Twitter a refusé de livrer à la police les identifiants d'un internaute qui avait pourtant annoncé son intention de perpétrer une tuerie dans un théâtre new-yorkais, pour imiter le massacre d'Aurora. Le réseau social s'est en tenu à une interprétation très stricte de ses règles de protection de la vie privée, en exigeant que la police fournisse d'abord un ordre signé par un juge.

Nul doute que la décision n'a pas été facile à prendre. Vendredi soir dernier, un internaute a publié sur Twitter des menaces très explicites de reproduire à New York le même type de massacre que celui perpétré par James Eagan Holmes à l'avant-première de Batman. "C'est pas une blague mecs. Je suis sérieux, des gens vont mourir comme à Aurora", avait-il tweeté. Mais Twitter n'a pas voulu livrer aux policiers les identifiants de l'internaute avant d'en recevoir l'ordre par un juge. Question de principe.

L'homme avait prévenu dans un autre message qu'il s'apprêtait à réaliser sa tuerie au Longacre Theatre, où se joue actuellement une pièce de théâtre interprétée par l'ancien boxeur Mike Tison, et mise en scène par Spike Lee. Selon le New York Post, la police de New York a immédiatement envoyé une "demande urgente" à Twitter pour obtenir les éléments d'identification du provocateur (adresse e-mail, adresse IP…), mais le réseau social a refusé de les divulguer sur simple demande.

"Bien que nous invoquions des procédures d'urgence de divulgation lorsqu'il apparaît qu'une menace est présente, précise et immédiate, ceci n'apparaît pas tomber dans ces paramètres stricts selon nos politiques", a répondu Twitter dans la nuit de vendredi à samedi.

Sur sa page d'information dédiée aux forces de police, Twitter explique que "les informations non publiques sur des utilisateurs de Twitter ne sont pas divulguées sauf lorsque requis légalement par une voie judiciaire appropriée telle qu'une assignation, une injonction judiciaire, ou toute autre procédure judiciaire valide". Il prévoit bien une exception pour les "requêtes urgentes", en précisant qu'elles sont examinées "au cas par cas".

"Si nous recevons des informations qui nous donnent une croyance de bonne foi qu'il y a une urgence qui concerne la mort ou des lésions corporelles graves d'une personne, nous pourrions fournir les informations nécessaires pour empêcher ce préjudice, si nous les avons".

Or visiblement, Twitter n'a pas jugé que la menace de réplique de la tuerie d'Aurora rentrait dans ce cadre (a-t-il estimé que les tueurs fous n'utilisent pas les réseaux sociaux ?). C'est osé, certainement choquant, mais la précision sur le lieu de la menace a permis à la police de New York de déployer des agents sur le théâtre, le temps d'obtenir l'ordre judiciaire voulu par Twitter. Ce qui fut fait mardi, trois jours après la première demande.

On ne sait pas si l'homme a depuis été arrêté, ce qui veut sans doute dire que non. Twitter ne possédant que l'adresse e-mail et l'adresse IP de l'internaute, il faudra en plus que les enquêteurs obtiennent des éléments supplémentaires de la part du fournisseur de l'adresse e-mail et du fournisseur d'accès à Internet. Ce qui peut prendre encore plusieurs jours d'enquête, surtout si le suspect n'utilise pas son propre accès pour tweeter.

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