Depuis son arrivée fracassante sur la scène internationale, Vinfast a tout fait trop vite. Porté par Pham Nhat Vuong, première fortune du Vietnam, le jeune constructeur a brûlé des milliards de dollars à un rythme effréné pour tenter de s’imposer aux États-Unis et en Europe, en plus de son marché local. Des lancements précipités, des voitures électriques encore inachevées sur le plan logiciel, et un réseau de distribution chaotique.
Ce jeudi 21 mai 2026, Reuters révèle que Vinfast passe en mode survie comptable. Le plan ? Vendre ses deux usines majeures de production et transférer, par la même occasion, un fardeau de 7 milliards de dollars de dettes hors de ses bilans.
Le mirage du « sans usine » : le fantôme de Fisker plane
Pour comprendre ce tour de passe-passe fiscal, il faut se pencher sur la structure de Vinfast. Le constructeur n’est pas une entreprise isolée : c’est la filiale automobile de Vingroup, le tentaculaire conglomérat vietnamien qui pèse lourd dans l’économie du pays.
En vendant ses principales usines à des investisseurs reliés au groupe, Vinfast Auto s’allège d’un coup de ses actifs industriels les plus lourds… et des créances qui y sont rattachées. Ce n’est pas la première fois que, d’une manière ou d’une autre, le groupe allège le poids qui pèse sur les épaules du jeune constructeur.

Sur le papier, pour les investisseurs de Wall Street où Vinfast est coté, l’opération ressemble à un coup de baguette magique pour devenir une entreprise « légère en actifs » (asset-light). Mais l’ironie de l’histoire est cruelle. L’entreprise a commencé son aventure en investissant massivement dans des capacités industrielles dantesques pour finalement reculer et adopter une stratégie « sans outil industriel ».
C’est exactement la trajectoire inverse, mais le même point de chute, que celle d’un certain Fisker. Le constructeur américain, récemment liquidé, avait lui aussi parié sur le « sans usine lourde » en confiant sa production à des tiers (comme Magna Steyr) pour ne pas s’encombrer d’usines. On a vu le résultat.
Est-ce que cette pirouette peut sauver Vinfast ? Rien n’est moins sûr. Ce transfert massif ne fait que déplacer la poussière sous le tapis du conglomérat parent.
Vers une revente de Vinfast ou un partenariat forcé ?
Comme le souligne Reuters, cette manœuvre ressemble surtout à une préparation de terrain pour une revente ou un partenariat stratégique d’envergure. En nettoyant le bilan de Vinfast Auto de ses dettes toxiques, Vingroup rend sa mariée automobile artificiellement plus attractive pour d’éventuels repreneurs ou investisseurs étrangers (notamment chinois ou étatiques) qui ne voudraient pas hériter d’un gouffre financier. Le nom de Foxconn a été mentionné.

Pour les clients actuels, tout cela ne change pas grand-chose dans l’immédiat. Ce type d’opération est transparent. Cependant, le message envoyé reste dramatique. Acheter une voiture électrique à un constructeur qui brade ses propres usines pour effacer ses ardoises pose une question immédiate : qui assurera le suivi à long terme des pièces détachées et les mises à jour logicielles ?
Si Vinfast capitule sur la maîtrise de sa production, qui était pourtant sa grande fierté, l’avenir de son SAV international pourrait devenir chaotique. La situation reste à observer, d’autres annonces devraient suivre dans les prochaines semaines. La marque pourrait garder la main uniquement sur le design, les brevets et la commercialisation de ses véhicules. Est-ce suffisant pour ne pas venir grossir les rangs des jeunes fantômes du marché de la voiture électrique ?
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