François Hollande et Angela Merkel discuteront mercredi d'un projet de création d'un "Internet européen", qui passerait par une obligation de stocker et traiter les données personnelles sur le territoire européen plutôt qu'aux Etats-Unis.

Après avoir construit ensemble le succès d'Airbus, l'axe franco-allemand va-t-il donner naissance à un nouveau réseau internet continental ? La chancelière allemande Angela Merkel, qui doit venir s'entretenir mercredi matin avec le président François Hollande, viendra avec dans ses bagages une proposition de création d'un "Internet Européen", pour répondre à la main-mise des Etats-Unis sur l'Internet mondial.

Il s'agirait, pour la France et l'Allemagne, de mettre sur pieds un réseau de communications davantage centralisé, d'abord grâce à l'infrastructure à travers un réseau de communication qui n'aurait plus (ou beaucoup moins) de noeuds aux Etats-Unis, là où les grandes oreilles de la NSA opèrent le plus facilement. Mais il s'agirait moins d'une intervention technique que législative.

Merkel et Hollande veulent en effet durcir la régulation du cloud, pour obliger les prestataires à stocker et traiter les données localement, en Europe plutôt qu'aux Etats-Unis ou en Asie. C'est cette idée de régulation musclée qui a fait dire récemment que le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg souhaitait "rendre Google illégal". Sans doute Bercy ne faisait que préparer la rencontre, et étoffer ses propositions.

"Nous allons parler des fournisseurs européens qui fournissent de la sécurité pour nos citoyens, pour que personne n'ait à envoyer d'e-mails ou d'autres informations à travers l'Atlantique", a prévenu Angela Merkel lors d'un podcast hebdomadaire cité par la BBC. "A la place, on pourrait construire un réseau de communication à l'intérieur de l'Europe".

Favoriser "un Google européen"

L'idée ne fera que renforcer les craintes de Tim Berners-Lee d'une nationalisation d'internet, qui s'inscrit dans les pas de la décision prise par la présidente du Brésil de créer de nouvelles routes pour les données brésiliennes, qui ne passent plus par les Etats-Unis.

L'objectif est tout autant de mieux protéger les intérêts et la vie privée des entreprises et des citoyens européens, suite aux scandales sur la NSA révélés par Edward Snowden, que de créer une forme de protectionnisme favorable aux entreprises numériques européennes.

Déjà l'été dernier, Angela Merkel avait souhaité la création d'un Google européen, en oubliant au passage des initiatives déjà existantes (mais que tout le monde oublie) comme Quaero, qui a abouti au lancement d'Exalead.

L'initiative franco-allemande pourrait cependant ne pas être bien vue du côté de la Commission européenne. "Je ne veux pas d'une guerre froide numérique !", avait prévenu il y a un an sa vice-présidente Neelie Kroes. Alors qu'elle avait la possibilité de fragiliser Google avec sa procédure anti-trust, la Commission est parvenue à un accord grotesque qui risque de renforcer toujours davantage l'Américain. 

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