Radiohead : et si tout ça n'était qu'une sombre farce ?
Cédric L. -
publié le Vendredi 14 Décembre 2007 à 11h11 -
posté dans Musique Numérique
Deux mois après le lancement très remarqué de son album, Radiohead revient sur un mode de commercialisation traditionnel. Et si, finalement, cette opération n'avait eu d'autre ambition que de constituer un bon coup de pub pour Rainbows ? Quand une simple opération marketing prend le risque de se transformer en "business model" pour toute l'industrie.
D'abord, sur les chiffres réels de l'opération, seul moyen pour nous de vérifier si elle fut bien un succès comme le groupe le prétend. Deux mois après, Radiohead n'a toujours rien concédé, et quand comScore s'essaie à une évaluation un peu moins reluisante que ce qui avait été dit auparavant, les concernés se contentent de la nier en bloc, sans pour autant avancer autre chose que leur bonne foi. Et maintenant Radiohead abandonne l'initiative pour revenir aux circuits traditionnels. D'accord, il était prévu dès le début de l'opération qu'une commercialisation physique ait lieu, mais on percevait cela comme une ouverture, pas comme un brusque virage à 180°. Pourquoi ? Parce qu'elle était destinée à ceux qui sont plus habitués à acheter des CDs chez leur disquaire que de surfer sur le Web à la quête de MP3, ce qui était complètement justifiable. Or, ici, le groupe envisage de mettre ses morceaux en vente sur iTunes, ce qui signifie qu'il s'agit bien d'un retour au modèle traditionnel et non pas d'une ouverture aux laissés pour compte d'Internet. Si l'expérience de Radiohead avait été si concluante, pourquoi ne pas avoir gardé son système de "je décide quel prix mettre" concomitamment avec la vente traditionnelle ? "C'était une solution après la série d'albums" expliquait il y a peu le manageur du groupe Chris Hufford au New York Times. "Je doute que ça marcherait de la même façon la prochaine fois." Voyez, on est bien loin du discours euphorique que l'on trouvait dans la bouche de la plupart des observateurs - Ratiatum y compris - voyant dans cette initiative le signe d'un bouleversement des industries culturelles. Autre chose, la campagne de promotion autour de Rainbows a été orchestrée de manière "gargantuesque". On aura rarement vu un tel teasing, un tel jeu de piste monté autour de cette sortie. Le groupe n'hésitait pas à lâcher des indices très énigmatiques autour de son bébé, au point de faire cogiter des mois durant les fans sur l'interprétation qu'ils devaient en tirer. Dès le départ, Rainbows misait clairement sur le buzz. Et qu'est-ce qu'a engendré l'initiative gratuite de Radiohead à sa sortie ? Le gonflement de ce buzz d'une manière considérable. La presse entière en a parlé, même dans des journaux qui, en temps normal, n'auraient pas relayé l'information, à l'instar de Ratiatum. Et maintenant le doute. Si l'expérience de Radiohead n'avait été rien d'autre qu'un simple élément dans une ambitieuse campagne marketing ? Si il ne s'était agit que d'un énorme coup de pub, quitte à en payer l'insuccès ; d'un simple rouage dans l'énorme mécanique promotionnelle du groupe ? Nous l'avons vu, Radiohead ne considère pas cette initiative comme une solution à long terme, une nouvelle façon de commercialiser ses disques, mais simplement comme un truc à essayer. Dans cette hypothèse, le groupe aurait tapé extrêmement juste. Il aurait profité de l'idéologie forte régnant sur Internet autour de la gratuité pour colporter son oeuvre. Une façon de promettre monts et merveilles, de copiner avec une communauté sous de faux semblants. "C'est certainement une bonne publicité, mais je pense que c'est une sorte d'avilissement de la musique" expliquait Nicky Wire, membre du groupe de rock les Manic Street Preachers au Daily Star. "La musique est habituellement un marché ; maintenant tout devient numérique. C'est inquiétant que le cinéma va bien, que les jeux vidéo vont bien, mais pas la musique. Le phénomène de téléchargement gratuit ruine l'industrie." Bien sûr, ces propos un peu hâtifs sont à prendre avec des pincettes, car il n'est pas prouvé que ce soit le gratuit qui ruine l'industrie. En revanche, on peut lui concéder un point, c'est que l'initiative de Radiohead ait renforcé l'idée chez les internautes selon laquelle la musique devait être payable au mérite ou à l'envie. Et pourtant, il semble bien que le groupe n'y ait vu qu'un moyen de mieux vendre, un peu comme on distribuerait des échantillons gratuit de shampoing à la sortie d'une fac. Si tel est le cas, Radiohead joue avec le feu. Son initiative a été suivie par d'autres et si tout le monde commence à se prêter au jeu, peut être qu'un jour l'industrie entière en sera réduite à devoir systématiquement commercialiser ses oeuvres de la même manière, qu'elle le veuille ou non. Cela annoncerait alors la naissance d'un nouveau "business model" fondé sur quelque chose qui n'en avait jamais eu la prétention. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Radiohead : et si tout ça n'était qu'une sombre farce ?»
