Dans un éditorial interne, le directeur général d'Orange a invité son groupe à embrasser le principe de l'Internet civilisé. C'est manifestement la première fois qu'un opérateur télécom évoque de cette façon cette expression, jusqu'à présent utilisée essentiellement par la majorité présidentielle.

Le principe d’un Internet civilisé continue de faire parler de lui. Après avoir conquis de nombreux politiques, dont l’inénarrable députée UMP Muriel Marland-Militello, le concept semble gagner les opérateurs télécoms. Le directeur général d’Orange s’est ainsi fendu d’un éditorial interne, repéré par PC Inpact, dans lequel il appelle son groupe à bâtir un Internet civilisé.

Et le directeur s’interroge. « Quelle gestion des ressources (environ 5 % des fournisseurs utilisent 60 % des tuyaux) ? Quel modèle économique (modèle payant, gratuit ou financé par la publicité, qualité de service différenciée) ? Quel contrôle (contrôle d’État vs libertés individuelles, droit à l’oubli, gestion des rumeurs) ? Quelle place pour la vieille Europe, au-delà d’un territoire de consommateurs riches et de plus en plus âgés ?« .

À ces questions, Stéphane Richard estime que trois valeurs fondamentales doivent prédominer : ouverture, interopérabilité et sécurité. « Il nous incombe de construire la société numérique sur laquelle nos entreprises, nos clients, nos enfants vont durablement vivre dans les décennies à venir. Nous devons construire un monde numérique durable, fiable et équitable et non un monde où quelques habiles individus s’approprient la Place du Village« .

« Construire un Internet civilisé demande volonté et code de conduite » affirme Stéphane Richard, qui rappelle qu’une « part très importante de la vie » des internautes se retrouve désormais sur Internet, notamment sur les réseaux sociaux, mais également dans les boîtes mail et les sites personnels.

C’est sans doute la première fois qu’un opérateur de télécommunications français parle aussi ouvertement de l’Internet civilisé. Jusqu’à présent, l’expression avait surtout été employée par le président de la République et la majorité présidentielle, orientant ainsi sa politique dans le domaine du numérique. On se souvient ainsi de la longue tirade de Frédéric Lefebvre à l’Assemblée nationale en 2008 :

« L’absence de régulation du net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ?« .

Orange n’est cependant pas la seule société à se montrer sensible à l’Internet civilisé. Lors de la remise de sa légion d’honneur en début d’année, le directeur de Microsoft avait salué l’inscription de l’Internet civilisé à l’agenda du G8. Ravi, Nicolas Sarkozy avait alors déclaré être admiratif envers cette société « qui comprend les valeurs humanistes de la France et de l’Europe« .

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