Une nouvelle norme pour le Wi-Fi 6E est en train d'arriver. Voici quelques questions pour saisir les enjeux derrière l'évolution du plus célèbre des protocoles de connexion sans fil.

Qu’est-ce que le Wi-Fi 6E ?

Vous connaissez peut-être les anciennes appellations des normes Wi-Fi : elles sont  assez absconses : 802.11a, 802.11b, 802.11g, 802.11n, 802.11ac et, plus récemment, 802.11ax. Et on ne parle même pas de la ribambelle de normes intermédiaires, qui utilisent ou non des lettres combinées. Fin 2018, la Wi-Fi Alliance, une instance réunissant les industriels fabriquant des systèmes sans fil, a toutefois décidé simplifier les choses.

La Wi-Fi Alliance simplifie les choses avec des dénominations faciles à comprendre.

Les principales évolutions du Wi-Fi sont désormais identifiées par des noms plus simples à retenir et à comparer pour le public : elles vont du Wi-Fi 1 (802.11a, sortie en 1999) à 6 (802.11ax, certifiée en 2019). C’est donc sur cette base qu’a été forgée une toute nouvelle norme, appelée Wi-Fi 6E. Pourquoi « E » ? Parce que la Wi-Fi Alliance veut un nom qui puisse distinguer les appareils capables de fonctionner sur la bande 6 GHz.

Car c’est là la particularité du Wi-Fi 6E : il se déploie sur une troisième portion du spectre radioélectrique. Jusqu’à présent, en Europe notamment, deux sections sont ouvertes au Wi-Fi : la bande dite 2,4 GHz (qui s’étend en fait de 2 400 à 2 483,5 MHz) et la bande dite de 5 GHz (qui va de 5 150 à 5 350 MHz, ainsi que de 5 470 à 5 725 MHz). En tout, le Wi-Fi a donc accès à 538,5 MHz du spectre.

Pourquoi aller sur le 6 GHz ?

Il est possible d’identifier trois grandes raisons, synthétisées par l’Agence nationale des fréquences.

  • D’abord, la situation actuelle n’est pas optimale. Dans la bande 5 GHz, le Wi-Fi est soumis à des contraintes de partage, car ce protocole de communication n’est pas le seul à s’y trouver. Ainsi, l’équipement Wi-Fi doit « écouter la bande avant d’émettre et à changer de canal lorsqu’il détecte un signal radar ».
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Le Wi-Fi doit partager les fréquences avec d’autres usages. // Source : Josh Zakary
  • La deuxième raison est provoquée par la montée en puissance des réseaux. Ainsi, si la fibre optique permet d’atteindre des débits jusqu’à 1 Gbit/s, la connexion sans fil peut ne pas être en mesure de suivre, simplement parce que « la ressource est partagée entre tous les utilisateurs WiFi ». Dans une zone dense, il y a des dizaines de réseaux en jeu, avec chacun ayant plusieurs internautes. Pour suivre, il faut élargir les canaux Wi-Fi.
  • Enfin, la troisième explication tient au fait que les autres portions dans la bande 5 GHz (à savoir 5 350-5 470 MHz et au-delà de 5 725 MHz) ne conviennent pas. Il y a des risques de brouillage pour des satellites d’exploration de la Terre. Il serait toujours possible d’imposer une écoute de la bande avant l’émission d’un signal, mais cela « ne permettrait pas le bon fonctionnement du Wi-Fi », souligne l’agence.

Quel intérêt pour le particulier ?

Le Wi-Fi 6E doit permettre de résoudre, en partie du moins, les différentes problématiques évoquées précédemment. En partie, car la bande 6 GHz n’est pas complètement libre. Elle sert déjà largement, de la signalisation ferroviaire pour les trains urbains et de banlieue aux faisceaux hertziens, en passant par le service fixe par satellite ou la radioastronomie. Il faut donc s’y insérer sans nuire aux autres usages.

Dans son communiqué, la Wi-Fi Alliance évoquait déjà pour le Wi-Fi 6 « des performances supérieures, une latence réduite et des débits de données plus rapides ». Le Wi-Fi 6E doit permettre aux appareils compatibles d’exploiter des canaux plus larges, notamment pour « offrir de meilleures performances réseau et prendre en charge plus d’utilisateurs Wi-Fi à la fois, même dans des environnements très denses et encombrés ».