en tout cas maintenant leur album circule a flot sur le net... et ceux qui voulaient le tester ont pu le faire de manière légale et si on n'a pas aimé (c'est mon cas), le supprimer sans autre état d'âme...
je pense que ce qui ruine la musique c'est l'espèce de volonté bizarroide des musiciens a s'accrocher à leur maitres esclavagistes, les majors. ca dénote surtout une espece de peur dans la nouveaute et une paresse intellectuelle hors du commun... tant pis, l'évolution et la sélection naturelle devrait aider un peu à renouveller le stock de musiciens entre ceux qui sont capables de s'adapter à l'ère numérique et les dinosaures de la distribution classique. a terme, internet devrait permettre la génération de musiciens réactifs, parés au live à l'instar des anciens troubadours puisque le live sera leur seul vrai moyen de subsistance. la musique numérique doit être gratuite et considérée uniquement comme un moyen promotionel dans les business plan des groupes. en acceptant le phénomène de partage de musique gratuite sur internet, et le prenant comme une réalité inéluctable, les groupes pourront le comprendre et l'utiliser à leur avantage. appréhender et comprendre le problème permettra de le dépasser et de le transformer en force. on ne se noit dans l'eau que lorsqu'on ne sait pas nager et qu'on en a peur. ceux qui ont surmonté leur peur ont découvert un monde merveilleux. de la mm manière, ceux qui ne seront pas effrayés par l'océan internet en tireront demain de précieuses ressources vitales. A noter que tous les musiciens ne sont pas comme Radiohead.
La chanteuse Allison Crowe vend ses disques sur Amazon US et permet aussi le téléchargement gratuit sur Jamendo. On parle beaucoup de Radiohead et B. Hendricks, mais A. Crowe fait ça depuis bien plus longtemps visiblement et c'est pas un coup de pub. 'pleindeuss', le 01/01/1970 - 01:00 en tout cas maintenant leur album circule a flot sur le net... et ceux qui voulaient le tester ont pu le faire de manière légale et si on n'a pas aimé (c'est mon cas), le supprimer sans autre état d'âme... je pense que ce qui ruine la musique c'est l'espèce de volonté bizarroide des musiciens a s'accrocher à leur maitres esclavagistes, les majors. ca dénote surtout une espece de peur dans la nouveaute et une paresse intellectuelle hors du commun... tant pis, l'évolution et la sélection naturelle devrait aider un peu à renouveller le stock de musiciens entre ceux qui sont capables de s'adapter à l'ère numérique et les dinosaures de la distribution classique. a terme, internet devrait permettre la génération de musiciens réactifs, parés au live à l'instar des anciens troubadours puisque le live sera leur seul vrai moyen de subsistance. la musique numérique doit être gratuite et considérée uniquement comme un moyen promotionel dans les business plan des groupes. en acceptant le phénomène de partage de musique gratuite sur internet, et le prenant comme une réalité inéluctable, les groupes pourront le comprendre et l'utiliser à leur avantage. car appréhender et comprendre le problème permettra de le dépasser et de le transformer en force. on ne se noit dans l'eau que lorsqu'on ne sait pas