RSF n'apprécie pas le nouvel algorithme de Facebook qui tend à privilégier les messages personnels des utilisateurs par rapport aux informations provenant de sites de presse professionnels. L'association craint une perte dans la qualité d'information des citoyens.

Le mois dernier, Facebook a annoncé une nouvelle mise à jour de l’algorithme son flux d’actualité, dont l’effet le plus marquant est de rendre moins visibles les articles de presse que Facebook avait eu tendance à mettre en avant par le passé (au nom d’une mise en avant des « contenus de grande qualité »). Désormais, les messages personnels des proches prennent davantage d’importance que les informations partagées depuis les pages des sites de presse.

Or ce comportement agace Reporters Sans Frontières (RSF). « Les sociétés ont besoin d’une liberté d’opinion la plus large possible ; mais à l’intérieur du champ de la liberté d’expression, il est essentiel que l’information journalistique, celle qui repose sur des méthodes, des règles d’honnêteté et le principe d’indépendance, ne disparaisse pas au profit de la subjectivité et de l’opinion pure », s’inquiète Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, dans un communiqué publié jeudi.

« Même si Facebook refuse d’assumer son rôle de “média”, il est devenu une des principales sources d’information pour 1,6 milliard d’internautes dans le monde, et doit donc en assumer la responsabilité ».

Une presse de qualité, c’est quoi ?

Pour RSF, la décision de Facebook « risque de favoriser une information biaisée, démagogique et même manipulée, au détriment de l’information de qualité qui permet à l’utilisateur ou au citoyen de sortir de sa bulle de certitudes en se frottant à d’autres opinions que les siennes » — c’est la fameuse bulle filtrante qui inquiète aussi le gouvernement français.

Mais il serait paradoxal qu’en cherchant à protéger sa profession, RSF privilégie la diffusion des informations sourcées auprès d’une presse professionnelle, lorsque son propre rapport mondial sur la liberté de la presse dénonce chaque année le manque d’indépendance de nombreux organes de presse, y compris en France où la concentration des médias est responsable d’une dégradation continue de son classement (45e mondial seulement en 2016 !).

Dans son dernier rapport, RSF constatait au niveau mondial « un climat de peur généralisée et de tensions qui s’ajoute à une emprise des États et des intérêts privés de plus en plus grande sur les rédactions ». Ce n’est donc pas en soi une mauvaise nouvelle que l’information ne passe plus de façon privilégiée par le truchement de ces médias hyper concentrés et sous emprise politique et industrielle, mais qu’elle puisse être libérée par la communication directe entre les citoyens, qui s’informent eux-mêmes.

Lutter contre la concentration des réseaux sociaux

Le combat important, alors, devient la maîtrise de la qualité de l’information que se communiquent ces citoyens, ce qui passe par une meilleure éducation contre la désinformation… et une non-dépendance à Facebook. Il faut encourager le pluralisme des réseaux sociaux et lutter contre l’oligopole dominé par Zuckerberg, comme l’on a encouragé le pluralisme des médias.

Que ce soit de manière réfléchie ou non, Facebook influencera toujours par ses algorithmes les informations dont les utilisateurs prennent connaissance et partagent, et il n’y aura jamais d’algorithme parfaitement neutre dans ses effets. Il y aura toujours, au minimum, soupçon de partialité, que ce soit pour favoriser un camp politique contre un autre, ou pour passer au silence la propagande d’un adversaire militaire. Plus il y aura de diversité dans les canaux d’échange entre citoyens, plus l’information qu’ils recevront et partageront pourra être plurielle. Qu’elle provienne, ou non, de sites de presse.

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