LOPPSI : le Sénat confirme un filtrage du net sans contrôle du juge

Guillaume Champeau - publié le Mercredi 19 Janvier 2011 à 08h10 - posté dans Société 2.0

Dans la dernière ligne droite, lors de leur seconde lecture du texte, les sénateurs ont adopté l'article 4 du projet de loi Loppsi qui impose un blocage des sites dont la liste sera établie sans contrôle judiciaire par l'autorité administrative.

Les sénateurs ont adopté mardi soir l'article 4 du projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi), identique à celui qu'avaient voté les députés en seconde lecture. Il crée à l'égard des fournisseurs d'accès à Internet une obligation de blocage des sites dont la liste sera dressée secrètement et sans contrôle par l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC).

Le dispositif adopté prévoit en effet que "lorsque les nécessités de la lutte contre la diffusion des images ou des représentations de mineurs relevant de l'article 227-23 du code pénal le justifient, l'autorité administrative notifie aux personnes mentionnées au 1 du présent I les adresses électroniques des services de communication au public en ligne contrevenant aux dispositions de cet article, auxquelles ces personnes doivent empêcher l'accès sans délai". 

Il n'est pas prévu une obligation de moyens à l'égard des opérateurs, mais bien une obligation de résultat. Ils "doivent empêcher l'accès sans délai" aux sites listés, quels que soient les moyens employés. L'article 4 précise qu'un "décret fixe les modalités d'application de l'alinéa précédent", mais il est peu probable qu'il détermine les moyens techniques à mettre en oeuvre. Le décret devra fixer notamment les modalités "selon lesquelles sont compensés, s'il y a lieu, les surcoûts résultant des obligations mises à la charge des opérateurs". Un coût que les opérateurs avaient estimé jusqu'à 140 millions d'euros, dans le cas où le filtrage par inspection profonde des packets (DPI) serait nécessaire.

Après un an de navette parlementaire et de modifications, le filtrage prévu avec la loi Loppsi revient donc à son point de départ :

  • En 2008, le texte qu'avait présenté l'ancienne ministre de l'intérieur Michèle Alliot-Marie prévoyait une obligation de blocage des sites sans contrôle judiciaire, "compte tenu de l’intérêt général attaché à la lutte contre la diffusion de contenus (pédopornographiques)" ;
  • En première lecture à l'Assemblée Nationale, en février 2010, les députés avaient fortement encadré le dispositif, en exigeant un accord préalable de l'autorité judiciaire avant tout blocage ;
  • En septembre 2010, lors de sa première lecture du texte, le Sénat avait balayé les précautions prises par les députés, en expulsant le juge de la procédure. Les sénateurs décidaient alors que le juge ne serait consulté qu'à la demande de l'administration, dans le cas où elle aurait elle-même un doute sur le caractère pédopornographique "manifeste" ou non du contenu à bloquer ;
  • En décembre 2010, le juge est totalement expulsé par les députés lors de la deuxième lecture du texte à l'Assemblée Nationale Il ne peut plus intervenir qu'en cas de contestation d'une demande de blocage par un FAI, ou en cas de recours a posteriori par un site bloqué.
  • En janvier 2011, le Sénat confirme cette exclusion du juge, et décide que des sites pourront être bloqués sur la seule demande de l'administration française. Comme l'avait prévu le texte initial.

En ne prévoyant pas d'encadrement judiciaire, le gouvernement fait risquer au projet de loi Loppsi la censure du Conseil constitutionnel, voire une sanction de la Commission Européenne. Dans sa décision du 10 juin 2009 à l'encontre de la loi Hadopi 1, le Conseil avait émis une réserve  à la légalité constitutionnelle du filtrage : que la "juridiction saisie" ne prononce "que les mesures strictement nécessaires à la préservation des droits en cause". Par ailleurs la Commission européenne a encore rappelé récemment que "les mesures de nature à restreindre (la liberté de communication)" doivent obligatoirement "être soumis à des garanties procédurales appropriées en conformité avec la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et avec les principes généraux du droit communautaire, y compris la protection judiciaire effective et le droit à un procès équitable".

S'il réussit malgré tout à faire valider son texte par les sages, le gouvernement aura ouvert une brèche qu'il envisage déjà d'exploiter pour étendre le filtrage à d'autres domaines, moins fédérateurs que la lutte contre la pédopornographie. C'est d'ailleurs entre autres parce qu'elles se savent instrumentalisées à des fins de censure, que des associations contre la pédocriminalité se sont opposées au projet de loi Loppsi.

Mais le pire est peut-être dans ce qui n'est jamais avoué, ou même débattu : le filtrage de la pédopornographie risque d'augmenter la pédocriminalité.

Publié par Guillaume Champeau, le 19 Janvier 2011 à 08h10
 
 
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Commentaires à propos de «LOPPSI : le Sénat confirme un filtrage du net sans contrôle du juge»
 

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et encore une fois le senat piétine du pied les liberté
on a critiqué la tunisie mais la france rejoint la tunisie à grand pas pour la suppression des libertés.
et comme l'ump via sarko-nabot a tres peur d internet donc on crée des lois absurde pour bloquer controler tout ça
et ces gens se disent démocratique ? mon oeil !!!
In memory of Ben Ali :p

/Cali
c'est le début de la fin...
Une bonne nouvelle dès le matin, sa fait du bien :)
Je suis heureux de voir que notre gouvernement force ses citoyens à augmenter leur compréhension d'Internet et des nouvelles technologies. Marre que de ces k3v1n qui saccagent le web ; à cause d'eux on a plein de pub Flash pour des chiens qui "nettoient l'écran de ton portable".