nager et qu'on en a peur. ceux qui ont surmonté leur peur ont découvert un monde merveilleux. de la mm manière, ceux qui ne seront pas effrayés par l'océan internet en tireront demain de précieuses ressources vitales. Antièrement d'accord avec ton analyse Pleideuss, Je rajouterai une évidence que les Majors n'ont pas compris : le sens premier d'une activité musicale est le partage ! Même pour une musique de chambre... Le business n'a aucun pouvoir sur la philosophie et la nature humaine encore moins sur les forces de la nature et notre petite condition humaine.... En gros quoiqu'il advienne les Majors sont brisés menu... Ils ont tout à perdre, et ils le savent. Ce n'est qu'une question de temps. Leur restructuration est bien trop tardive, et l'innovation inexistante. Voué à l'échec. Par contre les Sacem c'est un autre Jambon, car ils sont sous la coupe étatique. La réforme sera plus que douloureuse, car elle ne concerne en rien le peuple déjà supertaxé, mais simplement les structures de l'état ! Il a toujours eu beaucoup de mal à se réformer, donc perdre des privilégiés... Il préfère surtout l'imposer aux autres... Les musiciens continueront à échanger leurs passions, avec ou sans moyen...Le plus grand plaisir, c'est ce partage du temps présent déjà évanoui, et d'y avoir laissé rythmes, harmonies, mélodies aux plaisirs de ceux qui savent l'apprécier. L'expression de ce langage est unique, mais un langage peut-il être monnayable ? J'en doute... C'est ainsi et pour longtemps...Le jeu existe bien avant l'écriture... cet échange primordial nous ouvre la feuille et l'esprit. Et ceux qui les gardent fermés, non-rien à nous dicter... Désolé pour eux... Cela dit, la musique comme prétexte a nos petits problèmes, n'est que prétextes et excuse à un bouleversement économique, politique, social, culturel de très grandes ampleurs... Et si Radiohead n'a d'autres arguments, ils seront vite oubliés... Créer l'événement, c'est une chose, perdurer une autre... Radiohead ne considère pas cette initiative comme une solution à long terme, une nouvelle façon de commercialiser ses disques, mais simplement comme un truc à essayer.
j'ai bien peur que cela soit bien le cas. et c'est dommage, car en libérant la musique et en trouvant des financements alternatifs ou volontaire pour celle ci, on trouvera aussi une solution au problème de piratage, d'une manière bien plus efficace que n'importe quel filtre ou répression. ils ont du mal a l'entendre, ils ont du mal à le comprendre. oué disons que c'est dommage qu'ils laissent tomber le premier système, mais comme il a été dit, maintenant la pluspart de sgens susceptibles d'être interessés pa rl'album l'ont déjà donc je ne pense pas que leur vente "traditionelle" soit mirobolente...
ça serait juste plutôt histoire de compléter les revenus.... Si il n'avait s'agit (6e paragraphe) => S'il ne s'était agit
moi à mon avis Radiohead veut comparer les deux systèmes. Et dans quelques temps, le groupe se fera alors une vrai idée sur la solution à choisir pour le prochain album.
C'est vite vu, ce mode de distribution ne leur a simplement pas permis de faire entrer le pognon espéré. Sinon pourquoi y renoncer?
