Chaque week-end, c'est la compilation de l'actualité de la propriété intellectuelle et de ses dérives, concoctée par Lionel Maurel et Thomas Fourmeux.

Cette semaine, le Copyright Madness revient sur les très belles performances du système ContentID de YouTube, qui s’est abattu cette fois sur la cérémonie des Oscars et sur l’émission VU, Christian Louboutin qui se prend les pieds dans un procès autour des fameuses semelles rouges, et sur un brevet concernant les mails d’absence au bureau. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Hécatombe. Nous parlons du « robocopyright » de YouTube quasiment dans chacune de nos chroniques, mais cette semaine, il s’est vraiment surpassé et cela n’a pas échappé à la vigilance des internautes sur Twitter. On a surtout retenu de la cérémonie des Oscars la grosse bourde Warren Beatty, qui s’est trompé dans l’annonce du prix du meilleur film. Mais ContentID s’est trompé lui aussi en censurant brièvement le direct de la cérémonie sur YouTube, certainement à cause de la diffusion d’un extrait de film…

Plus amusant encore, ce qui est arrivé à l’émission VU. On sait que ce sont les anciens du Zapping de Canal+ qui ont fui la chaîne pour échapper à la censure de Vincent Bolloré et poursuivre leurs activités sur France 2. Sauf que cette semaine, c’est le « robocopyright » de YouTube qui a empêché la diffusion d’un numéro de VU. Mais quel est l’ayant droit à l’origine de cette demande de retrait ? France Télévisions, qui s’est donc auto-censurée, à cause de la reprise par VU d’un extrait d’une de ses propres émissions ! Un grand moment de n’importe quoi…

Traduction approximative. On a en déjà parlé à plusieurs fois dans le Copyright Madness, mais il semble à présent que la menace se concrétise. Le Royaume-Uni envisage d’adopter une loi qui ferait passer à 10 ans de prison les peines pour violation du droit d’auteur en ligne, en employant des termes tellement flous que même les simples internautes pourraient être concernés. Bien pire que notre Hadopi nationale, le texte de cette loi s’est vu en outre affublé d’un acronyme qui vaut le détour : DeBILL ! DeBILL pour « Digital economy BILL ». Certes, les parlementaires anglais n’ont certainement pas conscience du sens de ces lettres en français, mais avouons que le hasard fait bien les choses !

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CC Algae Rhythm

No Photo. Le musée du Louvre fait beaucoup parler de lui en ce moment, mais pas forcément en bien. Alors qu’a lieu une exposition consacrée au peintre Vermeer, l’établissement est non seulement incapable de gérer dans de bonnes conditions l’affluence du public, mais en plus il interdit très fermement de photographier les tableaux. Or ces œuvre  de Vermeer sont dans le domaine public et le musée n’a pas le droit d’interdire la photographie personnelle. Par ailleurs, le Louvre n’autorise pas non plus la libre réutilisation des reproductions numériques sur son site. Copyfraud à tous les étages pour le plus grand musée du monde qui tarde à entrer dans le 21ème siècle !

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CC Manuel

Trademark Madness

Rouge sang. Des talons aiguilles avec des semelles rouges ? C’est Christian Louboutin, bien sûr ! Mais voilà, depuis des années, Louboutin multiplie les procès pour empêcher des concurrents d’utiliser le rouge comme couleur sur leurs chaussures. En 2012, Louboutin avait perdu une première fois en justice contre Yves-Saint-Laurent : le tribunal avait considéré que les semelles rouges pouvaient constituer une marque valide mais comme les chaussures de YSL étaient complètement rouges, il avait estimé qu’il n’y avait pas de confusion possible. Cette semaine, c’est en Suisse que Louboutin a perdu, cette fois contre un concurrent qui avait juste repris les semelles rouges. Le juge a estimé que cette couleur sur la semelle n’avait qu’une fonction esthétique et qu’elle ne peut dont pas être utilisée comme marque. On imagine que Louboutin va devenir rouge de colère, mais il va falloir s’y faire, Christian !

CC Lanty

Patent Madness

Absence passagère. Tous les mois, l’association EFF épingle un brevet abusif. En février, l’association a fait une sacrée découverte : IBM a en effet réussi à breveter aux États-Unis une application qui envoie un mail automatique de réponse quand vous êtes absent au bureau. Oui, vous avez bien lu. Ce système qui existe depuis des décennies et que vous activez quand vous partez en vacances, hé bien l’office américain des brevets n’a visiblement trouvé rien à redire alors que cette invention n’a rien de nouveau. Heureusement, après l’article d’EFF, IBM a été pris de remords et annoncé le transfert de ce brevet dans le domaine public. C’est très sympathique de sa part, mais au lieu de jouer les généreux a posteriori, il serait préférable de ne pas déposer de brevets abusifs…

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CC David Martyn Hunt

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à tous ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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