Des changements dans la convention de Vienne de 1968 doivent permettre à chaque pays d’étendre la conduite autonome dès cet été. Mais qu’en sera-t-il en France ?

Derrière les effets d’annonce et les titres accrocheurs, la réalité est souvent un peu moins évidente. L’article 34 bis ajouté à la Convention de Vienne de 1968, qui régule la circulation internationale, va permettre d’accroître les possibilités de conduite autonome dans tous les pays signataire. En France, il faudra cependant attendre que le texte soit publié au Journal Officiel, avec le décret d’application, pour en avoir un contour plus net.

Nul doute que la législation française évoluera rapidement pour introduire les nouvelles conditions d’utilisation de la conduite autonome. La France a été un des pays porteurs du projet d’ajout de cet article 34 bis, que nos confrères de L’Argus ont remis en lumière récemment. Dès 2018, le gouvernement français a exprimé ses objectifs de développements de la conduite autonome, notamment au travers d’expérimentations de navettes sans chauffeur, mais le calendrier initialement établi a pris du retard.

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Les degrés d’autonomisation d’un véhicule. // Source : Chloé Batiot pour Numerama

Vers une conduite autonome de niveau 3, comme en Allemagne ?

La route est encore longue et semée d’embûches pour la conduite autonome. Passer de la conduite autonome de niveau 2 à celle de niveau 3 n’est pas l’étape la plus spectaculaire, mais elle est attendue par de nombreux usagers de ces aides à la conduite. Elle permet alors au conducteur de déléguer la conduite au véhicule, sans avoir à maintenir les mains sur le volant. Le conducteur ou la conductrice doit cependant reprendre le contrôle du véhicule, dès que celui-ci lui en fait la demande.

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Gestion de l’évitement en conduite autonome // Source : Mercedes Benz

Il est assez probable que l’on calque l’usage de la conduite autonome de niveau 3 à ce que nos voisins allemands autorisent déjà. Une utilisation qui pourrait se limiter aux voies rapides et aux autoroutes, et à une vitesse inférieure à 60 km/h. Une fonction un peu restrictive, qui n’est donc activable que dans un trafic dense, ou des bouchons, sur les grands axes. Les habitants des grandes villes, souvent englués dans les embouteillages sur les axes périphériques, seront quand même ravis de l’évolution.

Les autres conducteurs devraient aussi pouvoir rapidement en profiter, puisqu’il est déjà envisagé de passer cette limite de vitesse de 60 km/h à 130 km/h, ce qui rendrait plus attractive cette fonctionnalité.

Peu de véhicules homologués

Pour pouvoir utiliser la conduite autonome de niveau 3 en France, dès que cela sera possible, encore faut-il avoir le véhicule qui le permet.

On pense, à tort, que tous les véhicules disposant aujourd’hui de la conduite autonome de niveau 2, pourront basculer sur ce nouveau niveau. Hélas, à moins de rouler en Mercedes classe S ou EQS, pas de miracle, vous ne pourrez pas profiter de cette évolution de la législation. Du moins, ce ne sera pas pour tout de suite.

Rares sont les véhicules à avoir obtenu une homologation de niveau 3, ce sont essentiellement des fonctionnalités développées sur les modèles haut de gamme. Et même Tesla n’a pas fait les démarches pour obtenir cette homologation en Europe. D’ailleurs, la marque se retrouve encore avec des menaces de bridage de sa technologie d’autopilot en Europe.

Autopilote

La marque américaine pourrait pourtant être la première à rendre cette fonctionnalité plus accessible au grand public, mais encore faut-il faire les démarches en ce sens. Et ce n’est clairement pas le point fort de Tesla, qui pourrait bien tenter de faire un passage en force au travers d’une mise à jour à distance débridant les voitures en fonction du territoire.

On peut se demander si, aujourd’hui, la conduite autonome demeure toujours une des priorités des constructeurs. Avec les pénuries de semi-conducteurs qui perdurent, pourront-ils suivre l’évolution de la législation pour proposer à leurs clients cette conduite autonome de niveau 3 ? Nous suivrons les annonces en la matière.

En tout cas, côté gouvernement, les objectifs de conduite autonome poursuivent leur route. Les solutions de niveau 4 sont désormais espérées pour 2025. Quant à la conduite autonome de niveau 5 (la conduite complètement autonome des véhicules), elle ne pourra se faire qu’avec une harmonisation internationale des règles de circulation, qui prendront encore quelques années supplémentaires.