Le marché des applications mobiles a-t-il réussi à s'emparer de la tendance slow cosmétique ? Plusieurs applications proposent de décrypter les substances chimiques présentes dans vos produits. L'efficacité n'est pas toujours au rendez-vous.

Sodium Lauryl Sulfate, Benzophenone, Butylated Hydroyanisole, Propylparaben… Voici un petit échantillon des molécules toxiques épinglées par l’union fédérale des consommateurs Que Choisir. Si leurs noms ne vous sont pas familiers, il vous suffit d’attraper le premier produit qui traîne dans votre salle de bain, et de vous lancer dans la lecture attentive (et fastidieuse) des ingrédients qui le composent.

Si d’aventure vous parvenez à déchiffrer les noms barbares, souvent écrits dans une police minuscule sur l’étiquette des cosmétiques, vous ne serez sans doute pas plus avancé(e) pour savoir lesquels représentent un danger potentiel pour votre santé et l’environnement.

Or, la santé est devenue un domaine largement exploré par les développeurs, avec, par exemple, des applications mobiles dédiées aux menstruations, quand ce ne sont pas les géants du smartphone qui intègrent des applications dédiées à la santé directement dans leurs systèmes d’exploitation.

La rédaction de Numerama s’est donc posée la question de savoir si, pour les créateurs d’applications mobiles, il n’y avait pas un marché à prendre quand, du côté des consommateurs, émerge la demande croissante d’être mieux informés sur les produits de beauté, et plus largement de consommation.

En témoigne, par exemple, la tendance de la « slow cosmétique », qui vise à produire des produits plus respectueux de la peau et de la planète. Ou encore, les accusation de « greenwashing » qui pleuvent à l’encontre de grands groupes industriels, dont la démarche présentée comme écologique et responsable s’avère bien souvent n’être qu’une façade et/ou un argument publicitaire.

Nous nous sommes donc penchés sur l’offre existante en matière d’applications mobiles proposant de décrypter les substances présentes dans les produits cosmétiques. Premier constat : l’offre est très limitée, voire quasi inexistante, sur le marché francophone. La plupart des applications que nous avons pu tester sont en anglais, et rares sont celles qui ont su identifier les produits, achetés en France, que nous leur avons soumis.

La majorité d’entre elles fonctionne à l’aide d’un système de scanner, l’appareil photo du smartphone permettant de capturer le code barre du produit que vous voulez lui soumettre. Là encore, l’offre s’est avérée fort alléchante, mais fort décevante. La plupart du temps, nous n’avons que pu constater que les applications fonctionnaient mal, et ne trouvaient pas la référence du produit une fois le code bar scanné.

Il est à noter que l’intégralité de ces applications sont gratuites même si nous avons du mal à penser que ce soit la seule raison expliquant leur relative inefficacité.

Pharmapocket

Plus jeune application de notre palmarès, — elle a été lancée en septembre 2017 — Pharmapocket est aussi celle qui nous a semblé la plus efficace. Cette application prend le parti de cibler un type de produits bien précis : les cosmétiques disponibles en vente libre dans les pharmacies. Or, c’est probablement ce choix réduit qui lui permet d’être efficace. Sur une quinzaine de produits scannés, presque la moitié est reconnue sans problème. Le reste se départage entre produits reconnus, mais dont la fiche est encore incomplète, et ceux qui n’ont tout simplement pas été lus par l’app (trois produits au total).

Efficace lorsque nous lui soumettons des cosmétiques plutôt courants (du shampoing, du dentifrice, de la crème), Pharmapocket présente l’avantage de renseigner clairement sur les composants de chaque produit. Une note globale est attribuée à l’article, avec une signalétique claire : plus vous tendez vers le vert, plus le produit que vous envisagez de consommer est sain. Dans le cas contraire, l’app propose des cosmétiques alternatifs, mieux notés.

