Petit à petit, Uber change d'ambition. L'entreprise qui a bouleversé l'économie souhaite aujourd'hui devenir une « plaque tournante » des transports.

Lancé en 2009 en Californie, Uber est devenu rapidement un service et un concept. Le service, c’est l’application numérique pour commander des VTC. Le concept, c’est la mise en relation entre des professionnels indépendants et des particuliers par le biais d’une plateforme, avec une commission ponctionnée pour chaque mission effectuée. En 2018, Uber semble à présent se détourner tout autant du service que du concept, alors que l’uberisation a fait son œuvre et précarisé le travail en bouleversant des industries qui n’ont pas su s’adapter au numérique.

Limebike à Paris

Le 10 juillet 2018, la startup Lime que nous découvrons depuis l’été dans les rues parisiennes par l’intermédiaire de ses trottinettes est officiellement devenue une licorne. Grâce à une levée de fonds menée par Alphabet d’un montant de 335 millions de dollars, elle est désormais valorisée à 1,1 milliard de dollars. Et dans cette levée, on trouve un protagoniste très intéressé par la proposition de Lime : Uber. « Notre investissement et notre partenariat avec Lime est un nouveau pas dans la direction que nous avons choisie : devenir la plateforme incontournable pour tous les transports  », a ainsi affirmé Rachel Holt, qui s’occupe pour Uber du développement des activités liées aux vélos et aux trottinettes électriques.

À quoi ressemble le Uber de demain ?

Cette déclaration en dit long sur le changement de paradigme en cours chez Uber : le concept économique a été mis de côté au profit d’une nouvelle vision bien plus globale, tournée vers le transport — le free floating n’a rien à voir avec la mise en relation de clients et d’indépendants. C’est peut-être pour cela que UberEats, service d’uberisation de la livraison à-la-Deliveroo, a été sorti de l’application officielle pour devenir un projet à part entière. Aujourd’hui, Uber n’a que le transport en tête et compte devenir la plaque tournante numérique de la mobilité. En d’autres termes, un UberEats est moins dans l’ADN du Uber de demain qu’un Lime.

VTC, Trottinettes, vélos, drones… bus, RER, métro ?

Mais quel est cet Uber de demain ? Si on s’en tient aux actions prises dans différentes villes, on pourrait accorder qu’il cherche à devenir un incontournable du déplacement, quel que soit le marché. Dans les lieux où il est rejeté par la loi ou les corporations en place, il trouve désormais une parade : on le trouve dans certaines villes européennes comme simple application d’appel de taxi, concurrent de myTaxi — c’est le cas à Barcelone.

La brique flottes en libre service est plus récente et concerne à la fois les vélos et les trottinettes. On pourrait imaginer qu’à terme, Uber ait investi suffisamment d’argent dans les leaders nationaux pour qu’ils intègrent l’application et, peut-être, qu’ils affichent le logo de l’Américain sur leurs flottes — scooters, trottinettes et vélos sont concernés. Dans le cas de Lime, c’est en tout cas avéré : le deal comprend un affichage du logo Uber sur les trottinettes électriques, même si sa matérialisation n’est pas encore définie. On ne sait pas non plus dans quelles villes elle sera expérimentée en premier.

Uber imagine également des taxis volants

Et après ? On sait que Uber, en France, n’a pas hésité à entrer de manière illégale sur le territoire du covoiturage, avec UberPop. S’il ambitionne de répondre à toutes les demandes de transport qu’un utilisateur pourrait avoir à l’esprit, Uber devra reconquérir globalement ce secteur, qui est encore employé localement — à Las Vegas, les Uber ne sont pas des professionnels. Et si la voiture autonome individuelle qui ferait taxi quand elle n’est pas utilisée est encore un avenir lointain, le partage de véhicule est lui déjà d’actualité — des entreprises comme Drivy ont déjà investi le marché. Rien n’empêchera Uber de proposer ce type de fonctionnalités à l’avenir — son application qui mêle géolocalisation et transfert d’argent est déjà prête.

La brique la plus difficile à conquérir au-delà des fantasmes (UberCopter, UberBoat, le Uber des avions…) sera probablement celle des transports publics. Et pourtant, sans que la RATP ne soit affublée d’un U cerclé de noir, on ne peut s’empêcher d’imaginer un avenir où le ticket de métro ou l’abonnement dématérialisé, renfermé dans un smartphone NFC, peut être acheté dans différents points de vente numériques. Et pourquoi pas dans l’application Uber : le touriste en visite à Paris aurait alors une expérience similaire à celle qu’il connaît, unifiée dans le monde entier et proposée nativement dans sa langue. Il pourrait alors acheter son pass 3 jours directement chez Uber à la descente de l’avion ou du train.

Le touriste en visite à Paris aurait une expérience similaire à celle qu’il connaît, unifiée et dans sa langue

Reste que, même en ayant fait le deuil de son expansion dérégulée, Uber est attiré par des modèles contestés : en 2018, nombreuses sont les villes américaines qui tentent de réguler les entreprises de free floating qui ont dépassé les bornes du savoir-vivre citoyen. Pour convaincre les entreprises de transport en commun des bénéfices qu’elles pourraient avoir, un sérieux ravalement de façade s’impose. En plus de la lourde tâche d’effacer la toxicité sordide de l’entreprise après l’ère KalanickDara Khosrowshahi devra aussi faire d’Uber un chevalier blanc de l’innovation positive. Plus facile à dire qu’à faire, mais la transformation d’Uber en App Store des transports a déjà commencé.

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