Parmi les usages qui sont évoqués figurent la réalité virtuelle et la réalité augmentée, qui pourrait bénéficier d’une latence réduite, notamment dans un contexte professionnel. « Les environnements industriels devraient également connaître une forte adoption du Wi-Fi 6E pour la fourniture d’applications telles que l’analyse des machines, la maintenance à distance ou la formation virtuelle des employés », avance l’alliance.

Quels enjeux techniques du Wi-Fi 6E ?

En Europe et en France, l’ouverture de la bande 6 GHz au Wi-Fi a fait l’objet de travaux avec une certaine attention, car, a rappelé en juin 2020 l’Agence nationale des fréquences, cette bande accueille sur tout le Vieux Continent des liaisons montantes vers des satellites de communication ou des liaisons hertziennes point à point. Il y a de fait des enjeux évidents de cohabitation entre ces différents signaux.

L’autre préoccupation était la proximité des systèmes de communications pour les métros automatiques. En effet, le système de signalisation CBTC utilise une bande adjacente, qui sert notamment aux lignes de métro sans conducteur, en France comme à l’étranger. Or, celles-ci se servent de la bande 5 915-5 935 MHz. Le Wi-Fi 6E, lui, est juste à côté, dans la tranche 5 945-6 425 MHz.

« Dans ce contexte, des limites strictes doivent être définies pour éviter les rayonnements non désirés sous 5 935 MHz », expliquait l’Agence nationale des fréquences en juin 2020. En décembre, l’Agence signalait que justement « une limite a été appliquée aux émissions Wi-Fi hors bande en-dessous de 5 935 MHz », afin de protéger le milieu ferroviaire. Un seuil a été défini, qui pourra être révisé en 2025.

Il est à noter qu’en Europe, le segment alloué au Wi-Fi est plus modeste qu’aux États-Unis. En effet, la commission fédérale des communications aux USA a octroyé pas moins de 1 200 MHz dans la bande 6 GHz. Sur le Vieux Continent, la plage est deux fois et demi moins étendue, avec 480 MHz. En pratique toutefois, ce ne devrait causer aucun décalage majeur au quotidien pour les internautes.

À quand le Wi-Fi 6E en France ?

La mise en place du programme de certification Wi-Fi 6E a été annoncée le 7 janvier 2021 par le consortium Wi-Fi Alliance. À travers lui, de nouveaux produits qui arriveront sur le marché pourront arborer l’étiquette « Wi-Fi CERTIFIED 6™ » avec la précision qu’ils sont interopérables avec la norme 6E. Selon le cabinet d’analyse IDC. les premiers appareils feront leur apparition au premier trimestre 2021.

Il ne faut pas s’attendre à une adoption massive du Wi-Fi 6E . Les projections tablent sur un volume de 338 millions d’appareils compatibles en 2021, mais il ne s’agira en fin de compte que d’une portion modeste de la totalité des équipements mis sur le marché. La preuve : le Wi-Fi 6E ne pèsera que 20 % des appareils en Wi-Fi 6 en 2022, sachant que le Wi-Fi 6 est lui-même qu’une norme par d’autres.

Wi-Fi Wifi
Le Wi-Fi 6E se propagera progressivement à partir de 2021. // Source : Nicolas Nova

En France, une étape importante est attendue ce printemps. Mentionné par 01 Net, un porte-parole de l’Agence nationale des fréquences a fait savoir que le nouveau tableau national de répartition des bandes de fréquences  tient compte de l’arrivée du Wi-Fi 6E. Ce document a été adopté en novembre 2020 par l’Agence nationale des fréquences. Il ne reste plus qu’à l’officialiser au Journal officiel.

Ce nouveau tableau va « vont à la publication prochainement d’un arrêté du Premier ministre  », a ainsi expliqué le porte-parole. Le régulateur des télécoms (Arcep) « sera donc en mesure de transposer très rapidement le cadre harmonisé après mars », a-t-il ajouté. L’environnement juridique sera donc prêt en principe au moment où les premiers produits commenceront à arriver sur le marché.

(mise à jour de l’article avec des questions complémentaires)

Article publié initialement le 06 janvier 2020 et mis à jour le 19 janvier 2021

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