iOS 14 donne désormais beaucoup d'informations sur les usages de vos données. Mais le système d'exploitation des iPhone et des iPad semble encore à mi-chemin de l'équilibre entre information et friction à l'usage.

En septembre 2019, Apple déployait iOS 13 et avec le système d’exploitation venait un ensemble de nouvelles notifications et autorisations qui visaient à améliorer la vie privée. Problème, que nous évoquions alors : en l’absence d’un message clair des développeurs sur ces popups, utilisatrices et utilisateurs pouvaient être complètement perdus par ces nouvelles informations. Celle concernant le Bluetooth était symptomatique de ce souci : des tas de personnes se sont demandé si elles devaient autoriser telle ou telle application à autoriser l’accès au Bluetooth et ce que cette autorisation recoupait.

Les nouveautés d’iOS 14

iOS 14, un système très transparent

Avec iOS 14, Apple a dévoilé de nouvelles mesures pour améliorer la transparence dans l’usage que font les applications des fonctionnalités d’un smartphone ou d’une tablette. L’une indique désormais quand une application demande à scanner le réseau local d’un utilisateur, pour savoir quels objets s’y trouvent. Une autre affiche une petite notification quand une application cherche à voir ce qu’un utilisateur a copié dans son presse-papier. Enfin, une troisième notification affiche un point lumineux dans la barre d’état, qui signale que la caméra ou le micro sont en train d’être utilisés par une application.

L’intention est excellente et il est clair que l’informatique, notamment mobile, a manqué pendant de trop longues années d’informer les utilisateurs sur ce qui se passait en coulisses quand une application ou un service web est exécuté. D’où les discours parfois désabusés des experts quand une enquête détaille le fonctionnement parfois dangereux ou tout du moins contestable d’un service : « Mais vous n’étiez pas au courant que cela fonctionnait comme cela ?  ». Souvent, la réponse est négative, car l’information n’est pas vulgarisée. Depuis plusieurs générations iOS tente de résoudre cela et on ne peut que remarquer qu’en 2020, un utilisateur d’iPhone est mieux informé qu’il y a quelques années et très probablement mieux informé que sur les autres plateformes — concurrentes et macOS inclus.

Les fonctionnalités liées à la transparence n’ont rempli qu’une partie de leur contrat

Mais voilà ces trois fonctionnalités ont déjà amenées trois affaires, alors qu’iOS 14 est en bêta. Du côté de la lecture du presse-papier, la notification a été remarquée pour des applications n’en ayant a priori pas besoin — et les utilisateurs de s’interroger légitimement pourquoi elles prenaient cette liberté. Les réponses étaient multiples — oubli d’un bout de code, fonctionnalité liée pas explicitée ou simplement, méthode développée pour empêcher la création de bots. Pour le réseau local, on s’est demandé pourquoi des applications comme YouTube demandaient cet accès, mais cela devient cohérent quand on pense, par exemple, à une fonction comme Chromecast qui va chercher sur le réseau des appareils sur lesquels caster. Enfin, du côté de la diode, on s’est aperçu qu’un bug pouvait déclencher un faux positif sur Instagram.

Dans les trois cas, ces fonctionnalités liées à la transparence ont amené des explications longues des entreprises, des articles de presse et, avant cela, des interrogations légitimes de personnes sur les forums et réseaux sociaux. Bref, les fonctionnalités liées à la transparence n’ont rempli qu’une partie de leur contrat : elles ont informé qu’une chose se passait sans expliquer pourquoi elle se passait.

C’est d’autant plus dérangeant qu’à l’usage, iOS 14 est déjà très prenant sur ces items, qui sont des challenges en termes d’expérience utilisateur : combien de friction est-on prêt à ajouter dans l’usage d’un smartphone pour renforcer la transparence sur l’usage des données ? Dans sa version bêta, qui est amenée à évoluer, iOS est surchargé de ces petits moments d’attention, certes bienveillants, mais qui créent une gêne à l’usage sans apporter une réelle information.

La notification sans l’explication

La petite popup du presse papier apparaît systématiquement : visiblement, ce n’est pas rare qu’une application fasse cette lecture, peut-être pour anticiper un collage d’une information. On aurait aimé que l’usage soit mieux renseigné et pouvoir, une bonne fois pour toutes, autoriser l’application à cette fonction (ou la bloquer, au demeurant). L’entre-deux est tout simplement pénible.

Du côté du point lumineux, c’est bien simple, si l’on a manqué l’information, on ne sait tout simplement pas à quoi il correspond. On se doute qu’une application de photo ou de chat vocal aura accès à l’appareil ou au micro, si on le lui a donné et qu’elle ne s’en sert pas quand on ne lui demande pas. Mais si je ferme toutes mes applications et que la diode apparaît, comment puis-je savoir qui demande la caméra ou le micro en secret ? D’autant que l’usage était déjà notifié en haut à gauche d’iOS par un surlignage vert ou rouge d’un logo correspondant à la fonction.

Quant à la notification sur l’exploration du réseau local, elle est trop jargonnante pour être vraiment efficace. Difficile de croire que les centaines de millions d’utilisateurs d’iPhone savent ce qu’est un « réseau local » ou les implications que cela peut avoir. Comme pour le Bluetooth d’iOS 13, nombreux seront ceux qui refuseront par défaut et s’étonneront que leur app de SVoD ne puisse plus envoyer leur film sur leur téléviseur.

En clair, depuis l’épisode du Bluetooth l’an passé, Apple est confronté au même dilemme : informer est un devoir qu’il remplit à merveille, mais le faire de manière complète doit aussi être une exigence. Il est dommage, aujourd’hui, d’avoir à céder de la fluidité dans l’usage d’un smartphone pour une transparence signalée et pas assez informée. Il reste encore quelques mois à Apple pour améliorer avec la sortie en version finale d’iOS 14 prévue pour la rentrée 2020.

Partager sur les réseaux sociaux

La suite en vidéo