En 2019, les Hollandais de VanMoof ont amené leur gamme Electrified en France. Que vaut le S2, fleuron de la marque pensé pour révolutionner le transport à vélo ?

Le gros problème quand on chevauche un vélo VanMoof, c’est qu’il ne faut pas être pressé. Non pas que l’engin soit lent, mais il faut s’attendre à se faire arrêter sans cesse pour en discuter. Si des marques parviennent aujourd’hui à avoir la classe avec des VAE léchés, ils passent pour des vélos classiques aux yeux du tout-venant. Un VanMoof a un look tellement marqué qu’il crie « arrêtez-moi  » à chaque curieux. Alors on s’arrête, on discute, on rencontre des gens tantôt impressionnés tantôt critiques, jamais désintéressés. C’est un fait : la marque hollandaise qui a souhaité construire « le meilleur transport urbain », rien de moins, ne laisse pas indifférente.

Mais que valent ces onéreux vélos électriques en pratique ? Notre verdict, après deux sessions de test à l’automne 2018 et au printemps 2019.

Electrified S2 de VanMoof // Source : Léa Hamadi pour Numerama

Design et fonctionnalités

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les vélos VanMoof sont imposants. L’Electrified S2 que nous essayons a un cadre recommandé pour les personnes faisant 1m70 ou plus. Du haut de mon mètre 78, la selle restera à sa position la plus basse — c’est dire si VanMoof ne ment pas sur la marchandise et que ses vélos sont taillés pour un public hollandais, pays qui peut se vanter d’avoir les humains les plus grands du monde, femmes et hommes confondus. L’Electrified X2, dont le cadre en X est plus bas, conviendra à partir de 1m50.

On remarque également, d’emblée, l’élégance futuriste du vélo. Le cadre en aluminium, gris ou blanc, a des lignes très travaillées qui ont été pensées pour masquer les détails nuisant à l’esthétique générale d’un vélo. Ici, même la partie accueillant la batterie dissimule le fait qu’elle n’est pas complètement circulaire par une illusion d’optique. Rien dans ce vélo ne dit d’ailleurs qu’il est électrique, si ce n’est le moteur sur le moyeu avant.

Electrified S2 de VanMoof, un vélo pour grand·e·s // Source : Léa Hamadi pour Numerama

Et dans une belle compréhension du design industriel, VanMoof a toujours respecté la fonction, sublimée par le design : ses vélos sont des moyens de transport et non des objets de parade. La sécurité est implémentée by design par une série de phares et avertisseurs puissants et les gardes boues sont élégamment disposés sur les roues, presque invisibles. Avec un engin pareil, pesant tout de même 19 kg avec des roues de 28 pouces, on ne craint résolument pas la ville et ses soucis — pluie, bosses, trous dans le bitume, sols glissants, flaques…

En plus, VanMoof a pensé aussi bien à la route qu’à l’arrêt. Le vélo est équipé d’un système antivol qui a fait la renommée de la marque. En un coup de pied sur un bouton à l’arrière, un bouton vient bloquer les roues. Il enclenche également l’alarme et le système de localisation par carte SIM de l’Electrified S2. L’alarme, puissante, fait effet de repoussoir lors des premiers coups de semonce : elle grogne pour dire à un individu mal intentionné que le vélo est protégé. Ensuite, elle montera en intensité jusqu’à sonner, fort, pendant qu’une tête-de-mort s’affiche sur l’écran du vélo qui va faire flasher tout ce qu’il peut. Autant le dire tout de suite : un vol peut toujours avoir lieu, mais il risque de ne pas passer inaperçu.

Sécurité // Source : Léa Hamadi pour Numerama

En cas de pépin, le Hollandais propose aussi une formule étonnante : une garantie vélo retrouvé. Une équipe de chasseurs s’occupe de retrouver votre VanMoof grâce son signal et coopérera avec la police s’il se trouve sur un terrain privé. Pendant ce temps, la boutique s’engage à vous prêter un vélo. Jamais efficace à 100 %, ce système pourrait freiner néanmoins les ardeurs des réseaux de contrebande de vélo qui sévissent partout en France : à quoi bon se donner tant de peine à voler un VanMoof qui peut poser potentiellement beaucoup de soucis ?

Sur la route

On commence un trajet en Electrified S2 en allumant le vélo, après avoir réglé quelques paramètres sur l’app, au demeurant très bien faite. Une pression sur le bouton de gauche permet de lancer la séquence de code — c’est elle qui déverrouille le vélo. Vous entrez votre séquence de 3 codes et vous pouvez rouler. L’écran est très sommaire, avec un affichage en pixel art du meilleur goût. La plupart du temps, il vous servira exclusivement à jeter un œil sur votre vitesse. Une fois en selle et le guidon rembourré en main, la course peut commencer.

