Le décompte du nombre de participants à une manifestation donne toujours lieu à des estimations très différentes. Dans le cas de la manifestation contre le mariage homosexuel en France, le dernier cortège aurait réuni 300 000 personnes selon la police et 1,4 million de participants selon les organisateurs. Pour résoudre ce conflit, un député UMP propose de compter les mobiles.

C'est une question qui revient systématiquement après chaque manifestation : comment compter efficacement et avec exactitude le nombre de personnes ayant pris part au cortège ? En effet, le décompte n'est pas un acte anodin : c'est un exercice qui revêt bien souvent un caractère hautement politique. Dès lors, les organisateurs sont naturellement tentés de grossir le trait pour renforcer le trait de leur protestation.

La dernière manifestation organisée par le collectif "La Manif pour Tous" en est la preuve. Celle-ci s'est déroulée le 24 mars dernier et a révélé une très nette différence d'appréciation du nombre des manifestants. Selon la préfecture de police de Paris, ils étaient 300 000 à battre le pavé. Selon les organisateurs du cortège, plus de 1,4 million de personnes se sont rassemblées dans la capitale.

Le décalage entre l'estimation de la police et l'évaluation des organisateurs est gigantesque. Faut-il penser qu'une des deux méthodes de calcul ne fonctionne pas ? Ou qu'un des deux résultats est emprunt est empreint de mauvaise foi ? Pour le savoir, les journalistes du Monde ont confronté les affirmations des uns et des autres en faisant appel aux mathématiques, aux photographies aériennes et aux témoignages.

Ces différentes approches tendent à montrer que les affirmations des organisateurs de la "Manif pour Tous" sont fausses. Certes, il y a eu du monde dans la rue ce jour-là pour protester contre le projet de loi sur le mariage et l'adoption aux couples de même sexe. Mais pas 1,4 million. C'est plutôt plusieurs centaines de milliers, même si ce résultat est évidemment contesté par les principaux intéressés.

Dès lors, comment mettre fin à la traditionnelle opposition entre la police et les organisateurs et obtenir dans le même temps un décompte exact du nombre de manifestants dans un cortège ? Un député UMP,  Jean-Charles Taugourdeau, a avancé en début d'année une solution originale. Repérée par Alexandre Archambault sur Twitter, elle vise à faire appel aux opérateurs de téléphonie mobile.

Dans sa question écrite, il propose ni plus ni moins de compter le nombre de manifestants en comptant le nombre de téléphones mobiles dans la zone. "Sachant que le taux d'équipement des Français en téléphonie mobile dépasse désormais largement 100 % et que même la plupart des jeunes en sont aujourd'hui équipés, seuls les enfants en bas âge ne peuvent être décomptés par ce moyen", justifie l'élu.

Et les mobiles des personnes ne participant pas à la manifestation ?

À supposer que la réglementation autorise l'exploitation des fichiers de "logs" dans ce cadre, une telle approche ne risque-t-elle pas d'intégrer au résultat des mobiles qui n'ont rien à voir avec la manifestation ? En effet, quid des téléphones appartenant aux gendarmes mobiles ou aux CRS qui sont présents pour encadrer la manifestation ? Quid des terminaux des journalistes ou des badauds ?

Surtout, quid des mobiles situés dans les bâtiments avoisinants ? Ne risque-t-on pas d'intégrer les mobiles des salariés travaillant dans les rues avoisinantes et des habitants dont le quartier est traversé par la manifestation ? Le parlementaire a une parade : il suffit "de déduire, par rapport à un trafic normal sur la zone, combien d'abonnés en plus s'y trouvaient".

De cette manière, il est possible de soustraire au résultat final ceux vivant ou travaillant près du trajet du parcours, qui est renseigné par avance en préfecture. Et pour les autres cas comme les gendarmes, les CRS ou les journalistes. Ces derniers ne seront pas des milliers sur zones : leur nombre sera considéré comme négligeable ou inclus dans la marge d'erreur.

"Tout téléphone mobile en position allumée communique avec les stations de base situées à proximité, autrement appelées BTS. Ce sont les "antennes" visibles sur les toits, mais qui existent aussi sous forme de micro-antennes installées à quelques mètres de haut le long des immeubles dans les endroits très fréquentés", commente le député.

"Et ces antennes, même si le téléphone affiche, "réseau indisponible", voire "recherche" enregistrent le nombre d'utilisateurs qui lui sont connectés, ou essayent de le faire. […] Tous les téléphones, y compris ceux qui ne peuvent passer ni appels ni SMS, étant enregistrés par les fichiers de "logs" des BTS, les opérateurs mobiles sont en mesure de rendre publics le nombre d'abonnés s'étant connectés à leurs équipements".

Reste une interrogation : si cette solution peut contribuer à améliorer le décompte d'une manifestation passée, quid des futures ? Ne risque-t-on pas de voir des stratégies émerger si jamais cette méthode de calcul est retenue à l'avenir et généralisée ? On pourrait très bien imaginer des manifestants emprunter des mobiles de leurs proches afin de faire gonfler artificiellement le nombre de participants.

( photo : Manif pour tous – CC BY-SA Ericwaltr )

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