Si l'encyclopédie Wikipédia est pour tout le monde, dans les faits il existe d'importantes disparités. Les éditions sont par exemple dominées par les contributeurs de cinq pays seulement.

Sur le papier, la promesse de Wikipédia est formidable : voilà en effet un projet d'encyclopédie collective, ouverte à tous, gratuite, multilingue et offrant un contenu librement réutilisable. Encadrée par des règles conçues pour assurer l'objectivité et la vérifiabilité des informations qui sont publiées, elle connait depuis de nombreuses années un succès spectaculaire dans le monde entier.

DES STATISTIQUES FLATTEUSES…

Il suffit de se pencher sur les statistiques de Wikipédia pour s'en convaincre. Chaque mois, ce sont des centaines de millions d'internautes qui se rendent sur les pages de Wikipédia pour obtenir des précisions sur tout et n'importe quoi (21,3 milliards de requêtes étaient passées en 2013). Les articles de l'encyclopédie arrivent d'ailleurs en tête sur plus de la moitié des requêtes effectuées via Google.

Aujourd'hui, l'encyclopédie existe dans plus de 280 langues. De nombreuses déclinaisons linguistiques dépassent sans difficulté les 10 000 articles (c'est le cas de 130 d'entre elles, tandis qu'une bonne cinquantaine franchit la barre des 100 000). Et en additionnant tous les articles proposés sur l'ensemble des versions du projet, il y a plus de 20 millions d'articles qui ont été écrits par les internautes.

…QUI MASQUENT DES DISPARITÉS

Mais derrière ces données qui donnent l'impression d'un monde uni pour faire progresser la disponibilité du savoir sur Internet, il existe encore de profondes disparités. On sait par exemple que l'implication des femmes est moins forte que celle des hommes, pour des raisons parfois très différentes (complexité de l'interface, misogynie, conflits communautaires, etc).

On sait aussi que les contributeurs des pays du Nord sont plus actifs que ceux du Sud, qui ne bénéficient pas toujours des infrastructures pour participer correctement (il existe néanmoins des projets pour aider comme Afripedia, la version hors ligne de Wikipédia (sur une clé USB) et la version mobile (Wikipédia Zero) non facturée (par exemple dans le projet Internet.org de Facebook).

DOMINATION CULTURELLE

Ces disparités ne sont pas sans conséquence. Il peut y avoir un vrai risque de domination culturelle lorsque les contributions ne proviennent que d'un seul pays. La version francophone de Wikipédia est un cas d'école : bien qu'elle ne soit pas réservée aux Français, elle est surtout éditée par ces derniers alors même que le public francophone vient aussi de Belgique, de Suisse, du Canada et d'Afrique.

Il existe évidemment des règles pour limiter l'apparition de ce type de phénomène. Outre les consignes générales d'objectivité et de neutralité, la communauté peut aussi organiser l'internationalisation des articles lorsqu'il est clair qu'un sujet n'est traité que depuis le point de vue d'une région, d'un pays voire d'un continent ou d'un hémisphère.

CINQ PAYS FONT WIKIPÉDIA

Cette problématique a récemment fait l'objet d'une étude conduite par le géographe Mark Graham, dans le cadre d'un travail mené au sein de l'Institut Internet de l'université d'Oxford. Relayée par le site Wired, elle met en lumière la surreprésentation de l'Occident dans l'enrichissement de Wikipédia : cinq pays en particulier sont très actifs : l'Allemagne, les États-Unis, la France, l'Italie et le Royaume-Uni.

L'étude, qui a porté sur plus de 704 000 articles écrits dans 44 langues entre 2001 et 2013, souligne en particulier le manque d'implication de l'Afrique dans l'élaboration de l'encyclopédie : en effet, il y a plus de contributeurs provenant des Pays-Bas que sur la totalité du continent africain alors même que les Néerlandais ne font pas partie du top 10 des nations les plus actives.

ATTRACTION DU NORD

Selon Mark Graham, l'insuffisance des infrastructures dans les pays du Sud pour accéder à Internet dans de bonnes conditions (débit, coût, etc) est une première explication de ce déséquilibre, mais elle n'est pas la seule. Il y a aussi un biais économique qui fait que les internautes du Sud, lorsqu'ils éditent l'encyclopédie, s'orientent plutôt vers des sujets liés aux pays du Nord.

"Au lieu d'éditer un article à propos d'une ville locale ou d'un village, quelqu'un venant d'un pays à bas revenu sera plus susceptible de modifier un article sur New York ou Paris", écrit Wired, alors qu'il faudrait plutôt documenter des régions du monde qui ne sont justement pas ou peu renseignées, d'autant que celles-ci peuvent, d'un point de vue géographique, concerner directement les internautes du Sud.

Partager sur les réseaux sociaux

Articles liés