Publié par Guillaume Champeau, le Vendredi 04 Juillet 2014

Droit à l'oubli : c'est déjà le bazar que Google espérait provoquer

La stratégie déployée par Google pour contrer le droit à l'oubli en le mettant en place avec zèle porte ses fruits, avec l'intervention de la Commission européenne et des médias.

Lorsque la Cour de justice de l'Union Européenne (CJUE) a ordonné à Google d'accorder un droit à l'oubli en censurant sur demande les résultats des recherches, nous avions mis l'accent dans notre analyse sur la responsabilité immense que la CJUE faisait reposer sur les épaules d'une entreprise privée. La cour suprême européenne a en effet prévenu Google qu'il fallait qu'il accorde le droit à l'oubli aux personnes qui le demandent pour ne pas violer leur droit à la vie privée, mais qu'il fallait aussi qu'il ne l'accorde pas systématiquement pour ne pas violer le droit à l'information et à la liberté d'expression.

"Les liens vers des pages web contenant ces informations doivent être supprimés de cette liste de résultats, à moins qu’il existe des raisons particulières, telles que le rôle joué par cette personne dans la vie publique, justifiant un intérêt prépondérant du public à avoir, dans le cadre d’une telle recherche, accès à ces informations", écrivait la CJUE dans sa décision du 13 mai 2014.

Google s'est ainsi vu confier la responsabilité d'être juge à la place du juge, confirmant une dérive inquiétante vers la privatisation de l'autorité judiciaire sur Internet.

La stratégie du pourrissement

Très vite, Google avait expliqué à Numerama qu'il voulait "prendre le temps d'analyser les implications de cet arrêt", qui a été accueilli très froidement. De fait, Google n'avait aucune raison de se précipiter pour mettre en place son formulaire de demande d'oubli, puisque la CJUE ne faisait que livrer son interprétation de la loi à la justice espagnole. Il ne s'agissait pas, stricto sensu, d'une condamnation de Google. La mise en place effective pouvait encore attendre de longs mois, voire davantage.

Mais alors que l'on s'attendait à ce qu'elle combatte la décision, la firme de Mountain View a clairement décidé de faire de l'excès de zèle pour démontrer sa dangerosité par l'absurde, en mettant en application le droit à l'oubli très vite, avec force communication.

Google a régulièrement informé la presse des étapes de mises en oeuvre du droit à l'oubli et du volume de demandes traitées, et a eu une manière très particulière d'informer (ou désinformer) le public. Ce sont déjà plus de 70 000 demandes qui ont été reçues.

Censurer les médias pour réveiller les consciences

Mais Google a aussi, volontairement ou non, censuré la presse elle-même, en dépit de ce qu'a demandé la CJUE. Un porte-parole de la Commission Européenne s'est ainsi senti obligé d'intervenir pour condamner la censure d'un article de la BBC commise au nom du droit à l'oubli.

Le média britannique avait publié en 2007 un article sur l'ancien PDG de la banque d'affaires Merrill Lynch, Stan O'Neal, au moment de son départ en plein scandale des subprimes. Or Google, feignant de ne pas savoir appliquer les critères de la CJUE sur "le rôle joué par la personne dans la vie publique", a prévenu la BBC qu'elle accorderait la censure de cet article dans ses résultats. Le moteur est finalement revenu sur sa décision, mais a marqué un point dans sa communication.

Alors que les médias comme les responsables politiques (souvenez-vous d'Arnaud Montebourg et Axelles Lemaire) n'avaient vu dans l'arrêt de la Cour de justice qu'un progrès pour la vie privée des internautes, Google démontre qu'il s'agit avant tout d'un recul pour l'état de droit et la vie démocratique. L'idée n'est pas de refuser le droit à l'oubli, mais de ne pas confier aux moteurs de recherche la responsabilité de l'accorder ou non.

Publié par Guillaume Champeau, le 4 Juillet 2014 à 16h25
 
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Commentaires à propos de «Droit à l'oubli : c'est déjà le bazar que Google espérait provoquer»
Inscrit le 13/08/2002
24367 messages publiés
Inscrit le 22/09/2005
2045 messages publiés
Bien joué de la part de Google.
Inscrit le 13/08/2010
7097 messages publiés
C'est le bordel attendu.
Ca ne choque toujours pas nos politiques de confier un rôle d'arbitre/juge à Gogole ou toute autre société privée dans ce domaine ?! ?? Une preuve de plus que non seulement ils ne comprennent rien à internet, mais plus fort, ils ne comprennent visiblement rien à rien.
L'attitude de Gogole est relativement étonnante de "sagesse" sur le coup.

On n'a toujours pas d'indications sur les demandes de retrait (particuliers, politiques, entreprises, états etc...) ?
Inscrit le 19/05/2011
1185 messages publiés
Tu sais ils confient bien la responsabilité de la régulation du Net à des enarques, alors hein....
Inscrit le 04/09/2002
2677 messages publiés
j'adore l'excès de zèle, c'est effectivement le moyen le plus simple et évident de démontrer des absurdités, et de ridiculiser avec force les gens qui prennent des décisions à la con.

et le top, c'est ensuite d'entendre ce qu'ils ont à dire. car il est notamment difficile pour un politicard ou un haut fonctionnaire de reconnaître son erreur...
Inscrit le 19/05/2011
1185 messages publiés
Et quoi ? où veux tu en venir ?
Inscrit le 13/08/2010
7097 messages publiés
Alors gaga, tu argumentes ou tu t'écrases ?
(private joke)
Inscrit le 02/04/2010
1029 messages publiés
Ce qui est triste, c'est que beaucoup ne comprennent pas (ou plutot refusent de comprendre) les choses quand on les explique. Seul la demonstration par l'exemple fonctionne, et pour un sujet comme celui-ci, l'exemple se doit d'etre radical.
Inscrit le 13/08/2010
7097 messages publiés
Tu es grossier ma poule.
Ta maman va te gronder, tu sais.
Inscrit le 16/10/2011
1435 messages publiés
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