Après la faillite de Fisker, les propriétaires du SUV Ocean ont refusé de voir leur véhicule électrique à 60 000 € devenir inutilisable. En s’organisant en association, ils ont repris en main le logiciel, sécurisé les pièces détachées et créé leur propre réseau d’assistance.

Quand Fisker Inc. a mis la clé sous la porte en juin 2024, près de 11 000 propriétaires se sont retrouvés avec une voiture dépendante du cloud, mais sans aucun SAV ni mise à jour. Sans aucun serveur pour communiquer avec les systèmes internes (gestion des batteries, climatisation, accès), ces véhicules connectés menaçaient de devenir d’encombrants presse-papiers. Certains clients du Fisker Ocean en leasing ont même préféré rendre leur véhicule pour éviter ce scénario.

Face à l’adversité, 4 000 clients se sont regroupés en une communauté structurée. L’association ainsi formée a décidé de faire le travail que le constructeur n’avait pas terminé, comme le souligne le média Electrek le 16 mai. Un cas d’école face au risque accru de défaillance des constructeurs.

GitHub et « Flying Doctors » : quand les bénévoles font mieux que le constructeur

Regroupés au sein de la Fisker Owners Association (FOA), ces propriétaires abandonnés par Fisker ont monté une structure digne d’un petit constructeur, en tout cas bien au-delà d’un simple club automobile. Sur GitHub, des développeurs de la communauté ont cartographié les réseaux informatiques internes (les bus CAN) de l’Ocean. Ils voulaient offrir à chaque propriétaire un outil de diagnostic mobile pour remplacer les terminaux d’ateliers officiels qui n’existent plus.

Logiciel embarqué Fisker // Source : Fisker
Le logiciel embarqué Fisker n’a même jamais été finalisé // Source : Fisker

Sur le terrain, l’organisation est tout aussi impressionnante. En Europe, la FOA a lancé le programme des « Flying Doctors », des membres techniquement qualifiés qui traversent bénévolement les frontières pour injecter les derniers correctifs logiciels ou réparer les pannes des autres propriétaires (un système proche des « Rangers » mobiles de Tesla). Aux États-Unis, l’association a négocié des achats groupés de pièces détachées (réduisant fortement le prix des clés de rechange) et s’est battue devant les tribunaux pour garantir le suivi des rappels de sécurité et maintenir les contrats auprès des assureurs. Mais tout cela ne s’est pas fait sans quelques échecs et mauvaises surprises.

Un accord qui aurait pu mal tourner

À l’automne 2024, la société de leasing American Lease a racheté les stocks et déboursé 2,5 millions de dollars pour acquérir les codes sources et maintenir l’infrastructure cloud, avec la promesse d’un accord avec la FOA pour maintenir les mises à jour des véhicules des particuliers.

Fisker en stock aux USA // Source : Fisker
Fisker en stock aux USA // Source : Fisker

Le partenariat, basé sur une simple poignée de main, a tourné court lorsque la société a exigé que l’association finance 58 % des coûts Microsoft Cloud et LTE sans fournir de factures détaillées. Abandonnés pour la seconde fois et privés des fonctions connectées officielles, les propriétaires ont définitivement choisi la voie de l’indépendance technologique.

Un avertissement pour l’avenir de la voiture connectée

Le cas Fisker n’est pas isolé et anticipe d’autres secousses sur un marché des véhicules électriques en pleine consolidation. Comme le souligne également le média Electrek, il pose une question majeure : peut-on laisser des marques vendre des véhicules dépendants de mises à jour logicielles et connectés sans cadre légal en cas de faillite ?

Pour les spécialistes, cette affaire démontre l’urgence d’imposer des clauses de mise sous séquestre des logiciels (software escrow). Si un constructeur meurt, ses codes sources devraient pouvoir être transmis ou accessibles en Open Source aux clients et réparateurs agréés, pour que les clients ne soient plus jamais pris en otage par un cloud éteint. Le gouvernement chinois, qui contribue grandement aux nouvelles normes relatives aux véhicules électriques dans le monde, va certainement se pencher sur cette question, car il sera le premier confronté à ce problème à grande échelle.

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