Greenpeace vient de dévoiler son rapport 2017 sur les politiques environnementales des géants du net. Dans cette nouvelle édition, l'ONG s'attarde notamment sur les firmes asiatiques ainsi que les plateformes de streaming vidéo. Netflix, en particulier, en prend pour son grade.

Greenpeace ne relâche pas la pression sur les géants du numérique. Pratiquement deux ans après son précédent rapport, l’association écologiste vient de publier son nouveau bilan évaluant les politiques environnementales mises en œuvre (ou non) par les plus grandes entreprises du secteur de la high-tech pour réduire l’usage d’une électricité dont  l’origine n’est pas renouvelable.

Dans la nouvelle mouture du rapport Clicking Clean, on retrouve les bons élèves des précédentes éditions comme Apple, Facebook ou encore Google, qui avaient atteint ou pratiquement atteint les meilleures notes possibles dans chaque domaine évalué par l’ONG. D’autres ont progressé, comme Microsoft et Amazon, mais il leur reste encore du chemin à parcourir avant de rattraper les leaders.

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CC Thomas Hawk

L’édition 2017 du rapport apporte toutefois quelques nouveautés. Ainsi, le document s’attarde pour la première fois sur les performances environnementales des sociétés  asiatiques. L’ONG américaine ne peut en effet plus guère les ignorer dans la mesure où leurs activités s’internationalisent de plus en plus et qu’elles aspirent à un rôle de plus en plus global sur le web.

Et on ne peut pas dire que les scores soient bons : les entreprises chinoises Baidu et Tencent obtiennent les plus mauvaises notes, tandis qu’Alibaba est sous la moyenne, tout comme Samsung. Seule Naver, une firme sud-coréenne qui édite notamment l’application de messagerie instantanée Line, sort un peu du lot. Une situation à laquelle ces firmes ne peuvent pas toujours faire grand chose, dans la mesure où des « fournisseurs d’énergie bénéficient d’une situation de monopole et ne proposent qu’une offre limitée en matière d’énergie propre », admet toutefois Greenpeace.

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Autre évolution du rapport par rapport aux années précédentes, les plateformes de streaming vidéo. Celles-ci sont désormais beaucoup plus scrutées par l’association de défense de l’environnement. Forcément, du fait du poids des fichiers, le streaming vidéo occupe une place croissante dans le trafic Internet. En 2015, c’était près des deux tiers (63 %) ; en 2020, Cisco estime que cette part atteindra 80 % du trafic. C’est la conséquence, pas unique, de l’explosion de la haute définition.

Greenpeace a donc regardé en détail la manière dont les centres de données opérés par Facebook, Google (YouTube & Google Play), Apple (iTunes), Amazon Prime, Netflix, Vimeo et HBO Go, Vevo, Hulu ainsi que des plateformes orientées pour des publics très précis (Corée du Sud, Afrique). Si les services dépendants des géants du net (Apple, Facebook, Google) s’en sortent sans aucune difficulté, puisqu’ils profitent de la politique mise en place par leur direction respective, les autres plateformes s’en tirent avec des résultats médiocres.

Netflix

En particulier, Greenpeace s’en prend tout particulièrement à Netflix, décrit à juste titre par l’ONG comme un « mastodonte du net ». « Ses choix énergétiques sont donc loin d’être anodins. Netflix doit assumer ses responsabilités, montrer l’exemple et faire en sorte que sa croissance soit alimentée par des énergies renouvelables, et non par des combustibles fossiles ».

Le service de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) américain avait pourtant dit en 2015 qu’il compenserait la totalité de son empreinte carbone. Or, regrette l’association, Netflix « se concentre plutôt sur l’achat de crédits carbone ou de certificats d’énergies renouvelables, des artifices qui ne permettent pas réellement de dynamiser les investissements en faveur des énergies renouvelables ».

En matière écologique, Netflix doit assumer ses responsabilités

Netflix récolte ainsi la plus mauvaise note (F) dans 3 des 5 critères évalués par l’ONG, à savoir la transparence énergétique, l’engagement en faveur des énergies renouvelables et le plaidoyer en faveur d’une utilisation moins polluante de l’énergie. Le site de SVOD récolte une mauvaise note sur la question de l’approvisionnement (D) et une note passable sur le critère de l’efficacité énergétique (C).

Les énergies d’origine renouvelable (éolien, solaire, hydraulique…) n’occupent que 17 % du total de l’approvisionnement électrique de Netflix. Le nucléaire, qui n’est pas une énergie carbonée mais pose le problème de la gestion des déchets radioactifs, occupe 26 % du total. Quant au charbon et au gaz naturel, deux sources d’énergie polluantes, ils se trouvent respectivement à 24 et 30 %.

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CC Wolfgang Moritzer

Au total, le rapport 2017 de Greenpeace a évalué l’empreinte énergétique des opérateurs de centres de données de près de 70 sites Internet et applications parmi les plus populaires du monde. On relèvera toutefois l’absence de certaines plateformes — c’est le cas du Français Dailymotion– ainsi que de l’industrie pornographique, qui est pourtant à la tête de certains sites de vidéos les plus fréquentés au monde.

Malgré des oublis ici ou là, le rapport de Greenpeace offre un bon panorama de la situation actuelle parmi les géants de la tech.

Un panorama utile, car l’industrie high tech représentait, selon l’ONG, 7 % de la demande mondiale d’électricité en 2012. Or, il est impératif qu’elle bascule vers les énergies d’origine renouvelables, dans la mesure où sa consommation va encore croître dans les années à venir. Elle devrait ainsi dépasser les 12 % en 2017. Et l’avenir n’est clairement ni dans le gaz ni dans le charbon.

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