Le gouvernement chinois a investi des milliards de dollars dans le développement de voitures électriques. Mais son investissement a facilité la création d'une véritable bulle prête à exploser. En créant une licence contraignante, la Chine veut améliorer son marché et chasser les startup fantômes.

Lorsque le gouvernement chinois décidait d’investir des milliards de dollars dans l’industrie automobile pour préparer l’arrivée des voitures électriques, les autorités lançaient, sans en prendre la mesure, une véritable ruée vers l’or pour une multitudes de startups plus ou moins fantômes.

Maintenant que les premiers échecs de cette politique se font ressentir, la Chine tente de réguler durement ce nouveau secteur. Le plus grand marché automobile du monde impose ainsi des licences aux constructeurs pour tenter de limiter l’éparpillement des investissements dans ce qui ressemble à une bulle financière.

De la réglementation pour percer la bulle

Mais malgré la mise en place d’une licence difficile à obtenir par les autorités, le marché semble continuer d’ignorer les nouvelles régulations, et de nombreuses startups ne souhaitent pas passer le test de la nouvelle licence. Les analystes préviennent déjà que ces entreprises souvent encore inconnues ne sortiront de terre aucune voiture électrique malgré les investissements reçus.

Car en dehors des industriels de l’automobile déjà installés, de nombreuses entreprises venant de la tech ont investi le secteur de la voiture électrique. Ainsi des startups comme LeEco, Future Mobility ou encore WM Motors ont reçu des centaines de millions de dollars pour partir à la conquête de la voiture électrique. Alors que l’objectif de vendre 5 millions de voitures électriques en 2020 est encore loin.

LeEco compte sur Aston Martin
LeEco compte sur Aston Martin

Pour réguler ce marché éparpillé et chaotique, les autorités ont développé ces derniers mois une difficile et coûteuse licence qui sera pour un constructeur la seule façon d’être en mesure de commercialiser légalement ses voitures électriques en Chine. Cette licence demande en effet aux sociétés de détenir des droits de propriété intellectuelle, d’investir dans la R&D, d’avoir des plans de commercialisation et de services après-vente et enfin, de produire au moins 15 voitures. Ce qui peut sembler un minimum est loin d’être acquis pour de nombreuses startups fantômes qui occupent le terrain sans pour autant être en mesure de commercialiser un jour une voiture.

En plus d’une licence, le gouvernement chinois a introduit des tests de sécurité, notamment concernant les batteries, qui disqualifient également de nombreuses firmes. Depuis l’arrivée de ces nouvelles réglementations, seules quelques entreprises déjà bien installées sur le secteur automobile ont pu obtenir la fameuse licence. Le gouvernement explique que seul un quart des demandeurs ont pu recevoir l’approbation des autorités, parmi eux des noms reconnus comme BAIC Motor ou Chery qui produisent déjà des voitures thermiques.

baic-motor

Les startups fantômes de la tech

Mais du côté des entreprises venues de la tech, la nouvelle réglementation freine les ardeurs passées. Ainsi des startups financées par les géants Foxconn ou Tencent tentent de justifier leur absence de licences en expliquant qu’elles ne souhaitent pas passer par la case de l’industrialisation.

Par exemple chez NextEV, Jack Cheng à la tête de la manufacturation explique à Reuters : « Nous ne souhaitons pas dépenser trop d’argent sur l’industrialisation honnêtement et les règles gouvernementales peuvent encore changer.  » NextEV défend son modèle en ajoutant que sa première voiture sortira des usines de JAC, un constructeur automobile avec qui l’entreprise est désormais partenaire. La question des licences se posera alors, si cela arrive un jour.

Concept car de LeEco
Concept car de LeEco

Chez Kaiyun Motors, le CEO Wang Chao, imagine qu’il achètera un constructeur de voiture thermique en difficulté afin d’avoir une usine et une licence pour quelques millions de dollars. En attendant, rien ne sortira des usines que la startup n’a même pas.

Yale Zhang, analyste chez Automotive Forsight considère qu’aujourd’hui, une licence coûterait a minima 438 millions de dollars en investissement pour remplir les exigences du gouvernement. Mais la plupart des startups n’investiront pas pour la licence et préféreront développer des technologies qu’elles pourront ensuite ajouter à leur bilan pour se vendre à de plus gros acteurs.

La plupart des entreprises sortiront un modèle, peut-être même aucun et disparaîtront

En tout cas, les autorités chinoises auront mis fin à un boom qui semblait ne mener qu’à peu de productions de qualité pour beaucoup d’acteurs faibles. Wang Chao de Kaiyun Motors explique à Reuters : « C’est un âge d’or. Dans deux ou trois ans, vous ne pourrez plus commencer une nouvelle entreprise dans le secteur. Il y a plus de 20 entreprises sur la voiture électrique. La plupart sortiront un modèle, peut-être même aucun et disparaîtront.  » Pour Bloomberg, 95 % des entreprises seront disqualifiées par le marché et les réglementations. L’atterrissage de la bulle en sera que plus difficile…

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