Assistons sereinement à l'émergence de réseaux sous le réseau, admirons cette magnifique enfilade que les salauds de Sarkozyste vont se prendre jusqu'à la garde par les vrais Internautes.
Vivement que le Conseil Constitutionnel fasse son boulot. Comme ces ânes n'ont toujours pas compris depuis Hadopi et la loi sur les jeux en ligne, qu'il faut passer par un juge pour imposer quoi que ce soit qui limite la liberté d'expression. Car au-delà des sites pédo-pornographiques qu'il faut vraiment chercher pour tomber dessus, c'est un filtrage généralisé déguisé qui se profile à l'horizon.

J'espère que la saisine se fera rapidement.

Si une telle saisine n'est pas faite au mépris total de la Constitution et de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, nul doute que la "révolution jasmin" pourrait faire des émules dans d'autres pays que la Tunisie. Après tout, n'avons nous pas, nous aussi, un dictateur tyrannique et stupide (puisque confondant l'Allemagne et l'Alsace !!) à chasser du pouvoir en ce moment ?
tachikkoma, le 19/01/2011 - 08:19
et ces gens se disent démocratique ? mon oeil !!!
Si je ne m'abuse, depuis la campagne des présidentielles 2007, nos politiciens (de droite à gauche) n'ont dans la bouche que les mots "valeurs républicaines". Le mot "démocratie" a apparemment été banni depuis. Enfin, je ne l'ai pas entendu souvent.
Politiques et pédophiles,même combat !
RealTMX, le 19/01/2011 - 09:00
Si une telle saisine n'est pas faite au mépris total de la Constitution et de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, nul doute que la "révolution jasmin" pourrait faire des émules dans d'autres pays que la Tunisie. Après tout, n'avons nous pas, nous aussi, un dictateur tyrannique et stupide (puisque confondant l'Allemagne et l'Alsace !!) à chasser du pouvoir en ce moment ?
Oui, mais non parce que tu vois la loppsi, c'est bien.
Le fourre-tout juridico-administratif qu'est la loppsi étant rempli de controverses sujettes à débat, le gouvernement lance durant son vote une couverture médiatique (radio/télé/journaux) afin d'annoncer aux français que cette loi est pour leur propre bien (sans préciser qu'on va leur enlever un peu de leur liberté).
Ce n'est pas des législateurs élue que j'observe à l'assemblée, mais des poissons rouges dans leurs bocal...

Bref... Le conseil constitutionnel et/ou le tribunal Européen remettra les pendules de l'état français à l'heure, laissons les patauger dans leurs ignorances, pendant ce temps-là, ils ont l'impressions d'avoir fait leur travail en bombant le torse fier comme des coqs.
J'espère que quand les FAI vont recevoir la liste des premiers sites à bloquer que par exemple FREE se décide à publier la liste, du moins publier la liste des sites bloqués qui n'ont rien à voire avec la pédopornographie (la majorité des sites bloqué car nous ici sur Numérama savons que ces site sur le web n'existent pas) afin de montrer le totalitarisme de l'état Français.
Combien vous allez parier qu'il y aura énormément de site Japonais bloqués ? Car les censeurs vont tomber sur des mangas de petites écolière et en les bloquants ils vont automatiquement bloquer plein d'autres trucs.
Wikipedia risque lui aussi le blocage à cause de la pochette de l'album de Scorpions Virgin Killer.
http://en.wikipedia....i/Virgin_Killer
Pochette qui au passage est trouvable en France à La Fnac.
Et finalement vous aller voire que comme par hasard des sites de e-commerce étranger, des sites de contestation politique, des blog anti-sarkozy et plein d'autres trucs serons bloqués.
tachikkoma, le 19/01/2011 - 08:19
et ces gens se disent démocratique ? mon oeil !!!
Bon, et une fois qu'on a fait ces constats niveau café du commerce, on dit quoi, on fait quoi ?
Le jour où un FAI aura un doute sur ce qu'il doit filtrer, c'est clair que ça va fuiter. Peut-être même que l'employé d'un FAI passera par un site genre WikiLeaks pour dévoiler ce que le gouvernement français veut censurer.

Et ce sont surtout les internautes qui vont tirer la sonnette d'alarme: lorsqu'un site sera surbloqué ou censuré injustement, ils vont se poser des questions sur les forums et tester l'accès via des proxies, des VPN, et des DNS variés. On verra très vite les magouilles du ministère de la censure et la complicité des FAI.
Le pire dans tout ça c'est de se dire que Sarkozy sera membre à vie du Conseil constitutionnel à la fin de son mandat présidentiel...
UMP partout
Démocratie nulle part
"pédocriminalité" ??? Ce sont les crimes commis par les enfants ?
Le nouveau jeu sera de contourner les filtrages ^^
fred, le 19/01/2011 - 10:04
"pédocriminalité" ??? Ce sont les crimes commis par les enfants ?

Si on considère que la majorité du contenu pédopornographique est aujourd'hui créé par les enfants eux-même, ça peut se défendre...
MdMax, le 19/01/2011 - 09:33
Le jour où un FAI aura un doute sur ce qu'il doit filtrer, c'est clair que ça va fuiter.

Pourquoi que j'ai l'impression qu'on ne pourra pas compter sur Bouygues ou Orange ? :D

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