Élégance hollandaise // Source : Léa Hamadi pour Numerama

Les premiers coups de pédale sur un Electrified S2 vont pile dans le sens de la promesse de VanMoof : faciliter les déplacements. Les premiers coups de pédale sont ainsi extrêmement simples à faire, car immédiatement accompagnés par le moteur. Là où certains moteurs s’enclenchent à la fin du tour de pédale, celui de l’Electrified S2 accompagne immédiatement la poussée. Même sur un démarrage en côte, on se retrouve donc à vitesse de croisière en quelques secondes et sans le moindre effort. Sur du plat, on atteint très rapidement 30 km/h, tout en gardant un vélo très stable et confortable dans le processus.

Mais le petit plus VanMoof, c’est la propulsion active. Le bouton sous le pouce droit va lancer le moteur pour faire atteindre le vélo sa vitesse maximale autorisée en propulsion électrique. Quand cet accélérateur est pressé, le moteur tourne à pleine puissance sans s’appuyer sur vos coups de pédale. En montée, sur les côtes de Montreuil, c’est un régal : on ne force tout simplement pas. Le vélo ralentit, certes, mais il reste capable d’avancer autour de 15/20 km/h sur une pente sérieuse. Sur du plat, vous allez démarrer plus vite que la plupart des voitures et des scooters thermiques, ce qui vous mettra en sécurité pour trouver votre équilibre et filer droit. En descente, le bouton n’a aucun intérêt : profitez-en pour économiser votre batterie.

Un guidon confortable // Source : Léa Hamadi pour Numerama

Les sensations de conduite avec le bouton enclenché sont vraiment incroyables. On a vraiment l’impression de filer sans pour autant se mettre en danger avec une accélération trop brusque. Bref, que du plaisir, aucune contrainte. Et comme il s’agit d’un moyen de transport, on finit un trajet quotidien sans la moindre goutte de transpiration — ce qui n’est pas recommandé en open space.

Alors certes, on peut forcer sur le VanMoof, mais ce n’est clairement pas pour cela que le vélo est fait. Les deux vitesses sont installées par défaut sur un pignon à deux vitesses automatique : à 30 km/h, le pédalier sera presque à vide, vous obligeant à tourner très vite ou à laisser vos pieds au repos. Pour VanMoof, c’est la garantie que le démarrage sera rapide et sans effort, mais cela peut être désagréable à l’usage. Le Hollandais propose de le changer pour un plus petit dans ses ateliers : vous aurez plus de répondant à haute vitesse, mais aussi plus de difficulté dans les premiers tours de pédale.

Prêt à rouler // Source : Léa Hamadi pour Numerama

Au rang des regrets, on peut aussi noter le choix de la sonnette, complètement numérique et émise par un haut parleur. Le son est agressif (on a vraiment l’impression que le coup est méchant alors qu’il peut être simplement indicatif pour prévenir un piéton distrait de son arrivée) et surtout, très peu reconnaissable. Les usages de la route reconnaissent le ding caractéristique des vélos. Ce clung qui ressemble au signalement des tramways ne fait pas assez d’effet en circulation. Dommage.

Le système de freinage choisi par les Hollandais laisse les amateurs un peu pantois : des freins mécaniques sur un modèle aussi cher ? Cela passe pour l’économie de trop et des freins hydrauliques auraient peut-être été bienvenus. Cela dit, à l’usage, le freinage est très bon et ne semble jamais être pris en défaut, quel que soit le temps. On ne se fait jamais peur avec le système actuel qui fonctionne à merveille, mais on se demande tout de même pourquoi avoir fait ce choix en 2019.

À 3 400 € (tarif précommande de 2 500 € encore applicable) hors aides des mairies, il est clair que le premier vélo de VanMoof a arriver en France est un investissement. Mais fait-on meilleur transport à deux roues aujourd’hui pour se déplacer en environnement urbain ? Tous les trajets sont si confortables et si efficaces qu’on en oublie les quelques frustrations.

Une discussion en commentaires a entraîné une modification de l’article pour faire mention du choix de VanMoof de poser des freins mécaniques plutôt que des freins hydrauliques, qui auraient été bienvenus sur un modèle haut de gamme.

En bref

VanMoof Electrified S2

Note indicative : 5/5

VanMoof n'avait pas sorti son Electrified S en boutique en France. Pour son arrivée à Paris, le Hollandais a dans ses cartons la version suivante, qui sublime le concept initié par son prédécesseur. Ce n'est ni le vélo le plus léger, ni le plus épuré, mais cela reste un transport haut de gamme avec peu d'équivalent sur le marché. 

Équipé pour la ville et muni d'un bouton boost jouissif, l'Electrified S2 mérite son titre de référence : 

Top

  • Plaisir de se déplacer
  • Le bouton boost
  • Élégant malgré sa taille

Bof

  • Le son de la sonnette que personne n'identifie
  • Lourd à porter
  • Freins hydrauliques, dommage

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