Netflix étudie toujours la possibilité de passer à une technologie de distribution en P2P de ses vidéos, et recherche pour ce faire un développeur expérimenté en protocoles peer-to-peer, en particulier sur BitTorrent.

Comme l'an dernier à la même époque, Netflix a publié fin avril une offre d'emploi remarquée par Torrentfreak, qui confirme que le service de VOD sur abonnement envisage très sérieusement de passer d'un mode de distribution très concentré à une technologie de distribution décentralisée en P2P, basée sur BitTorrent. Le groupe offre en effet un poste d'ingénieur senior à une personne qui aura notamment au minimum "une expérience des protocoles peer-to-peer tels que le protocole BitTorrent".

Une "grande expérience dans le développement de protocoles et logiciels peer-to-peer" et le fait d'avoir "contribué à un produit peer-to-peer open source majeur tel que WebTorrent" sont aussi des qualités recherchées pour le poste basé à Los Gatos, en Californie.

La référence à WebTorrent est intéressante, puisqu'il s'agit d'un client BitTorrent en JavaScript, qui fonctionne directement dans le navigateur web, et permet donc une utilisation transparente par l'utilisateur, sans avoir à installer de logiciel particulier. Il repose sur le protocole WebRTC pour l'échange de données entre navigateurs, et peut théoriquement fonctionner avec tous les navigateurs HTML5, quel que soit l'appareil utilisé (ordinateur, tablette, téléphone….). Toutes les vidéos reçues au format WebM ou MP4 sont lues dans la page web, grâce au tag <video>.

Il n'est cependant et bien évidemment pas question de faciliter le piratage, l'ingénieur devant avoir une expérience dans la sécurisation des flux avec TLS et IPSec :

Le fait de passer du streaming traditionnel à du streaming en P2P présenterait plusieurs avantages pour Netflix, et non des moindres. En premier lieu, une partie non négligeable de la bande passante nécessaire à l'obtention des vidéos ne passerait plus par les serveurs de Netflix, puisque ce sont directement les spectateurs qui s'enverraient les uns les autres les paquets de données nécessaires, lorsqu'ils en détiennent eux-mêmes une copie en cache.

Netflix réaliserait alors des économies substantielles en bande passante, ce qui n'est pas négligeable, mais il éviterait aussi et surtout de subir de plein fouet les goulots d'étranglement qui permettent aux FAI de faire du racket. Il ne sera plus possible pour les opérateurs de ralentir Netflix, que ce soit activement par une politique de bridage ciblé, ou indirectement en refusant d'augmenter la taille du lien de peering entre leurs abonnés et les serveurs de Netflix. Comme nous l'avions expliqué en regrettant la part prise par le streaming HTTP, l'utilisation du P2P est une garantie de la neutralité du net, alors que la centralisation des flux provoque des déséquilibres et des embouteillages qui permettent aux FAI d'exiger des paiements pour agrandir la voie ou ouvrir des routes supplémentaires. 

Ironiquement, Netflix se rapprocherait ainsi de son principal concurrent illicite, Popcorn Time, qui lui-même utilise BitTorrent pour distribuer les contenus sans avoir à payer le moindre euro de bande passante, ce qui lui permet d'être proposé gratuitement et sans aucune publicité.

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