L'application StopCovid ne sera pas prête pour le 11 mai. Le ministre de la Santé Olivier Véran prépare déjà la France à ce qu'elle ne voit jamais le jour.

C’est un coup dur pour StopCovid, qui sonne peut-être comme un coup d’arrêt. À la sortie du conseil des ministres le 2 mai 2020, Olivier Véran a assuré que l’application ne serait pas prête pour le 11 mai, date supposée du déconfinement. Pour enfoncer le clou, il a appuyé les propos du Premier ministre Édouard Philippe tenus le 28 avril, qui avaient déjà esquissé une remise en cause de l’utilité de l’application dans le dispositif lié au déconfinement.

Une déclaration complète que Le Monde rapporte dans son direct : « Au 11 mai, non, il n’y aura pas d’application StopCovid disponible dans notre pays et le Premier ministre a été très clair, si ce type d’application devait voir le jour, être opérationnel, devait faire montre d’efficacité, il y aurait un débat spécifique au Parlement, rien n’a changé de ce point de vue là. » On note tout autant la prudence que les conditionnels employés par le ministre, qui souligne le malaise dans lequel le gouvernement s’est plongé avec cette idée d’application permettant de faire du traçage des contacts.

« Engager la réflexion ne nous engageait pas à mettre en place ce dispositif.  »

L’impasse française

Non seulement son efficacité n’a pas été prouvée, mais en plus, les choix technologiques de l’équipe française l’ont conduite dans une impasse impossible à résoudre : sans accès au Bluetooth en arrière-plan, StopCovid ne fonctionnera pas au moins sur les iPhone. Et le ministre d’enfoncer le clou : « engager la réflexion ne nous engageait pas à mettre en place ce dispositif.  » L’idée que l’application n’était pas une évidence commence à faire son chemin : le débat qui devait juger de son avenir, prévu pour le 28 avril, a finalement été repoussé et son existence même n’a été qu’évoquée par Édouard Philippe.

Apple bloque le Bluetooth en arrière-plan pour protéger ses utilisateurs des apps malveillantes // Source : Claire Braikeh pour Numerama

Dans une enquête d’ActeursPublics, on peut lire que les difficultés auxquelles faisait face l’application dans l’opinion publique, les médias ou sous la plume d’experts n’étaient que la face émergée de l’Iceberg. En coulisses, une bataille d’influence s’est jouée ces dernières semaines entre plusieurs services de l’État. Ce que l’on en retire, c’est que publiquement, une solution centralisée basée sur le protocole ROBERT de l’Inria et développée par un consortium d’entreprises privées a été préférée à un développement tenu un temps par la Direction interministérielle du numérique, passée simple observatrice.

D’après ActeursPublics, la « Dinum » plaidait pour un protocole européen décentralisé, ce qui aurait permis de rendre StopCovid compatible avec le protocole de Google et Apple, largement inspiré du dit protocole. Et donc, de fonctionner. Le choix de ROBERT a ajouté une impasse technique aux revers politiques : dans le même temps, publiquement, des députés se joignaient à Paula Forteza pour exiger un vote sur cette application.

Pour le déconfinement en tout cas, ce sont d’autres outils numériques qu’utiliseront les « brigades » effectuant du traçage des contacts à la main.

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