Voilà ce que je disais sur le précédent article concernant l'initiative du groupe :
salut
On dirait un succès en demi-teinte non ? Pourtant le chiffre de 8 (à confirmer par RH eux-même) est énorme... Ou alors ils ne veulent pas que le téléchargment libre interfère sur la vente physique en magasin... je pense plutôt à ça ce qui est logique d'un point de vue commercial. Je pense que l'échec de cette tentative est une explication plausible et inavouable encore... Je pense qu'ils étaient de bonne foi dans leur démarche. Mais l'expérience a été semi-concluante, et encore elle n'a un peu fonctionné que parce qu'ils disposaient déja d'un exceptionnel capital médiatique (et financier) au départ. Pour un groupe débutant, l'experience se serait révélée bien plus nulle.
Parce qu'ils croient peut-être qu'ils gagneront plus d'argent sur I-tune? Tous ceux qui voulaient acheté l'album l'on déjà fait et ceux qui ne voulait pas payer l'ont téléchargé gratuitement.
Ils ne risquent plus de vendre beaucoup d'album maintenant. Moins la part d'Apple, moins la part des autres intermédiaire... Bonne nouvelle, ils vont vite se rendre compte que le premier système était bien plus rentable, même si ils croient le contraire pour le moment! Byrne: Are you making money on the download of In Rainbows?
Yorke: In terms of digital income, we've made more money out of this record than out of all the other Radiohead albums put together, forever — in terms of anything on the Net. And that's nuts. It's partly due to the fact that EMI wasn't giving us any money for digital sales. All the contracts signed in a certain era have none of that stuff. Byrne: So when the album comes out as a physical CD in January, will you hire your own marketing firm? Yorke: No. It starts to get a bit more traditional. When we first came up with the idea, we weren't going to do a normal physical CD at all. But after a while it was like, well, that's just snobbery. [Laughter.] A, that's asking for trouble, and B, it's snobbery. So now they're talking about putting it on the radio and that sort of thing. I guess that's normal. http://www.wired.com...e?currentPage=3 Early last month a web-monitoring company called comScore claimed that 62 per cent of downloaders had paid nothing. The other 38 per cent had paid an average of £1.29. 'Those figures are all fucking shite,' says a somewhat vexed Yorke. (He isn't very good at hiding his emotions: in terms of spending time with him, this makes for someone who's either thoroughly engaging, or who makes you feel you're sitting smack in the middle of a cloud.) 'My parents were talking about some article [he affects smugly sneery tone], "Ooh it's all gone wrong. Oh dear, it's all backfired." That's utter fucking crap. It's all worked very nicely thank you, [mirthless laughter] ha ha ha.'
So you've made more money than you would have from the conventional sales route? Colin: 'If we'd set out to do this to make lots of money, we'd have signed to Universal Records two months ago. So it was not something that we did... No sane person would have released a record like this for financial gain.' But in the words of Elizabeth Ortega, 16, from Whittier, California: 'do the band think they basically said "fuck you" to half there [sic] fans because not everyone has access to the internet?'
Thom: 'That was a condition of doing this whole project, that we put out a normal CD. Because I totally agree.' http://observer.guar....uk/omm/story/0,,2221299,00.html par contre je n'ai pas retrouvé l'interview dans laquelle (Colin je crois) disait qu'ils le sortaient en version CD d'une part parce que ceux qui voulaient le téléchargé l'avaient téléchargé (gratuitement ou pas) et qu'ils ne voulaient pas laisser de côté ceux qui n'ont pas internet (ce qui rejoint ce que dis thom dans le dernier paragraphe du premier quote) |
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Derrière, les Majors se cachent les Sacem et autres RIAA et derrières les Sacem se cache des ayants droit, et derrières des ayants droit se cachent des politiques, et derrière les politiques, des multinationales, derrière les multinationales des actionnaires...
Bref, vous l'avez compris, ce n'est pas un groupe rock qui va faire la loi dans ce putain de business...
Nous verrons bien la longue traîne de cet album... Je n'aie pas écouté l'album, est-il vraiment rassembleur, innovant artistiquement ou est-ce de l'art éphémère ?
Comme il n'y a jamais eu de mauvaises PUP (!), cela a de toute façon bien fonctionné...(Le Buzz)...