Dans un édito Watt Else de 2024, je m’étonnais de voir soudainement les constructeurs automobiles coloniser massivement les allées de VivaTech, le grand salon parisien de la tech. Deux ans plus tard, en ce mois de juin 2026, c’est le grand retournement de veste. J’ai arpenté le hall 7 de la Porte de Versailles et j’ai fait chou blanc. Ou presque.
C’est à ne plus rien y comprendre. Jamais l’innovation technologique, le logiciel et l’IA n’ont été des enjeux aussi cruciaux pour l’industrie automobile, pourtant la mobilité est devenue quasi invisible. Je n’ai toutefois pas perdu mon temps sur ce salon.
Le désert après l’euphorie
En 2024, VivaTech était « the place to be ». Tesla attirait l’attention avec son Cybertruck et son robot Optimus. Audi avait carrément posé un cube immersif à l’extérieur pour son Q6 e-tron. Peugeot régalait les technophiles avec son concept Inception et son volant Hypersquare. Même les challengers chinois comme BYD ou Xpeng s’invitaient à la fête. On y avait aussi croisé les projets de Lightyear (voiture solaire), Namx (voiture à cartouches d’hydrogène) et d’autres.

Cette année ? Les seules voitures électriques à se mettre sous la dent n’étaient vraiment pas sur mon bingo 2026. Le géant de l’iPhone, Foxconn, est venu exposer ses premiers modèles taïwanais Foxtron : le crossover Model B (Bria) et le monospace Model D. Une surprise, tant la trajectoire du sous-traitant asiatique dans l’automobile ressemble à une succession de partenariats avortés et de promesses évaporées.
Renault et Envision : un message politique
Même si Renault n’avait pas de stand à Vivatech, le constructeur a fait une apparition remarquée. Un peu plus d’une heure après Jeff Bezos, François Provost (CEO de Renault Group) a pris la parole sur la grande scène, accompagné d’un de ses partenaires, Lei Zhang (fondateur et CEO d’Envision). Au menu : le rôle de l’IA dans la mutation industrielle. Et quelle industrie illustre mieux cette transformation que l’automobile ?

Le duo a fièrement défendu l’axe du « made in France » qui unit Renault à l’usine de batteries d’Envision à Douai. Non sans une pointe d’humour quand Lei Zhang a affirmé produire en France des batteries « extrêmement compétitives » et que François Provost l’a corrigé en un « compétitives… seulement compétitives ». Tout un symbole.
Au-delà des échanges sur l’IA, les intervenants ont insisté sur la nécessité de freiner la sur-réglementation européenne. Renault plaide toujours pour « un gel de 10 ans des réglementations actuelles pour pouvoir proposer de nouveau des voitures abordables » et ainsi relancer la demande. L’idée n’est pas de rétropédaler sur la sécurité, mais de stopper l’inflation normative (108 nouvelles réglementations sont attendues d’ici à 2030). Une approche pragmatique qui, selon Renault, ne doit pas pour autant ralentir l’électrification.
Les startups sauvent les meubles (dans l’overdose d’IA)
Le fait que les grands constructeurs boudent l’événement — probablement parce qu’un salon de la tech ne remplit pas les carnets de commandes de voitures neuves — a au moins laissé de l’espace aux startups de l’écosystème. J’ai ainsi recroisé les équipes de Up&Charge, dont le système de recharge par induction commence à faire son chemin auprès des collectivités et des flottes de véhicules.
L’opérateur de recharge Electra était aussi présent avec une de ses bornes rapides, mais j’aurais davantage à dire sur le sujet prochainement. En revanche, déception du côté d’Engie et TotalEnergies : malgré d’imposants stands, la question de la recharge ultra-rapide semble avoir été oubliée.

Envision a par contre représenté la filière batterie et gestion de l’énergie en exposant notamment le tout premier module de batterie sorti des lignes de Douai, dédicacé par Emmanuel Macron.
La présence du quadricycle électrique Ipop incarnait d’ailleurs un vrai paradoxe dans cet environnement hyperconnecté, tant ce véhicule mise sur la simplicité et l’efficience.

C’est finalement l’univers de la charge intelligente et de la conduite autonome qui s’est avéré le plus visible côté mobilité. Même si cela restait dans des proportions bien congrues face aux robots, qui eux-mêmes étaient relégués loin derrière la mention « IA », placardée sur au moins 90 % des stands.
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