Apple ou l'indécence fiscale saupoudrée d'actions caritatives

Guillaume Champeau - publié le Mardi 07 Février 2012 à 10h24 - posté dans Société 2.0

Ce n'est qu'une apparente générosité. Tim Cook, le PDG d'Apple, a choisi de communiquer sur les 100 millions de dollars de dons offerts par la firme à des oeuvres caritatives. Une aimable goutte d'eau qui a du mal à cacher l'océan de cash dont dispose Apple, et qui ne peut faire oublier les 64 milliards de dollars de liquidités que l'entreprise veut rappatrier aux Etats-Unis sans payer d'impôts, ou le moins possible.

Steve Jobs avait préféré rester discret sur ce sujet. Mais pour redorer le blason de la firme sur les questions sociétales, Tim Cook a livré des détails sur les fonds reversés aux oeuvres caritatives par Apple. 

Le PDG de la firme a ainsi annoncé avoir versé 50 millions de dollars à l'hôpital de Standford afin de permettre la construction d'un nouveau bâtiment et d'un hôpital pour enfants. 50 millions de dollars ont également été versés par Apple dans le cadre du Project Red luttant contre le sida (on notera que la somme n'a pas été donnée à la fondaton de Carla Bruni mais à la fondation créée par Bono, le chanteur du groupe U2). 

Ces informaitons ont été données aux employés du siège de Cupertino lors d'un rassemblement visant à les féliciter pour les excellents résultats que la firme a enregistré au dernier trimestre de 2011 : 16 milliards de bénéfice sur un seul quart de l'année.

Tim Cook veut faire des 100 millions de dollars de don (soit 0,6 % du bénéfice trimestriel) le symbole d'une image sociale à reconquérir, notamment depuis qu'il fut "outré" des conditions de travail des ouvriers qui assemblent l'iPad, racontées dans le New York Times

Ces 100 millions de dollars ne représentent qu'une infirme partie des 97,6 milliards de dollars dont dispose Apple en cash. Lesquels font eux-mêmes l'objet d'une grande polémique détaillée dans un excellent article du Figaro, à la fin du mois dernier. Le journal racontait qu'Apple, dont la trésorerie dépasse les propres réserves fédérales des Etats-Unis, voudrait rappatrier les 64 milliards de dollars dont elle dispose dans des comptes situés en dehors du pays. Mais elle ne le fait pas pour des raisons fiscales :

La société, véritable multinationale, est organisée en filiales, imbriquées les unes dans les autres à la manière de poupées russes. Grâce à ce système, Apple paie des impôts dans des pays dont les régimes fiscaux sont souvent plus favorables qu’aux États-Unis. Son taux d’imposition global est ainsi d’environ 25%, dix points de moins que le niveau de l’impôt sur les sociétés américain, reconnaît la société dans son rapport remis à la SEC, le gendarme boursier des États-Unis.

En contrepartie, Apple ne peut pas faire remonter librement les réserves de cash accumulées à l’étranger, là où il gagne le plus d’argent. Un retour de ce magot sur ses terres, versé par ses filiales au siège de Cupertino sous forme de dividendes, l’obligerait à s’acquitter d’impôts aux États-Unis. Une manœuvre extrêmement coûteuse. Selon les calculs de Bespoke Investment Group, Apple aurait à payer 22 milliards de dollars de taxes pour rapatrier l’ensemble de son cash, soit 5% de sa capitalisation boursière

Apple s’active donc discrètement pour faire changer la loi.

La firme de Cupertino est "la figure de proue d’un lobby de multinationales qui milite pour une nouvelle amnistie fiscale", qui lui permettrait de rappatrier sa fortune aux Etats-Unis en payant des taxes à un taux symbolique, très en deça du niveau réel qu'il devrait acquiter.

C'est d'une indécence incroyable, lorsque l'on connaît la crise budgétaire des Etats, qui exigerait au contraire d'augmenter les rentrées fiscales. La dette publique américaine a atteint un niveau record de 15 000 milliards de dollars, soit comme le rappellerait François Bayrou quinze mille fois mille millions de dollars. Les Etats-Unis ont besoin de tout, sauf d'une immunité fiscale. Tout comme l'Europe aurait besoin qu'Apple ne crée pas ses filiales uniquement au Luxembourg ou en Irlande, où l'imposition est la moins forte...

Apple est bien sûr loin d'être la seule multinationale à opérer cette indécente politique fiscale. Mais étant devenue la première capitalisation boursière, elle en devient aussi le porte-étendard. Les 100 millions de dollars de dons dont elle se vante sont le symbole du libéralisme le plus extrême, où les contribuables veulent décider eux-mêmes de l'attribution de leur contribution à la société (et si possible un petit montant), plutôt que de confier à l'Etat le soin d'arbitrer entre les différents postes de dépense publique.