La liste des ingrédients identifie clairement lesquels sont néfastes pour la santé à l’aide de pictogrammes colorés, en forme de visages expressifs. En un coup d’œil, il est facile d’estimer si un cosmétique est bourré de plastique et autres substances que personne ne souhaite s’appliquer sur l’épiderme.

À noter que l’application est le fruit d’un travail mené par un diplômé de la Faculté de Pharmacie de Paris. Pendant deux ans, ce docteur en pharmacie s’est attaché à inventorier près de 5500 cosmétiques et à décrypter leur composition. Certes, Pharmapocket ne couvre pas l’intégralité des produits vendus en pharmacie, et sera sans doute moins efficace dans les rayons d’un supermarché. Néanmoins, cette app tire clairement son épingle du jeu face aux limites des applications concurrentes.

Vous pouvez télécharger Pharmapocket sur iOS et Android.

Pharmapocket

CosmEthics

De toutes les applications que nous avons pu tester, CosmEthics nous a semblé faire partie des plus convaincantes. C’est en effet celle qui a le mieux fonctionné pour identifier les produits grâce à leur code barre. Le principe est simple : il suffit de se créer un compte, puis de scanner, si cela vous chante, l’intégralité des produits de votre salle de bain. CosmEthics a généralement identifié rapidement les produits que nous lui avons soumis, et nous a invité à renseigner les informations de ceux qui n’étaient pas répertoriés dans sa base de données.

Une fois le cosmétique identifié, une icône indique clairement s’il contient des substances qui doivent vous alarmer, avec un code couleur extrêmement simple. Si vous voyez du vert, c’est plutôt bon signe. En revanche, un gros point d’exclamation rouge vous alertera sur un défaut potentiel du produit. Dans tous les cas, la liste des ingrédients qui le composent est consultable. Ceux ne présentant pas de danger vous renvoient vers la page Wikipédia de chacune des molécules le composant. Les ingrédients plus problématiques font l’objet d’une fiche détaillant les raisons de leur toxicité, sources à l’appui. Par contre, dans les deux cas, il vous faudra parler anglais pour consulter ces informations.

Par ailleurs, l’application permet de constituer des listes d’alertes personnalisées, par ingrédients ou types de produits. Ainsi, vous pouvez choisir de suivre l’alerte dédiée aux personnes végétaliennes, vous renseigner sur les produits pour ongles comportant des substances préoccupantes, ou consulter la liste des molécules bannies par l’Union Européenne.

Vous pouvez télécharger CosmEthics sur iOS ou Android.

CosmEthics

Think Dirty

L’application Think Dirty nous a fait le même effet qu’un cadeau joliment emballé, mais décevant une fois ouvert. Nous lui attribuons la première place pour ce qui est de son ergonomie et de son design, plutôt élégant. Après avoir créé un compte directement sur l’application, Think Dirty nous a accueilli avec cette phrase plutôt sympathique en anglais « Is you bathroom as dirty as your mind ? ». Et oui, pas de version francophone pour cette application qui semble pourtant tenir la place de leader dans son domaine.

Dès la première utilisation, l’interface invite son utilisateur à scanner l’intégralité de ses produits, qu’il s’agisse de cosmétiques ou de produits du quotidien (ménagers, alimentaires). Et là, grosse déception. Nous avons eu beau arpenter les allées d’une célèbre boutique de cosmétiques, présente dans les pays anglo-saxons, et les scanner frénétiquement, seul un d’entre eux a été reconnu par l’application (sur trente huit produits scannés en tout). Tous les autres codes barres ont été enregistrés dans l’historique de l’application, mais Think Dirty n’a pas réussi à identifier le produit correspondant. Dans ce deuxième cas, nous avons été invité à soumettre nous même le produit, pour enrichir la base de données de l’application.

Malgré ce regrettable échec, nous avons tout de même pu parcourir la liste des produits répertoriés sur l’application, et avons noté que la plupart des informations étaient indiquées dans un langage relativement simple. Un système de notifications permet de rester informé des éventuels changements dans la formulations des produits associés à votre compte.

