Le premier service de téléchargement gratuit financé par la publicité sera disponible le 1er septembre en France. Les morceaux seront offerts sans DRM et sans exposition publicitaire obligatoire, mais nécessiteront de remplir un questionnaire avant de voir son compte validé. Un détail qui pourrait bien cacher un système permettant aux entreprises de profiter des consommateurs.

Depuis le temps qu’on en parle, on a toujours rien vu arriver. SpiralFrog n’a pas encore ouvert ses portes, Qtrax se laisse désirer, quant à Airtist, on attend toujours de voir son service de téléchargement gratuit rémunérant les artistes grâce à la publicité.

C’est finalement d’un site un peu sorti de nulpart que l’on doit la première percée de terrain : YourFreeMusicDownloads. La plateforme californienne propose un catalogue d’un million de morceaux gratuits s’élargissant de 500 titres par jour, mais la grande nouveauté, c’est qu’il ne soumet l’internaute à aucune publicité intempestive. A la place, il suffit pour ce dernier de remplir une enquête afin d’avoir accès au catalogue entier.

C’est une idée toute bête, mais il fallait y penser. Quand on connaît le nombre d’entreprises prêtes à investir des sommes considérables pour récolter des questionnaires sur ses consommateurs cible, il n’est pas difficile d’imaginer un système économique qui serait basé sur le monnayage de ces données. Surtout si la publicité a un coût si faible de revient par morceau qu’elle oblige les sites à matraquer le téléchargeur pendant un temps considérable pour qu’elle soit rentable (on parle d’1min30 pour SpiralFrog) ou de baisser la rémunération des ayants droit par rapport à ce qui est généralement pratiqué par les plateformes payantes (Airtist ne promet que 0,12 € HT).

Il vous sera aussi demandé de sacrifier deux adresses e-mails sur l’hôtel du marketing viral. Le site exige en effet « les noms et adresses e-mail de [deux personnes] que vous connaissez et dont vous pensez qu’elles accepteraient des e-mails de votre part ». Ce n’est quand même pas insurmontable, et YourFreeMusicDownloads ne se leurre pas quant à l’importance que porteront les utilisateurs au questionnaire : « Il n’est pas nécessaire de faire preuve d’un intérêt particulier pour répondre aux questions afin d’avoir accès au catalogue mais vous devrez répondre à toutes les questions. »

Deuxième bonne nouvelle, YourFreeMusicDownloads propose, contrairement à l’offre de SpiralFrog, des morceaux sans aucune restriction de type DRM, ni même de limitation quantitative : vous pouvez aussi bien télécharger une dizaine de morceaux qu’un millier en un jour. Il ne nécessiterait pas non plus d’installer un logiciel pour l’utiliser.

Il aura fallu un an à YourFreeMusicDownloads pour élaborer son modèle, et le plus étonnant reste encore les artistes qu’il propose. Car, en dehors des indépendants, on peut y trouver des artistes qui s’acoquinent avec les majors : Rihanna (Def Jam Recordings & Universal), Shop Boyz (On Deck & Universal Republic), et même des poulains de chez Sony BMG : Avril Lavigne, Kelly Clarkson, ou Daughtry.

On savait déjà qu’Universal préparait l’arrivée de son catalogue sans DRM mais quid de Sony BMG ? C’est pour le moins étrange et lorsque nous essayons de les interroger sur la question, un porte parole nous répond : « je ne peux commenter ce fait pour l’instant mais un communiqué presse devrait arriver prochainement ». YourFreeMusicDownloads serait-il le premier à offrir une partie du catalogue de Sony sans DRM, et gratuitement en plus de cela ?

Quelques détails viennent cependant entacher le tableau, notamment sur le système d’enquête : chaque questionnaire nécessiterait une inscription auprès de l’entreprise qui la soumet afin que celle-ci signale à YourFreeMusicDownloads qu’il a bien été rempli, une procédure de validation qui pourrait prendre jusqu’à 30 jours.

De plus, certaines entreprises demanderont pour valider l’enquête un peu plus que de remplir de simples cases. Il s’agirait par exemple d’utiliser sa carte de crédit pour faire un achat, un prêt, ou un transfert afin de satisfaire les exigences d’un banquier. Autant dire vendre son âme au diable ! Reste donc à voir si ces « conditions subsidiaires » seront aussi contraignantes car dans cette hypothèse, il se pourrait bien que ce fameux questionnaire ne constitue qu’un appât permettant aux entreprises de profiter abusivement des consommateurs.

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