A l'heure où l'on songe à poser un label "produit en France" pour les produits manufacturés dans l'hexagone,  peut-être faudrait-il aussi que les industriels soient contraints d'indiquer sur leurs prix la part du chiffre d'affaires qu'ils reversent à la puissance publique sous forme d'impôts directs ou indirects. Ce pourrait faciliter le choix entre deux produits, à prix identique, en faveur de celui qui participe le plus à la communauté.

Publié par Guillaume Champeau, le 7 Février 2012 à 10h24
 
 
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Commentaires à propos de «Apple ou l'indécence fiscale saupoudrée d'actions caritatives»
 

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Pétée de tunes, la pomme.
J'aimerai beaucoup croire au dernier paragraphe. Mais derrière toutes les bonnes intentions qu'il peut afficher, le français moyen n'en a rien a faire des entreprises françaises. Le français moyen déteste le patronat, tout en oubliant que c'est ce patronat qui leur permet de vivre...

Il y a deux problèmes. Le premier, c'est que le francais moyen en veut toujours plus, et comme ca fait des années qu'on le bassine avec "le rapport qualité/prix", qui est une expression moins grossière que "achetez de la merde, c'est pas cher", il préfère acheter de la merde made in taiwan / china.

Et qui peut l'en blamer ? Si on devait réellement payer le prix d'un ordinateur, d'une télé ou d'une voiture, y'en aurait nettement moins.


Le second problème, c'est que parfois y'a pas le choix, et la je parle pas d'achats de confort; quand tu as pas/peu d'argent, tu vas acheter de la bouffe de merde a lidl, et pas des steaks chez le boucher.
Croustibat : c'est pour ça que je dis que le choix se ferait entre deux produits "à prix identique".
croustibat, le 07/02/2012 - 10:37
J'aimerai beaucoup croire au dernier paragraphe. Mais derrière toutes les bonnes intentions qu'il peut afficher, le français moyen n'en a rien a faire des entreprises françaises. Le français moyen déteste le patronat, tout en oubliant que c'est ce patronat qui leur permet de vivre...
En général, ce qui fait vivre le français moyen, c'est son travail. Quant au patron, ce qui lui permet de vivre, c'est le travail du français moyen.
tu vas acheter de la bouffe de merde a lidl, et pas des steaks chez le boucher.
Croustibat devrait s'intéresser aux études qualitatives des produits de supermarché dans les magazines types 60 millions de consommateurs. Il y aurait de grosses surprise pour casser le mythe de la bouffe de merde dans les magasins low-cost. Et par expérience perso, je trouve bien plus souvent de la viande retravaillée sinon avariée dans les grands hypers plutôt que dans les Lidl où çà ne m'est pas encore arrivé.
fondaton
informaitons
Ca pique les yeux
Sinon : impôts d'Exxon Mobile en 2011 : 0$
Un des trucs qui me debecte le plus : se vanter de ce qu'on donne aux oeuvres et autres, et encore plus quand c'est aussi infime et que c'est pour justifier ce qu'on fait derriere.

Tu ne donnes pas pour t'acheter une image, donc tu ne t'en vantes pas.
La dette publique américaine a atteint un niveau record de 15 000 milliards de dollars, soit comme le rappellerait François Bayrou quinze mille fois mille millions de dollars.

Les sondages créditent Bayrou de 12%, soit comme il le rappelle, deux fois six foix un pourcent.

Est-ce qu'on aimerait bien Bayrou chez Numerama ?

Parce qu'arriver à le citer pour une simple multiplication, là c'est vraiment très très fort.

Les 100 millions de dollars de dons dont elle se vante sont le symbole du libéralisme le plus extrême, où les contribuables veulent décider eux-mêmes de l'attribution de leur contribution à la société (et si possible un petit montant), plutôt que de confier à l'Etat le soin d'arbitrer entre les différents postes de dépense publique.
C'est un peu manichéen comme approche. Il y a effectivement une part commune de l'impôt que doivent payer les citoyens pour que l'Etat puisse assurer la répartition en fonction des priorités.
Mais il n'est pas anormal non plus que le citoyen puisse décider directement par lui-même pour quelles actions il veut donner une partie de son impôt. Ce sont les dons aux associations d'intérêt public qui sont en grande partie défiscalisés que ce soit pour les particuliers ou pour les entreprises.
Et je trouve ça plutôt normal : que chacun puisse indiquer où va son argent. Cela fait partie de la démocratie directe.
Après, il s'agit de trouver un juste équilibre entre intérêt général et envies particulières.
Hey00, le 07/02/2012 - 11:07
Un des trucs qui me debecte le plus : se vanter de ce qu'on donne aux oeuvres et autres, et encore plus quand c'est aussi infime et que c'est pour justifier ce qu'on fait derriere.

Tu ne donnes pas pour t'acheter une image, donc tu ne t'en vantes pas.

