Au détour d’une allée du salon VivaTech, je suis tombée sur deux voitures que je ne m’attendais pas à voir à Paris : les modèles électriques développés par Foxconn à Taïwan.

Tous les constructeurs automobiles, ou presque, ont fait l’impasse sur VivaTech cette année. Ce grand rendez-vous européen de l’innovation et de la tech se tient du 17 au 20 juin 2026 à Paris. Lors des précédentes éditions, plusieurs constructeurs automobiles avaient fait une apparition remarquée.

En 2026, en dehors de projets de micromobilité, il n’y avait pas de voitures exposées sur le salon, à deux exceptions près. Foxconn a exposé deux de ses modèles électriques de la marque Foxtron sur son stand. Et ce ne sont clairement pas les voitures électriques que j’attendais sur ce salon.

Bria et Model D : que valent les fiches techniques du fabricant de l’iPhone ?

Pour s’attaquer au marché automobile, Foxconn s’est associé au constructeur taïwanais Yulon Motor, pour créer une joint-venture baptisée Foxtron. Sur le stand du salon, les fiches techniques officielles dévoilent des ambitions sérieuses, déclinées en deux philosophies radicalement différentes, mais dans les deux cas très proches des habitudes de consommation des clients chinois.

Foxtron Model B/Bria à Vivatech // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Foxtron Model B ou Bria à VivaTech. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

D’un côté, il y a le Model B, ou Bria. Ce petit crossover de 4,31 mètres mise tout sur l’optimisation de l’espace et son design pour attirer une clientèle jeune, selon le descriptif visible sur le stand. Sur le papier, l’empattement de 2,80 mètres promet une habitabilité correcte. Foxconn tente de dynamiser le dessin avec plusieurs éléments aérodynamiques apparents, mais l’exercice de style peine à masquer une carrosserie assez générique.

Les rares données techniques calment d’ailleurs vite l’enthousiasme. Foxconn annonce jusqu’à 516 km d’autonomie en propulsion et 466 km en version intégrale, mais ces mesures s’appuient sur le cycle NEDC. Cette norme assez irréaliste signifie qu’une fois l’autonomie transposée sur les routes européennes (sous le cycle WLTP), le rayon d’action réel serait nettement inférieur. Quant aux promesses d’aides à la conduite de niveau 2+ et de système de surveillance du conducteur (DMS), elles n’ont absolument plus rien de disruptif : n’importe quelle citadine généraliste européenne de grande série propose aujourd’hui des fonctionnalités similaires.

Foxtron Model B et D à Vivatech  // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Le design de la Foxtron Model B (Bria) n’est pas complètement dénué d’intérêt. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

De l’autre, on trouve un grand van familial et professionnel, baptisé Model D, qui flirte avec des ambitions très premium et le transport de VIP. Long de 5,19 mètres pour près de deux mètres de large, ce mastodonte affiche un profil particulièrement imposant, très à la mode en Chine, bien moins dans nos contrées. Le fabricant met en avant un coefficient de traînée aérodynamique (Cx) de 0,23, une valeur flatteuse pour un tel gabarit.

Pour alimenter ce salon roulant, la fiche technique promet une autonomie théorique de 800 km, elle aussi biaisée par l’homologation NEDC. Le modèle promet une recharge capable de récupérer 350 km en 10 minutes grâce à une architecture 800 V. À l’intérieur, Foxconn multiplie les écrans : conducteur, passager avant, passagers arrière, chacun dispose de son propre écran. L’ensemble paraît particulièrement confortable, mais ce type de proposition n’a pas vraiment le vent en poupe en Europe.

En Chine, ce type de véhicule marche assez bien // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
En Chine, ce type de véhicule tout confort pour les passagers marche assez bien. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

L’automobile et Foxconn : pas un long fleuve tranquille  

Pourquoi exposer ces véhicules à Paris si Foxtron ne vend pour l’instant ses voitures qu’à Taïwan ? La réponse tient dans le modèle économique très particulier du géant de la tech. Foxconn n’a pas fondamentalement pour vocation de devenir un constructeur automobile traditionnel. Son rêve secret est différent : devenir le sous-traitant de plusieurs constructeurs, exactement comme il l’est pour l’iPhone d’Apple.

Foxtron est en réalité une marque vitrine destinée à prouver au reste du monde que la plateforme fonctionne et qu’elle est industrialisable. Mais pour l’heure, le chemin vers l’automobile est pavé de sorties de route pour le géant taïwanais. Si l’entreprise affiche une santé de fer à Taïwan, son historique de partenariats internationaux ressemble jusqu’ici à un véritable cimetière industriel.

Model D de Foxtron // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
La patte de l’entreprise tech se ressent. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

On se rappelle notamment le fiasco de son alliance avec la startup américaine Lordstown Motors, qui s’est terminée devant les tribunaux et en faillite, ou encore des promesses avortées de produire la future voiture abordable de Fisker avant que cette dernière ne boive la tasse.

On pourrait aussi citer l’échec des discussions avec les constructeurs japonais, qui auraient pourtant tout intérêt à collaborer pour avancer plus vite sur la voiture électrique.

En s’exposant fièrement à VivaTech au milieu d’une marée de stands dédiés à l’intelligence artificielle, Foxconn cherche avant tout à rassurer les investisseurs et à convaincre de nouveaux partenaires industriels. On saura rapidement si la technique porte ses fruits.

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