SFR, Bouygues Telecom et Free Mobile proposent depuis peu des promotions à vie. Une situation que dénonce vivement Stéphane Richard, le patron d'Orange.

Y a-t-il un emballement dans les promotions que lancent les opérateurs de téléphonie mobile ? C’est ce que pense Stéphane Richard, le PDG d’Orange. Dans un entretien donné aux Échos, où il était essentiellement question de la situation du réseau ADSL, dont la qualité s’est dégradée, le chef d’entreprise a dénoncé les dernières offres promotionnelles proposées par la concurrence.

« On a atteint des pratiques de marché sans équivalence en Europe, avec désormais deux opérateurs télécoms qui pratiquent des promotions à vie !  » observe le patron du géant des télécoms « Je trouve cet emballement particulièrement préoccupant. » En réalité, ils ne sont pas deux, mais trois : outre SFR et Bouygues Telecom, il faut désormais inclure Free Mobile sur cette trajectoire.

Finalement des quatre acteurs principaux de la téléphonie mobile, seul Orange n’a pas encore basculé de l’autre côté.

Pour Stéphane Richard, cette situation intimement liée à la structure du marché, qui est composée de quatre opérateurs, là où à ses yeux il en faudrait plutôt trois : « Chacun est engagé dans une course au recrutement du plus grand nombre de clients chaque trimestre », ce qui se traduit par une « guerre des prix » qui cause « des ravages » au secteur des télécoms. Et selon lui, 2018 a été une année très dure.

Stéphane Richard. // Source : J.Knaub/Sipa Press/Orange

L’ombre de la consolidation

Cette structure, continue-t-il, ne peut continuer ainsi : elle va forcément déboucher sur la disparition d’un opérateur, dans le cadre d’une consolidation. Mais, précise le patron du groupe, Orange ne sera pas directement partie prenante d’une opération de cette nature. Sauf éventuellement pour récupérer des actifs dans le cadre d’un dépeçage contrôlé de l’opérateur trop faible pour survivre plus longtemps.

Les autorités de régulation pourraient s’opposer à l’implication d’Orange, au regard de son poids sur le marché français. C’est d’ailleurs plutôt des rivaux de taille intermédiaire qui devraient joindre leurs forces. Ensuite parce que la tentative de 2016 entre Orange et Bouygues Telecom s’est soldée par un cuisant échec. « Je ne suis pas prêt [à retenter le coup] aujourd’hui », affirme-t-il.

« Je considère qu’on a atteint les limites du système »

« Je considère qu’on a atteint les limites du système. Cela va inévitablement nous amener à nous poser la question de la consolidation du marché », résume ainsi Stéphane Richard, en citant les investissements colossaux à faire dans la fibre optique et la 5G. « On voit bien que certains résistent mal », glisse-t-il, sans préciser de qui il parle. Et de prévenir : « Tous ne pourront pas suivre. »

Une mise en garde en l’air ? Cela fait en effet des années que les perspectives de consolidation du marché des télécoms sont évoquées, presque depuis aussi longtemps que Free Mobile est arrivé sur le marché. Pourtant, le secteur compte toujours quatre entreprises. Mais Stéphane Richard l’affirme : c’est un scénario « qui est dans les esprits. » Il anticipe même une possible reprise des discussions en 2019.

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