Heureusement qu'il y a des gens qui se vantent de donner pour la lutte contre le sida, contre la faim en Afrique, pour reconstruire Haïti, ... Cela permet aux gens de prendre conscience qu'il y a des personnes et et des endroits dans le monde qui sont dans la merde.
Et franchement je m'en fous que ce soit pour de basses raisons fiscales : il vaut mieux 100 millions de dollars qui partent vers un hôpital et que l'entreprise s'en vante et fasse de la pub là-dessus plutôt que 500 millions en impôts que le gouvernement utilisera pour aller faire la guerre en Irak ou en Afghanistan.

Ces gens que cela débecte, en général, ce sont ceux qui n'en ont rien à foutre et qui donnent zéro. Cela les renvoie à leur mauvaise conscience.
boarf, 100 million sur 64 milliard, ça fait quand même 0,15%... Oh wait, non en fait c'est de la merde.
zig, le 07/02/2012 - 11:11
Est-ce qu'on aimerait bien Bayrou chez Numerama ? Parce qu'arriver à le citer pour une simple multiplication, là c'est vraiment très très fort.

Il se trouve que c'est lui qui fait systématiquement ce rappel mathématique salutaire. Ca serait Mélenchon, on citerait Mélenchon. C'est important, de rappeler cet ordre de grandeur.

Et je trouve ça plutôt normal : que chacun puisse indiquer où va son argent. Cela fait partie de la démocratie directe.
Après, il s'agit de trouver un juste équilibre entre intérêt général et envies particulières.

C'est ça, c'est une question d'équilibre. Et là, le rapport est largement déséquilibré.
croustibat, le 07/02/2012 - 10:37
J'aimerai beaucoup croire au dernier paragraphe. Mais derrière toutes les bonnes intentions qu'il peut afficher, le français moyen n'en a rien a faire des entreprises françaises. Le français moyen déteste le patronat, tout en oubliant que c'est ce patronat qui leur permet de vivre...
En général, ce qui fait vivre le français moyen, c'est son travail. Quant au patron, ce qui lui permet de vivre, c'est le travail du français moyen.
+1
les usa ont fait passer une loi qui permet d'assassiner ou d'emprisonner n'importe quel résident/citoyen américain, où qu'il se trouve dans le monde - sans procès et sans limite de durée ni avocat.

quand il s'agit d'éliminer de dangereux talibans/islamo/terroristes/pédophilesduweb/pirates, ils n'hésitent pas à l'utiliser.

pourquoi ne feraient ils pas la mm chose pour les patrons voyous ?

les usa ont inventés la dictature a deux vitesses !!

Il se trouve que c'est lui qui fait systématiquement ce rappel mathématique salutaire. Ca serait Mélenchon, on citerait Mélenchon. C'est important, de rappeler cet ordre de grandeur.
Euh... où ???
Tiens... Numerama roulerais t'il pour Bayrou ?

Du Bayrou par ci, du Bayrou par la...

Marrant quand même, les forums, à quelques exceptions notables, roulent plutôt facho, réactionnaires et démago, tandis que la rédaction roulerais pour l'homme qui ne dit ni oui, ni non bien au contraire....
croustibat, le 07/02/2012 - 10:37
J'aimerai beaucoup croire au dernier paragraphe. Mais derrière toutes les bonnes intentions qu'il peut afficher, le français moyen n'en a rien a faire des entreprises françaises. Le français moyen déteste le patronat, tout en oubliant que c'est ce patronat qui leur permet de vivre...

Il y a deux problèmes. Le premier, c'est que le francais moyen en veut toujours plus, et comme ca fait des années qu'on le bassine avec "le rapport qualité/prix", qui est une expression moins grossière que "achetez de la merde, c'est pas cher", il préfère acheter de la merde made in taiwan / china.

Et qui peut l'en blamer ? Si on devait réellement payer le prix d'un ordinateur, d'une télé ou d'une voiture, y'en aurait nettement moins.


Le second problème, c'est que parfois y'a pas le choix, et la je parle pas d'achats de confort; quand tu as pas/peu d'argent, tu vas acheter de la bouffe de merde a lidl, et pas des steaks chez le boucher.

De toutes les façons... Y a t'il encore des entreprises franchouillardes de construction de quoi que ce soit ?

C'est bien gentillet de dire "acheter franchouille nom de d'la !"

Mais s'il n'y a plus de production local... Tu fais comment ?

Le reste n'est que posture électoraliste.
L'hypocrite M. Champeau qui joue l'indigné découvrant le capitalisme et ses usages libertariens sur lesquelles lui-même prospère et dont il fait régulièrement la promotion des aspirations aux dérégulations sauvages est à la fois comique, ridicule et pitoyable.
Les mélanchonistes disent que Guillaume roule pour le FN et zig et puce dit qu'il roule pour Bayrou...
Chacun voit ce qu'il veux voir visiblement :|
Des Mélanchonistes ?
Il y en auraient donc bien finalement ??!

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