La fermeture de MegaUpload et de MegaVideo a eu pour effet d'augmenter sensiblement le nombre d'utilisations des réseaux Peer-to-Peer, en particulier sur BitTorrent. La tendance se confirme également en France, malgré la présence de l'Hadopi en gendarme des réseaux P2P.

Les internautes qui avaient pris pour habitude de télécharger des films sur MegaUpload ou de regarder des séries TV en streaming sur MegaVideo vont-ils tous se jeter sur l’offre légale pour assouvir leur soif de contenus ? Si c’est le rêve des ayants droit, rien aujourd’hui ne permet de constater le moindre effet positif de la fermeture de MegaUpload sur la rémunération des ayants droit. C’est trop tôt. En revanche, on constate déjà un effet au moins temporaire sur la fréquentation des réseaux P2P, qui augmente.

Le constructeur de routeurs Ipoque, qui analyse la nature des paquets transmis sur Internet, publie un observatoire de l’usage de la bande passante à travers le monde, qui montre une explosion du trafic P2P en Europe dès le jour de la fermeture de MegaUpload, le 19 janvier dernier :

Dans le détail, on remarque que c’est surtout BitTorrent qui a bénéficié d’un intérêt renouvelé après la fermeture du site, qui hébergeait de nombreux contenus proposés par les sites de liens illégaux. Le protocole eDonkey utilisé par eMule en a aussi profité, mais dans une moindre mesure :

Les partages de fichiers sur eMule, qui étaient devenu presque totalement noyés sous les téléchargements par BitTorrent, sont brutalement réapparus le 19 janvier (le logiciel Pando, qui apparaît sur ce graphique avant la fermeture de MegaUpload, est principalement destiné aux échanges de fichiers entre amis, et peut difficilement se classer dans la même catégorie) :

Le site Peerates.net, qui publie des statistiques détaillées sur l’usage des serveurs eMule, note aussi une progression sur le mois de janvier, mais elle apparaît beaucoup moins nettement. Le nombre de recherches effectuées sur le protocole eDonkey depuis le début de l’année en France serait ainsi passé de 110 000 au début du mois à 200 000 aujourd’hui. Mais on ne distingue pas un véritable effet MegaUpload :

« Globalement, on ne voit pas une tendance à l’augmentation très nette. Mais lorsque l’on observe les données par pays, on constate que pour la plupart des pays européens le nombre d’utilisateurs augmente régulièrement depuis le 1er janvier, avec une petite accélération sur les derniers jours qui pourrait effectivement être liée à la disparition des liens MegaUpload et consorts. Mais il faut voir sur une durée plus longue pour s’assurer de la tendance« , nous confirme Superadmin, l’administrateurs de Peerates.net.

Le calcul des chiffres sur eMule est aussi rendu plus compliqué par le fait que désormais, une grande majorité d’utilisateurs (plus de 75 % selon les estimations) utilisent principalement le réseau décentralisé Kad implémenté dans eMule, et non plus le réseau eDonkey originel qui repose sur les serveurs observés par Peerates.net. « Concernant uniquement les requêtes entendues par les serveurs eDonkey de Peerates.net, et donc pas l’ensemble des serveurs eDonkey ni le réseau Kad, depuis la fermeture de MegaUpload on est passé d’une moyenne assez stable d’environ 20 000 IP françaises différentes chaque jour à plus de 30 000« .

La tendance serait bien là égamement en France, et ce malgré l’Hadopi qui envoie ses avertissements exclusivement sur la base d’adresses IP collectées sur les réseaux Peer-to-Peer. La Haute Autorité est censée agir en France comme une digue qui empêchera le reflux des internautes vers les bonnes vieilles méthodes de téléchargement et de partage des contenus. Ce qui – au passage – accroit les tensions autour des promesses d’abrogation de l’Hadopi par François Hollande.

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