La cour de surveillance de Facebook, qui agira comme une « cour suprême », a choisi ses premiers dossiers à traiter. Sur les six cas qu'elle va examiner pendant 90 jours, deux concernent la France.

La toute récente « Cour suprême » de Facebook, qui a été installée ce printemps, va pouvoir enfin passer aux travaux pratiques. Ses vingt membres ont choisi les six premiers cas qu’ils vont devoir examiner, afin de vérifier si le réseau social a eu raison de faire intervenir sa modération pour retirer les contenus en cause. Le verdict pour chacun de ces cas sera rendu au plus tard dans 90 jours.

Des messages jugés haineux contre la France

Hasard de cette sélection, deux des six cas concernent la France. Le premier revient sur la controverse née des propos de l’ancien premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, fin octobre. L’intéressé avait fait des commentaires sur le passé colonial de la France et que, de ce fait, les musulmans pourraient vouloir appliquer la loi du Talion et chercher à se venger du tort qui leur a été fait.

Un message en particulier déclenchera le courroux de Paris, puisqu’il a été lu comme un possible appel à la violence contre les Français et les Françaises. Mahathir Mohamad s’en est défendu, en assurant qu’il fallait lire son tweet dans le cadre de toute son intervention et non pas le prendre isolément. Sans succès : Twitter a supprimé le message, et un coup de balai a aussi eu lieu sur Facebook.

Mahathir Mohamad
L’ex-premier ministre Mahathir Mohamad, par qui le scandale est arrivé. // Source : UNIS Vienna

Dans l’affaire sur laquelle se penche le conseil de surveillance de Facebook, c’est l’action d’un internaute qui est au cœur des débats. Il avait publié une capture d’écran de ces tweets, mais sans ajouter un quelconque commentaire. Facebook a supprimé cette publication, la jugeant contraire à ses règles, mais l’internaute a contesté cette décision, car il s’agissait selon lui de montrer ces « horribles paroles ».

Les tweets litigieux disaient ceci : « Les musulmans ont le droit d’être en colère et de tuer des millions de Français pour se venger des massacres du passé » et « [m]ais dans l’ensemble, les musulmans n’ont pas appliqué la loi du talion. Les musulmans ne l’ont pas fait. Et les Français ne devraient pas non plus le faire. Les Français devraient enseigner à leurs citoyens le respect des sentiments d’autrui. »

Un scandale sur l’hydroxychloroquine

Le second cas est le fameux psychodrame français sur l’hydroxychloroquine, qui mêle tout à la fois Didier Raoult, le traitement qu’il préconise pour soigner les personnes atteintes du coronavirus et l’allégation selon laquelle l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé aurait encouragé l’utilisation d’un produit concurrent, le remdesivir, mais refusé les préconisations du professeur marseillais.

Selon la description, un internaute a publié une vidéo ainsi qu’un texte dans un groupe sur le réseau social consacré au coronavirus. Les deux documents « décrivent un prétendu scandale » au sein de l’Agence du médicament, en s’opposant au mix hydroxychloroquine et azithromycine, alors qu’il « est utilisé ailleurs pour sauver des vies ». La vidéo en profite pour dénoncer « l’absence de stratégie sanitaire en France ».

Didier Raoult
Didier Raoult, dans sa vidéo du 25 novembre 2020. // Source : IHU Méditerranée-Infection

Facebook est, là aussi, intervenu pour supprimer le contenu en s’appuyant sur ses règles en matière de violence et de provocation. Selon le réseau social, la vidéo a connu une certaine notoriété, car elle a été vue environ 50 000 fois et partagée pratiquement un millier de fois avec d’autres membres du réseau social. Il n’est toutefois pas précisé si le groupe sur lequel la vidéo a été envoyée a été fermé ou non.

Cette affaire est la seule dont Facebook soit à l’origine de l’appel. Pour les cinq autres, ce sont les internautes qui ont alerté le conseil de surveillance. L’implication du réseau social a été justifiée par le fait de vouloir souligner la difficulté à gérer des contenus qui peuvent entraîner des préjudices dans la vraie vie à cause, notamment, de la désinformation sur la pandémie de coronavirus.

Un baptême du feu pour le conseil de surveillance

Les quatre autres affaires concernent :

  • Des photos du cadavre d’un enfant habillé, avec une légende en birman se demandant pourquoi personne n’agit contre la Chine qui réprime la minorité musulmane ouïghoure, alors que l’on conspue la France pour l’affaire des caricatures de Mahomet,
  • De prétendues photos historiques se demandant pourquoi des églises bâties par les Arméniens n’existeraient plus à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan, alors qu’en Arménie les mosquées sont entretenues,
  • Des photos montrant des poitrines et des tétons de femmes, supprimées au nom des règles du réseau social sur la nudité chez les adultes, alors que l’opération était, selon le plaignant, destiné à sensibiliser le public sur les signes possibles du cancer du sein,
  • Une citation attribuée au chef de la propagande nazie Joseph Goebbels, que l’internaute qui l’a maniée justifie pour mettre en lumière la trajectoire de la présidence américaine vers un modèle fasciste, qui privilégie les émotions et l’instant sur l’intellect et la vérité.

Le conseil de surveillance précise que ces six ont été retenus parmi plus de 20 000 autres. Il n’est pas prévu que cette « Cour suprême » examine la totalité des dossiers qu’on lui envoie, mais seulement ceux qui revêtent, à leurs yeux, les enjeux les plus importants. Il est à noter que les internautes ont la possibilité de faire des commentaires sur un ou plusieurs cas, pendant huit jours.

Cette première vague de cas sera un baptême du feu pour le conseil de surveillance, qui doit démontrer son utilité dans la supervision d’un site communautaire qui compte des milliards de membres. Pour ces six premiers cas, chacun d’entre eux sera examiné par un panel de cinq membres, dont au moins un vient de région du globe impliquée dans le contenu mis en cause.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo