Verizon a fait savoir publiquement qu'il renoncerait à acheter Yahoo si l'entreprise ne prenait pas en compte son déficit d'image lié au piratage de 500 millions de comptes, pour revoir sensiblement à la baisse le prix convenu.

Jusque là ce n’étaient que des rumeurs sorties par un tabloïd américain. Il y a une semaine, le New York Post affirmait que Verizon voulait désormais payer Yahoo un milliard de dollars de moins que la valeur initialement convenue en juillet (ce qui faisait 20 % de moins), en raison des deux affaires qui ont secoué tour à tour le géant du Web : son piratage de 500 millions d’identifiants dévoilés fin septembre, et sa participation à l’espionnage d’utilisateurs pour le compte du FBI.

Mais désormais, la menace est mise au grand jour. Elle devient une mise en demeure publique. «  Je pense que nous avons une base raisonnable pour croire maintenant que l’impact [de ces révélations] est substantiel et nous attendons de Yahoo qu’il nous démontre l’impact complet. S’ils estiment qu’il n’y en a pas, il faudra alors qu’ils nous le démontrent », a ainsi déclaré le directeur juridique de Verizon, Craig Silliman (bien sûr, aucun rapport avec le fait que Yahoo met des bâtons dans les roues de ceux qui veulent abandonner Yahoo Mail…).

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Le bras de fer semble donc se tendre considérablement avec Yahoo, qui estime pour sa part que les failles de sécurité et son comportement léger pour la protection des données confidentielles de ses clients n’ont pas à remettre en cause le protocole d’accord signé. Celui-ci intègre une clause de réserve qui dispose que Verizon peut revenir sur la valeur de Yahoo s’il s’avérait que l’entreprise avait connaissance d’un piratage de données qu’il n’aurait pas divulgué avant l’achat, s’il peut «  raisonnablement avoir un effet défavorable important sur les affaires ». Cependant même s’il remonte à 2014, il n’est pas certain que Yahoo avait connaissance du piratage des 500 millions d’identifiants, qu’il aurait découvert cet été au cours d’un audit de sécurité.

Il est heureux que Yahoo soit finalement sanctionné

Loin d’être heureux de la situation, Verizon prévient désormais qu’il « évalue absolument [le piratage] et décidera si et comment avancer sur l’accord ». Dans ce qui n’est probablement qu’une tactique de négociations, Verizon se dit donc prêt à revenir totalement sur le rachat de Yahoo, quitte à entrer dans un long et coûteux procès qui pourrait l’amener à devoir payer les lourdes pénalités nécessairement prévues au contrat en cas de rupture abusive de l’opération.

Quoi qu’il en soit, c’est une excellente chose pour les internautes que Verizon, pour des raisons toutes mercantiles, profite du piratage de Yahoo pour mettre la pression sur sa future filiale. L’action de Yahoo avait continué à grimper malgré les révélations sur son échec à protéger la vie privée de ses clients, et il est heureux que l’entreprise soit finalement sanctionnée en voyant sa valeur remise en cause. Le contraire aurait envoyé un signal très négatif à toutes les entreprises du secteur, montrant que la protection des données était quelque chose de très secondaire pour les marchés, dont on sait toute l’influence dans la direction d’une entreprise.

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