Think Dirty a su également exploiter le potentiel lucratif du service qu’elle propose. Ainsi, il est possible de commander directement depuis l’application les produits les plus clean (ou se revendiquant comme tels) sur le site de, devinez qui ? Amazon.

Vous pouvez télécharger Think Dirty sur iOS ou Android.

Think Dirty

Clean Beauty

Clean Beauty fait partie des rares applications que nous avons pu tester en français, ce qui lui apporte déjà un bonus par rapport à ses consœurs. À la différence des applications précédentes, Clean Beauty ne vous propose pas de scanner le code barre de vos produits, mais plutôt de photographier la liste des ingrédients (la fameuse liste illisible qui se trouve, le plus souvent, au dos de vos cosmétiques).

Étrangement, la manœuvre n’a pas fonctionné sur un iPhone 5C : chaque pression sur le bouton permettant de capturer une photo faisait invariablement planter l’application, qui se fermait. Nous avons réessayé sur un modèle plus récent : cette fois-ci, la lecture des ingrédients fonctionnait, mais restait tout de même largement à retravailler, ne parvenant que très rarement à lire quoi que ce soit.

Dans une interface rose layette dont on avoue que l’on se serait bien passé, Clean Beauty propose un glossaire des principaux ingrédients employés dans la formulation des cosmétiques. Des logos indiquent lesquels sont controversés, et un court texte résume pour quelles raisons. Les explications sont sourcées à l’aide d’une bibliographie scientifique très complète. Et, cela est suffisamment rare dans notre sélection pour le souligner à nouveau, le tout est en français.

Vous pouvez télécharger Clean Beauty sur iOS ou Android.

Clean Beauty

Healthy Living

Une nouvelle fois, ne comptez pas sur l’application Healthy Living pour vous parler dans la langue de Molière : elle ne connaît que celle de Shakespeare. Toute de verte colorée, cette application indique recenser 128 000 produits dans sa base de données. Or, aucun des codes barres que nous ne lui avons donné à scanner n’a fonctionné.

À chaque fois, le même message s’est affiché, en anglais : « Désolé ! Nous n’avons pas trouvé votre produit. Nous travaillons constamment à l’élargissement de notre base de données, merci de revenir vérifier plus tard. » Personnellement, c’est plutôt le genre de message qui nous donne envie d’abandonner à tout jamais.

Heureusement, il est tout de même possible de se promener à travers la base de données de Healthy Living pour consulter la composition des produits qui y sont répertoriés. Les listes sont plutôt bien organisées, avec un niveau de détail intéressant. Dans la rubrique maquillage, par exemple, si vous sélectionnez le maquillage pour les lèvres, il est encore possible de préciser sa nature (baume, gloss, crème, avec ou sans protection solaire).

Vous pouvez télécharger Healthy Living sur iOS ou Android.

Healthy Living

Beat the Microbead

L’idée de départ de cette application en anglais (again) est plutôt intéressante. Beat the Microbead met tout particulièrement l’accent sur le plastique qui s’accumule dans nos produits. Son objectif affiché est également de sensibiliser à la pollution des océans, qui chargent les matières plastiques présentes dans des cosmétiques aussi anodins que des savons et dentifrices.

Malgré une interface très mignonne à base de fond bleu et bulles de couleurs, l’application ne passe pas l’épreuve fatidique de la reconnaissance des produits scannés. C’est bien simple, aucun de nos codes barres n’a été reconnu.

S’il faut cependant reconnaître une qualité à Beat the Microbead, outre son petit nom, c’est qu’elle a fait l’effort de mentionner des produits trouvables en France dans sa base de données (grandes surfaces y compris). Cependant, impossible de paramétrer l’application en français, ce qui diminue largement son potentiel à nos yeux. À l’image des autres applications de notre test, Beat the Microbead s’avère plutôt décevante en dépit de ses belles promesses.

Vous pouvez télécharger Beat the Microbead sur iOS ou Android.

Beat the microbead

Bref, entrepreneurs et entrepreneuses français : un marché est à prendre.

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