indiqué que des soldats russes se forment déjà à l’utilisation de drone de guerre dans le Moyen-Orient. Ce qui signifie que Moscou espère déployer ces appareils le plus rapidement possible sur le front en Ukraine.

Pour le Kremlin, il s’agit d’un aveu de faiblesse, mais pour l’Ukraine c’est plutôt une mauvaise nouvelle. En effet, la deuxième puissance militaire au monde dispose de son propre drone de guerre de type MALE (altitude moyenne longue endurance), l’Orion-E, mais jusque-là sa présence sur le terrain se résume à quelques rares interventions. La vraie star des airs depuis le début de l’invasion est le Bayraktar TB2 turc utilisé par les Ukrainiens, qui se font un plaisir de diffuser les vidéos de frappes sur les réseaux sociaux.

La Russie espère donc avoir autant de réussite avec les modèles iraniens. Téhéran se spécialise depuis des années dans les robots volants et vend ses appareils à plusieurs alliés diplomatiques : la Syrie, le Venezuela ou encore les rebelles Houtis au Yémen. Les États-Unis estiment que l’Iran pourrait envoyer une centaine de drones à la Russie. Les stocks d’appareils massifs n’étant pas aussi élevés, il se pourrait que Moscou reçoive essentiellement des modèles « suicide », à l’instar des équivalents américains livrés à l’Ukraine.

Tour d’horizon des appareils fabriqués par l’Iran, potentiellement vendus à la Russie.

Shahed-129, le drone amiral iranien

Shahed-129
Source : Iranian Army

Les États-Unis ont le Predator, les Chinois le Wing Loong et l’Iran, le Shahed – l’éclair en persan. Le modèle 129 est le drone de combat de type MALE développé pour repérer et frapper depuis une longue distance. Cet appareil imposant, d’une envergure de 16 mètres, vole avec une vitesse de croisière de 175 km/h et peut rester en l’air pendant près de 24h, avec une hauteur maximale de 7 300 mètres. Ce modèle dispose de quatre missiles Sadid-345 à guidage de précision pesant un total de 400 kg. Le Shahed-129 a été déployé contre les rebelles lors de la guerre civile syrienne. Ce modèle pourrait figurer en bonne place sur la liste d’achats de Moscou en raison de son potentiel pour les missions à longue portée, notamment contre les lance-roquettes HIMARS fournis par les États-Unis, qui dévastent actuellement les dépôts de munitions russes.

Shahed-191, la version furtive

Shahed 191 drone
Un Shaed-191 // Source : Alpha Defense

En 2011, un RQ-170, un drone de reconnaissance américain, est capturé par les Iraniens alors que l’appareil survole le territoire discrètement. Du pain béni pour Téhéran qui plus tard a sorti sa propre version similaire de ce modèle, le Shahed-191. Composé d’une aile unique, ce drone, principalement utilisé pour des missions de surveillance, peut se déplacer à 300 km/h et monter jusqu’à 7 600 mètres. Il est également capable d’embarquer deux missiles antichars. En théorie, ils sont plus difficiles à détecter pour les défenses aériennes, mais Israël a déjà abattu plusieurs de ces drones iraniens sans difficulté apparente.

Shahed-136, le modèle kamikaze

Shahed 136 3
Des Shahed-136 lors d’un exercice de l’armée iranienne Source : Tal Inbar

Fin 2020, l’Iran dévoile un nouveau type de « Shahed », le 136, destiné à directement se crasher et exploser contre une cible. Les drones suicides sont déjà massivement développés par les États-Unis et l’Iran suit cette tendance avec ce modèle adapté aux frappes stratégiques dans des guerres enlisées. L’Ukraine s’en est servie contre des raffineries en Russie. Des Shahed-136 ont été livrés aux rebelles Houtis au Yémen, un groupe soutenu par Téhéran. On sait que ces drones ont une portée de 2 000 km et sont équipés d’une charge explosive.

Mohajer-6, le plus économique

Mohajer Drone
Le Mohajer-6 Source : DEFA press

Le Mohajer-6 est ce qui se rapproche le plus du Bayraktar TB2 turc. Ce modèle de 5,5 mètres d’envergure, plus petit que son grand frère, le Shahed-129, sert autant à la reconnaissance qu’à la frappe opportuniste. Plus léger également, le Mohajer-6 est équipé de quatre missiles à guidage laser, qui ont un poids total de 40 kg. Les attaques seront donc plus orientées contre un véhicule blindé ou un dépôt d’armes. Introduit dans l’arsenal iranien depuis 2017, l’Iran a livré plusieurs Mohajer à l’Éthiopie ainsi qu’au Venezuela.

Néanmoins, si les drones iraniens ont fait des progrès étonnants ces dernières années, il n’existe que peu d’informations publiques sur leurs performances au combat. Il est donc difficile de juger de leurs véritables capacités, encore plus sur le front ukrainien où pullulent les missiles Stinger et les brouilleurs de drones.