Le directeur de Blackberry, John Chen, estime qu'il est irresponsable pour une entreprise comme Apple de faire en sorte de ne plus pouvoir répondre aux demandes des autorités qui veulent obtenir des données sur un délinquant. Il est pour le chiffrement et contre les backdoors, mais veut pouvoir aider la police si un criminel utilise ses services.

Est-ce irresponsable que de mettre la protection de la vie privée au dessus de tout, y compris au dessus des impératifs de sécurité ? Le débat n’a longtemps été que théorique mais il devient très concret avec le développement de technologies de chiffrement particulièrement efficaces qui s’assurent que personne, en dehors de l’utilisateur, ne peut déchiffrer un message. Et il devient incontournable de prendre position dans le débat, ce qu’a fait Blackberry en adoptant un discours inattendu.

À cette question, le président d’Apple Tim Cook avait eu pour sa part une réponse très claire, « Nous pensons vraiment que les gens veulent qu’on les aide à garder leur vie privée. La vie privée est un droit fondamental que les gens ont, et nous ferons tout ce que nous pouvons pour conserver cette confiance » que les utilisateurs font à Apple pour la garantir, avait-il expliqué. Il assume totalement le fait que la protection de la vie privée était devenu une obsession d’Apple, qui passe au dessus des intérêts sécuritaires.

Notre engagement pour la vie privée ne s’étend pas aux délinquants

De fait, Apple refuse d’inclure des backdoors pour les services de police. Il a été l’un des premiers à proposer du chiffrement de bout en bout avec FaceTime et iMessage pour ne pas être en capacité de lire le contenu des échanges, et il s’est assuré aussi de ne plus avoir la clé de déchiffrement des iPhone ou iPad sous iOS 8, pour ne pas avoir à répondre aux demandes des autorités — ce qu’il refuse de toute façon même pour iOS 7.

priv-blackberry

Le patron de Blackberry, John Chen, estime pour sa part que cette attitude jusqu’au-boutiste d’Apple est irresponsable. « Le paysage s’assombrit quand des entreprises mettent leur réputation au dessus de l’intérêt général », dénonce-t-il dans un billet de blog inattendu de la part d’une entreprise qui avait fait de la confidentialité des communications un argument commercial majeur dès ses premières années. La prise de position est d’autant plus surprenante que Blackberry a lancé aux États-Unis son smartphone Priv qui met en avant la protection des données.

Trouver l’équilibre entre chiffrement et sécurité

Mais Blackberry a toujours maîtrisé le chiffrement, qui n’est pas de bout en bout (c’est-à-dire qu’il conserve la clé qui permet de déchiffrer les messages sur demande). C’est, pour John Chen, l’attitude responsable à avoir. « Chez Blackberry, nous comprenons sans doute plus que toute autre entreprise tech l’importance de notre engagement en faveur de la vie privée pour le succès de nos produits et la valeur de notre marque : la vie privée et la sécurité sont au centre de ce que nous faisons. Toutefois, notre engagement en faveur de la vie privée ne s’étend pas aux délinquants  », écrit-il. « Nous nous posons comme preuve vivante qu’un équilibre peut être trouvé ».

John Chen, CEO de Blackberry
John Chen, CEO de Blackberry

« Nous refusons toute notion qui voudrait que les entreprises tech devraient refuser des requêtes raisonnables, légales, d’accès [aux données]. Tout comme les citoyens ont la responsabilité individuelle d’aider à empêcher les crimes quand ils peuvent le faire en toute sécurité, les entreprises ont elles aussi la responsabilité de faire ce qu’elles peuvent, dans des limites légales et éthiques, pour aider les autorités judiciaires dans leur mission de nous protéger ».

John Chen ajoute que les utilisateurs peuvent toujours choisir d’installer des applications qui font du chiffrement de bout en bout, mais que c’est alors la propre responsabilité et la conscience de chacun que de se mettre à l’abri du regard des autorités. Lui-même ne veut pas s’assurer qu’un criminel puisse utiliser ses services en toute impunité.

«  Il est temps de que de chaque côté du débat sur le chiffrement, on accepte que se pointer du doigt est contreproductif ».

Partager sur les réseaux sociaux

Articles liés