D'après Hanmac, les Chinois veulent des smartphones qui se voient. Depuis 2008, cette société française joue sur les clichés de la France pour vendre des smartphones « artisanaux ».

Les industriels chinois qui vendent des smartphones en France à bas prix, on connaît. Les industriels chinois avec un faux-nez qui vendent des smartphones en France en passant par une marque « française », on connaît aussi. Ce qu’on connaît moins, en revanche, c’est Hanmac. Hanmac est une entreprise française fondée par Romain Vauchez à Besançon, qui s’est spécialisée dans une opération aussi lucrative qu’intelligente : vendre des smartphones bourrés de clichés français à des clients chinois qui ont, d’après le fondateur, un goût prononcé pour… l’inverse du minimalisme.

Aucun smartphone ne ressemble à quelque-chose que vous pourriez trouver en Europe. Ici, les armatures de métal semblent tout droit sorties d’un Warhammer époque science-fiction. Là, des gravures rappellent la chevalerie. Ailleurs, on trouve des plaques interchangeables, gravées à la main et faite sur-mesure, qui s’insèrent directement dans la coque des smartphones, pour des clients qui ne souhaitent pas avoir le smartphone de tout le monde, mais leur smartphone. Unique.

En France, d’aucuns diraient qu’il s’agit de mauvais goût. Pour Romain Vauchez, c’est plus subtil que cela : « Les Européens aiment le minimalisme. En Chine, c’est tout l’inverse : nos clients cherchent des smartphones qui se voient, qui sortent de l’ordinaire. L’apparence d’un objet technologique compte beaucoup et il faut qu’il soit vu.  ».

Et pour appuyer ce côté bling bling assumé, Hanmac n’hésite pas à mettre en avant la France au cœur de sa communication, jouant avec un exotisme aux valeurs retournées. M. Vauchez ne s’en cache pas : pour ses clients, c’est un argument qui compte et le marketing français fait mouche. Sur le prospectus, on voit évidemment la Tour Eiffel, mais Hanmac n’hésite pas à convoquer la chevalerie, l’héritage de la mécanique européenne ou encore, à utiliser l’imagerie de la pyramide du Louvre pour sortir un modèle Cleopatra basé sur l’Égypte ancienne. On ne s’embête pas des raccourcis géographiques : il faut avant tout que les modèles transpirent un quelque-chose que les Chinois peuvent considérer comme lointain.

Et on ne peut pas dire que Hanmac n’y met pas du sien. Si les smartphones sont radicalement dépassés (on parle d’Android 5.1 ou d’un système d’exploitation propriétaire nommé Hmac2.0 et d’écrans pouvant aller d’un 800 x 480 pixels à du Full HD), l’attention portée à leur coque n’a, pour les modèles sur commande, rien à envier à l’artisanat. Hanmac a fait de la personnalisation et de la production à petite échelle une « déclaration contre le conformisme ».  Vous pouvez passer commande pour un modèle spécialement conçu pour vous, gravé à la main « dans la plus pure tradition de l’artisanat et de la passion européenne pour la mécanique  ».

Au Mobile World Congress, Hanmac n’a pas l’intention de développer sa gamme en Europe — un marché pas adapté pour ces produits. La petite entreprise française qui a déjà plusieurs dizaines de points de vente en Chine a d’autres ambitions : toucher la Russie et le Moyen-Orient. « Ces marchés ont un goût partagé pour l’apparat, surtout sur le secteur du luxe  », nous dit-on. Toujours bien portante après six ans d’existence et aux antipodes de la French Tech installée quelques stands plus loin, l’entreprise semble savoir de quoi elle parle.

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