Si l'on en croit les premiers tests de l'application anglaise qui fonctionne sur un principe similaire à StopCovid, ne pas utiliser le protocole Google / Apple pose aussi quelques soucis sur Android.

Depuis que le gouvernement français a refusé d’utiliser la méthode centralisée proposée par Google et Apple pour son application aidant au traçage des contacts StopCovid, l’attention s’est portée sur Apple que l’on savait fermé à l’idée de laisser des applications utiliser le Bluetooth en arrière-plan. Dans les grandes lignes, il a été acquis par l’équipe-projet chargée du développement que StopCovid fonctionnerait sans mal sur Android, le système d’exploitation de Google.

Mais les premiers tests de l’application développée par le Royaume-Uni, qui repose sur le même principe que StopCovid, montrent déjà une limite.

Vous nous autorisez à vous géolocaliser, mais nous ne le ferons pas // Source : Matt Burgess

Les apps demanderont la géolocalisation en promettant de ne pas l’utiliser

Et elle est humaine avant d’être technologique. Dans des captures d’écran partagées par le journaliste Matt Burgess de Wired UK, basées sur la version de l’application anglaise testée à petite échelle sur l’Île de Wight, la configuration initiale demande un accès total aux services de localisation. Pour fonctionner, explique l’écran de configuration, l’application a besoin d’un accès au Bluetooth « Low Energy ». Sur Android, l’accès à ce module Bluetooth ne peut pas être demandé individuellement : il faut que l’application ait une permission précise qui comprend tous les services de localisation pour l’utiliser. Google précise que c’est nécessaire parce que le Bluetooth « LE » est « souvent associé à de la localisation  ».

Dès lors, il ne reste qu’une option pour les développeurs de l’application outre-Manche : promettre qu’elle n’utilisera pas la géolocalisation, mais uniquement le Bluetooth. En pratique, les utilisateurs de l’app devront tout de même accepter de la laisser accéder à leur position, même si elle ne le fait pas — un processus que confirme le hacker expert des applications mobiles Baptiste Robert à Numerama.

Tout reposera alors sur la confiance dans le gouvernement qui devra respecter ce qu’il promet. Une barrière psychologique qui pourrait tout de même freiner l’adoption, dans la mesure où les États européens, France incluse, ont tous promis de ne pas géolocaliser les utilisateurs des applications de traçage des contacts. Difficile de prédire si les explications permettront de lever la confusion auprès d’un public moins averti. De leur côté, en publiant les CGU de ces outils, Apple et Google ont confirmé que l’utilisation de la géolocalisation dans les apps partenaires serait interdite.

Pour un développeur contacté par Numerama, c’est un des nombreux soucis qui se pose pour les applications de traçage sur Android qui n’utilisent pas le protocole Apple / Google : « C’est impossible à changer, il faut installer une nouvelle ROM  », affirme-t-il. Autrement dit, pour faire sauter le lien entre le Bluetooth et tous les services de géolocalisation, il faudrait une nouvelle version d’Android, qu’elle soit adaptée à tous les smartphones du marché et qu’elle soit massivement téléchargée. Impossible, en pratique. La solution ad-hoc développée par Google dépasse cette barrière technologique en s’installant par-dessus le système d’exploitation, par une simple mise à jour des Play Services téléchargeable depuis le Google Play Store : « puisqu’elle a tous les droits système, elle peut faire plus, et notamment un contrôle fin  » du Bluetooth.

Ce fonctionnement d’Android qui lie l’usage du Bluetooth aux Services de Localisation a déjà été pointé du doigt par le passé par des développeurs. Il n’aidera en tout cas pas à clarifier le discours au lancement de l’app.

Les paramètres sur Android des outils de Google et Apple // Source : Apple / Google

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