Le quotidien économique américain annonce qu'il va désormais développer une seule application mobile, en HTML5, qui pourra être utilisée sur tous les appareils quelle que soit leur marque. Le Financial Times souhaite ainsi se rendre indépendant d'Apple et de son App Store, tout en restant lisible sur l'iPad grâce au navigateur Safari.

Ca n’est peut-être que le premier d’une longue série à venir. Le Financial Times a annoncé le lancement d’une application mobile entièrement réalisée en HTML5, ce qui est une première s’agissant d’un journal de cette stature. L’agence Reuters, qui rapporte l’information, explique que trois éléments ont principalement guidé le choix du quotidien américain, qui souhaite désormais encourager ses abonnés à utiliser cette version plutôt que l’application propriétaire distribuée sur les App Store, Android Market et consorts.

Tout d’abord, le Financial Times aurait fini par réaliser que développer une application spécifique pour chaque OS mobile allait être un grand gaspillage de temps et donc d’argent. Avec l’iOS d’Apple, l’Android de Google, le Windows Mobile de Microsoft, ou encore le Blackberry OS, c’est à chaque fois une nouvelle version qu’il faut coder spécifiquement, avec un langage et un framework différent. Or avec le HTML5, universellement reconnu par les navigateurs de dernière génération, c’est au pire quelques ajustements qu’il faut faire pour s’adapter aux différents mobiles.

Par ailleurs, la décision d’Apple d’imposer une commission de 30 % sur les ventes et les abonnements aux journaux disponibles sur l’App Store a profondément heurté l’industrie de la presse. Nous avions décrit la manière avec laquelle Steve Jobs a d’abord séduit les journaux avec son iPad, avant de refermer sur eux le piège qu’il leur avait tendu. Apple oblige les éditeurs à proposer leur meilleur prix sur l’App Store, et à ne pas utiliser leur application pour faire la promotion d’abonnements hors-iTunes. Le Financial Times tente aujourd’hui de se sortir des griffes de la firme de Cupertino avant qu’il ne soit trop tard.

Enfin, en utilisant l’App Store et les comptes iTunes des utilisateurs pour gérer les abonnements, comme l’exige Apple, les journaux perdent la main sur leur fichier d’abonné. Et donc sur leur relation clients, qui est un axe stratégique essentiel de la presse depuis des décennies. Or « travailler à travers le navigateur signifie que nous pouvons entretenir une relation directe avec le client« , explique Rob Grimshaw, le directeur du FT. Non seulement le journal gardera 100 % du prix des abonnements, mais en plus il connaîtra les noms et adresses e-mail de ses clients pour les relancer ou leur proposer d’autres produits.

Numerama a prévenu depuis longtemps du risque pris par les journaux qui recourent aveuglément à l’App Store plutôt qu’au HTML5 qui leur permet de garder totalement la main sur l’édition. Un risque pris aussi pour leur liberté éditoriale, comme l’avait montré l’affaire du magazine Esquire. « Mediapart, comme Arrêt Sur Images, ont démontré que même pour la presse payante les bons vieux sites Internet en HTML rendaient largement dispensable la création de plateformes techniques ad hoc, coûteuses, qui exigent le paiement d’intermédiaires inutiles. Faute de Flash, les magazines qui apprécient les mises en page sophistiquées, les vidéos et les photos trouveront leur salut dans le HTML5, lisible y compris sur l’iPad« , avions-nous écrit l’an dernier.

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