En Ukraine, des textos d'avertissement ont été reçus par des manifestants pro-européens pour les avertir qu'ils avaient été enregistrés comme fauteurs de troubles. Cette initiative pourrait venir du gouvernement ukrainien, qui a fait voter une nouvelle législation pour casser la protestation, mais les opérateurs nient avoir participé à cet envoi.

L'Ukraine s'enfonce dans la crise politique. Depuis le 21 novembre, le pays est secoué par d'importantes manifestations condamnant les orientations du président Viktor Ianoukovytch, qui a suspendu un accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne au profit d'un partenariat approfondi avec la Russie. Depuis, nombreuses sont les voix à réclamer son départ.

Bien décidé à ne pas céder, le gouvernement ukrainien est récemment passé à l'offensive sur le plan législatif. Publiées au Journal officiel ce mardi, de nouvelles lois permettent désormais de prononcer des peines d'emprisonnement de cinq ans maximum contre les protestataires les plus virulents. L'exécutif espère ainsi casser le mouvement pro-européen en s'en prenant aux manifestants les plus motivés.

Mais Kiev dispose d'autres atouts dans son jeu. Outre un arsenal législatif taillé sur mesure pour réprimer les manifestations et le déploiement en nombre de forces de l'ordre, la présidence ukrainienne peut également compter sur les nouvelles technologies. Selon le New York Times, des SMS d'avertissement ont été envoyés sur les mobiles se trouvant à proximité des évènements, grâce à la géolocalisation.

Selon le quotidien américain, le message envoyé aux usagers est le suivant : "cher abonné, vous êtes enregistré comment participant à un trouble massif". Il n'est pas clair si cet avertissement est prévu par la nouvelle législation votée par le parlement ukrainien ou s'il s'agit d'une initiative basée sur une interprétation extensive des nouvelles prérogatives désormais accordées par la loi.

Interrogés par le journal ukrainien Ukrainskaya Pravda, les trois principaux opérateurs de téléphonie mobile du pays (Kyivstar, MTS et Life) ont nié avoir fourni des données de géolocalisation au gouvernement ou envoyé des SMS d'avertissement aux manifestants. Pour Kyivstar, il est possible qu'il s'agisse d'un piratage d'une antenne-relais située à proximité.

La réception de ce texto de mise en garde n'a toutefois pas dissuadé les protestataires d'abandonner leurs barricades. Le New York Times a relevé qu'un nouvel affrontement a eu lieu entre les manifestants et la police anti-émeute, trois heures après l'arrivée des premiers messages. De là à dire que cette menace à peine voilée a galvanisé certains Ukrainiens, il n'y a qu'un pas…

L'usage combiné des smartphones et de la géolocalisation pour surveiller ou mettre en garde des manifestants n'est pas tout à fait nouveau. Cela s'est produit en Égypte au moment du printemps arabe. Dans un tout autre genre, cette piste a été suggérée pour compter les participants à un cortège, comme celui de La Manif' pour tous, afin d'éviter les écarts de calcul entre la police et les organisateurs.

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