Depuis le lancement du SUV Li Auto L9 en 2022, plusieurs constructeurs chinois (Aito, Xpeng, BYD, Nio) avaient pris l’habitude de greffer de petits indicateurs lumineux bleu turquoise sur les ailes, les rétroviseurs ou la calandre de leurs véhicules. Il s’agissait de signaler visuellement à l’extérieur que le véhicule circulait sous le contrôle du système d’aide à la conduite (de niveau 2 ou 3).
Le ministère chinois de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT) a décidé d’interdire purement et simplement ces indicateurs sur les nouveaux modèles soumis à homologation, comme le rapporte CNEVpost le 29 juillet 2026. Alors que ce repère visuel semblait plutôt bien accepté, la décision du gouvernement chinois a de quoi surprendre.
Quand le code de la route rattrape l’innovation
Les constructeurs européens reprochent souvent à l’Europe une réglementation exagérément lourde. La Chine pourrait pourtant rapidement la détrôner : de nouvelles normes ne cessent d’être annoncées avec des délais d’application extrêmement courts. Si beaucoup de ces réglementations répondent à un objectif de sécurité, leur multiplication commence à apparaître parfois sans queue ni tête.
C’est ce qui se passe avec les voyants turquoise utilisés en Chine pour signaler un véhicule en conduite autonome (ou semi-autonome). Ils seront désormais interdits. Comment en est-on arrivé là alors que l’idée paraît pleine de bon sens ? La réponse tient en une ligne de code réglementaire : la norme nationale GB4785-2019.

Ce texte régit les éclairages extérieurs des véhicules sur le territoire chinois et n’autorise que quatre couleurs : le blanc, le rouge, le jaune et l’ambre. Ni le bleu, ni le vert turquoise n’en font partie. Le code de la route aurait pu évoluer pour intégrer et réglementer quelle teinte de turquoise pouvait être utilisée et sur quel emplacement du véhicule.
Pendant quatre ans, ces éclairages turquoise ont prospéré dans un flou artistique total. Les constructeurs ont profité d’un vide juridique pour imposer ce gadget, sans que le régulateur n’intervienne. Mais alors que le gouvernement remet de l’ordre dans son secteur, le MIIT a décidé de siffler la fin de la récréation pour aligner tout le monde sur la norme officielle.
Sécurité ou distraction : le débat qui divise
Derrière cette application stricte de la loi se cache aussi un vrai débat d’usage qui divise les observateurs. Ceux qui s’opposent à ces voyants considèrent que ces diodes bleues créent une pollution lumineuse nocturne jugée distrayante par les autres usagers. Surtout, ces voyants pouvaient créer une confusion avec les gyrophares des véhicules d’urgence (police comme ambulance).
À l’inverse, savoir qu’un véhicule est géré par une IA est un signal précieux pour un piéton qui s’apprête à traverser ou pour un policier qui cherche à vérifier si un conducteur a légalement le droit de lâcher son volant (sur les systèmes certifiés de Niveau 3). Mercedes et d’autres marques avaient d’ailleurs obtenu des dérogations aux États-Unis (Californie, Nevada) et en Europe pour tester exactement ce même type de signalétique turquoise. Tout ceci plonge donc l’industrie automobile dans le brouillard.

Un casse-tête technique pour les constructeurs
Cette réglementation s’adresse en priorité aux nouveaux modèles lancés par les constructeurs. Ces voyants ne passeront plus l’homologation chinoise, et ce, dès le 27 juillet 2026. C’est donc une norme à application immédiate.
Néanmoins, la question se pose pour les centaines de milliers de véhicules déjà en circulation. La solution la plus probable passera par une mise à jour logicielle à distance (OTA). Les constructeurs pourraient basculer la couleur de cet indicateur vers le blanc (seule couleur autorisée à l’avant) – mais ce ne serait pas moins dangereux sur la route – ou tout simplement désactiver la fonction.
En remettant de l’ordre dans un paysage automobile devenu un véritable Far West technologique, la Chine montre qu’elle préfère désormais ses normes historiques aux expérimentations de ses constructeurs. Un changement de ton auquel les marques locales n’étaient pas vraiment habituées sur leur propre marché.
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