Le magnat de la presse américain Rupert Murdoch devrait lancer avec Apple un journal exclusivement conçu pour l'écran tactile de l'iPad. Un choix industriel qui met en péril la liberté éditoriale de ses journalistes.

Si l’on en croit les rumeurs avancées par le Guardian, le patron du groupe News Corp Rupert Murdoch devrait annoncer début décembre le lancement d’un premier quotidien exclusivement conçu pour l’iPad, baptisé « The Daily ». Outre son interface adaptée aux appareils mobiles, le journal aurait la particularité d’être vendu par abonnement à un prix relativement bas, de 0,99 dollars par semaine. A titre de comparaison, le Wall Street Journal (autre titre du groupe News Corp) se vend 1,99 dollars par semaine.

Mais contrairement à ce que pensent trop de patrons de presse angoissés, aujourd’hui aveuglés par les charmes d’Apple, se réfugier dans les bras de la firme de Cupertino est peut-être le pire calcul à faire, au moins pour la liberté de leurs rédactions. Rendre son journal dépendant d’une plateforme (iOS) qui est elle-même dépendante d’un guichet unique d’approvisionnement (l’App Store), c’est se rendre pieds et poings liés aux règles qu’elles fixent en matière de contenu.

Or Apple fait régulièrement démonstration du peu de cas qu’il réserve à la liberté d’expression, notamment lorsqu’il a menacé de supprimer l’application d’un journal pour une publicité TV peu appréciée, lorsqu’il a censuré un dessinateur de presse ensuite récompensé du prix Pulitzer, ou lorsqu’il refuse de mettre en ligne des magazines dont les pages intérieures dévoilent des femmes un peu trop dénudées.

Les journalistes du Daily seront-ils libres de publier des articles sur les suicides des employés des usines de Foxconn, un sous-traitant d’Apple ? Seront-ils libres de relayer les critiques émises par Greenpeace à l’encontre des produits de la firme de Cupertino ? Pourront-ils mettre en avant les produits de constructeurs concurrents  ? Pourront-ils plus largement évoquer avec un esprit critique la question du surendettement des ménages et du consumérisme, alors qu’ils font vivre Apple ? Pourront-ils évoquer les rumeurs ou les faits susceptibles d’influer négativement sur le cours en bourse de la firme ?

Toutes ces questions de liberté éditoriale se posent déjà à l’égard de journaux ou de chaînes de télévision économiquement dépendants de groupes industriels ou d’aides financières de l’Etat. Mais elles prennent une ampleur nouvelle lorsqu’à la dépendance économique s’ajoute la dépendance technologique à un seul industriel.

C’est aussi une question que devraient se poser les lecteurs au moment de choisir les journaux auxquels ils s’abonnent.

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