Quel est le comble d'une vidéo dénonçant les excès du droit d'auteur et le risque d'atteinte à la liberté d'expression, sinon d'être elle-même censurée pour violation de droits d'auteur ?

Jérémie Zimmermann, l'un des fondateurs de la Quadrature du Net, est "furieux" contre Google. Le porte-parole de l'association de défense des libertés sur Internet a eu la désagréable surprise, ironique, de découvrir mardi soir que sa vidéo Robocopyright ACTA qui dénonçait les excès des projets de mesures de lutte contre le piratage avait été censurée par YouTube… pour piratage. 

Dans le plus pur esprit de nombreux pastiches très populaires sur Internet, la vidéo publiée en 2010 doublait avec la voix d'un comédien près de 3 minutes d'une scène clé du film Robocop, sorti il y a plus d'un quart de siècle, en 1987. A la place du texte original du film de Paul Verhoeven, qui introduit dans cette scène un premier modèle désastreux de robot-policier incapable de proportionner ses actions répressives, la Quadrature du Net faisait prononcer à Dick Jones un discours de présentation de l'accord ACTA. La métaphore était parfaite. La caricature très réussie.

Mais "cette vidéo inclut du contenu de MGM, qui l'a bloquée pour des raisons de droits d'auteur", prévient désormais YouTube. Alors que la promotion du remake de Robocop commence, le studio MGM semble avoir décidé de faire disparaître les vidéos qui exploitent les scènes du film original. Y compris lorsqu'il s'agit, non pas de piratage, mais d'une simple parodie autorisée par la loi.

Sans doute MGM a-t-il mis à profit pour ce faire le robot-policier proposé par YouTube aux ayants droit, baptisé Content ID. L'outil détecte automatiquement les vidéos dans lesquelles apparaissent des contenus de ses partenaires, et leur propose de les bloquer sans attendre que l'internaute "censuré" ne présente une défense. Malgré les procédures mises en place par YouTube pour limiter les risques d'abus, ils restent légion, en particulier lorsqu'il s'agit de faire respecter non pas uniquement les droits d'auteur, mais aussi les droits du public à utiliser des oeuvres à des fins de parodie, de pastiche, ou de critique.

"C'est une censure privée intolérable", dénonce Jérémie Zimmermann. "La folie du droit d'auteur et la censure privatisée se tournent contre la société comme un cancer".

La vidéo peut toujours être vue sur le site de la Quadrature, mais aussi et toujours sur YouTube, où il semble que toutes les versions n'ont pas été censurées :

Ce n'est pas la première fois, loin s'en faut, que YouTube laisse ainsi des ayants droit censurer des vidéos critiquant l'excès de droits d'auteur, au nom de la protection de leurs droits. Aux Etats-Unis, le professeur Lawrence Lessig en a fait plusieurs fois l'expérience, et a même décidé récemment de contre-attaquer en justice contre la maison de disques du groupe français Phoenix.

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